Un  jeune homme flâne chez lui en peignoir

© Pixabay / Quinn Kampschroer

Economie

500 000 jeunes hommes américains ne travaillent pas et on ne sait pas pourquoi

Les Etats-Unis ont quasiment atteint le plein-emploi, mais les jeunes hommes de la génération du millénaire ne semblent pas profiter de cette opportunité. Pendant la crise de 2008, leur taux de chômage a été plus important que celui des hommes plus âgés, et ils n'ont pas compensé cet écart.

Dix ans plus tard, le taux de participation de ces jeunes hommes (de la tranche d'âge 25-34 ans) dans la main d'oeuvre américaine est toujours inférieur à son niveau d'avant-crise, et on estime que près de 500 000 d'entre eux n'ont pas retrouvé de travail, ou plus exactement, ne sont plus considérés comme des actifs, au travail, ou demandeurs d'emploi. 

Un début de carrière prometteuse manqué

Beaucoup de ces jeunes hommes rapportent qu'ils suivent une formation ; d'autres se déclarent handicapés. C'est d'autant plus regrettable que l'économie américaine est en plein essor, et le marché du travail est dynamique. Cet âge d'or aurait dû leur permettre d'accumuler de l'expérience, d'obtenir de l'avancement, et d'améliorer leurs prétentions salariales, en bref, de démarrer leur carrière sous les meilleurs auspices. Tous ces jeunes hommes sont donc en train de manquer d'immenses opportunités qui auraient pu être déterminantes pour préparer leur avenir. 

Pour David Dorn, professeur d'économie à l'Université de Zurich, il s'agit d'un  problème grave, et il n'hésite pas à évoquer une "génération perdue". "Si vous arrivez au point où, à près de 30 ans, vous n'avez jamais eu de véritable emploi et que vous n'avez pas obtenu de diplôme de l'enseignement du supérieur, alors il vous sera très difficile de vous en remettre", explique-t-il. 

Un impact plus vaste sur l'économie

La sous-représentation de ces jeunes dans la main d'oeuvre américaine a aussi des conséquences  économiques plus vastes. Elle se matérialise par une perte de talent humain, ce qui inhibe forcément la croissance potentielle, d'une manière ou d'une autre. En outre, ces jeunes hommes s'exposent à un retard salarial important et durable. Il leur sera très difficile de rattraper les niveaux de salaire auxquels ils auraient pu prétendre s'ils avaient été actifs. Enfin, les économistes estiment qu'ils expliquent pour partie la baisse du nombre des mariages et de la natalité. Un jeune sans revenus a en effet plus de difficultés à fonder une famille. Ces tendances n'augurent rien de bon non plus pour les générations suivantes, victimes d'une insécurité économique grandissante. 

Ainsi, parmi les millénaires n'ayant qu'un diplôme d'études secondaires, environ 14 % étaient inactifs en 2016, contre 6,4 % 20 ans plus tôt. "Cependant, il n'est pas facile de trouver une explication au problème", déclare Smialek. Il est difficile de connaître les causes de ce phénomène. S'agit-il d'une génération qui préfère s'exclure du marché du travail, ou qui manque d'options attrayantes ? Il pourrait s'agir de jeunes qui préfèrent rester chez eux,  parce qu'ils ne parviennent pas à trouver les emplois peu qualifiés et relativement bien payés que le secteur de l'industrie proposait autrefois. Mais les économistes ne comprennent pas pourquoi ce sont surtout les hommes qui sont affectés par ce phénomène.

Les 3 facteurs sociétaux fatals : la drogue, la prison... et les jeux vidéo

Certains évoquent d'autres tendances de la société américaine. Il y a un an, l'économiste en chef de Bank of America, Michelle Meyer, avait publié une note intitulée : «The tale of the lost male ». Dans celle-ci, elle expliquait que le fait que les hommes ne soient pas retournés au travail comme les femmes après la reprise économique provenait de facteurs cycliques, dont le manque de qualification et  la stagnation des salaires. Mais elle évoquait aussi des causes plus sociétales, notamment la hausse de la consommation de drogue, les taux d'incarcération, comme le plaisir de s'adonner aux jeux vidéo à la maison.

Les États-Unis sont en effet confrontés à une épidémie de drogue. Près de 12 millions d'Américains ont abusé des opioïdes en 2016 et 2017. 72 000 Américains sont décédés d'une overdose l'année dernière, ce qui signifie près de 200 décès par jour. Selon des recherches menées par Alan Krueger, la hausse de la consommation de drogue, et notamment d'opiacés entre 1999 et 2015, serait à l'origine d'une baisse de 20 % du nombre d'actifs masculins dans la main-d'œuvre américaine. Cependant, il est difficile de déterminer si l'absence d'emploi est la conséquence de la prise d'opiacés, ou le contraire.

En outre, de plus en plus d'Américains ont été incarcérés. Entre 1980 et 2010, la proportion d'Américains ayant été détenus en prison est passée de 1,8 % à 5,8 %. Or, ce sont majoritairement des hommes (93 % des prisonniers), dont 1/3 est âgé d'entre 25 et 34 ans. Les anciens détenus ont 30 % de chances en moins de retrouver un emploi.

Enfin, les jeux vidéo semblent effectivement avoir un impact sensible sur la propension des jeunes Américains à l'inactivité (au sens économique). Une enquête, nommée ATUS, examinant l'utilisation du temps aux États-Unis de 2004 à 2007, ainsi que de 2012 à 2015, conclut que le temps moyen que les hommes âgés de 21 à 30 ans consacrent au travail a baissé de 3,13 heures. Simultanément, le temps qu'ils consacrent à jouer aux jeux a augmenté de 1,67 heures, tandis que le temps qu'ils passent sur leur ordinateur a augmenté de 0,6 heures. Et comme pour le phénomène de l'addiction à la drogue, il est difficile de savoir si ces jeunes hommes jouent aux jeux vidéo parce qu'ils ne trouvent pas de travail, ou s'ils boudent la recherche d'emploi, parce qu'ils préfèrent jouer aux jeux vidéo.

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