Cover image

© Epa

Economie

La Chine exporte ses méthodes Big Brother en Afrique

La Chine a toujours été considérée par les défenseurs de l'Internet comme le pays au premier rang des abus de la liberté d'Internet dans le monde. Cependant, ce pays ne se contente pas de resserrer la surveillance en ligne sur son territoire, mais exporte certaines de ses méthodes en dehors de ses frontières comme en Afrique, dénonce un nouveau rapport du groupe de réflexion Freedom House.

Grâce à la dispense de formations officielles mais également en fournissant une infrastructure technologique aux régimes autoritaires et en obligeant les entreprises à se conformer à ses règles de contenu même en dehors de Chine, Pékin devient ainsi capable de contrôler des flux d'informations à l'intérieur et à l'extérieur de ses frontières, explique Quartz.

"Ces tendances représentent une menace pour l'existence et l'avenir de l'Internet ouvert et pour les perspectives de renforcement de la démocratie dans le monde”, a expliqué l'organisation à but non lucratif basée à Washington DC.

L'étude de Freedom House a évalué les développements liés à la liberté d'Internet entre juin 2017 et mai 2018 dans 65 pays du monde.

Expansion

La liberté d'Internet et ses liens avec la Chine a pris de l'ampleur à mesure que les géants technologiques du pays se développent mondialement pour perturber des secteurs tels que les communications, le commerce électronique, les technologies de reconnaissance faciale et l’intelligence artificielle.

Dans le cadre de son projet d'infrastructure "One Belt, One Road", la Chine développe également une "Route de la soie numérique" qui implémentera des réseaux de fibres optiques dans les pays en développement. Mais étant donné les relations étroites entre les entreprises de technologie chinoises et les gouvernements, ces systèmes numériques pourraient être utilisés pour des opérations de renseignement et de surveillance électronique de Pékin, indique le rapport.

L'année dernière, la Chine a organisé des séances sur son système étendu de censure et de surveillance pour des responsables des médias de pays tels que le Maroc, l'Égypte et la Libye. En novembre dernier, elle a également organisé un séminaire de deux semaines sur "Gestion du cyberespace pour les responsables de pays situés le long de la nouvelle route". Selon Freedom House, ce qui se dit durant ces séminaires n'est pas toujours très clair et à la suite de ces réunions, des lois sur la cybersécurité fortement identiques à la législation chinoise ont été introduites dans des pays tels que Ouganda et la Tanzanie.

Les entreprises chinoises s'efforcent également d'installer des équipements Internet et de réseau mobile en Afrique. Par exemple, Transsion Holdings, dont le siège est à Shenzhen, est maintenant le plus grand fabricant de téléphones en Afrique. Des startups telles que CloudWalk ont ​​lancé un programme de reconnaissance faciale massive au Zimbabwe. Huawei est devenu le conseiller du Kenya en ce qui concerne ses technologies de l'information et de la communication.

Porte dérobée

Toutefois, bien que l'installation de ces infrastructures est fondamentale pour le continent, la Chine pourrait également utiliser via celles-ci des "mécanismes de porte dérobée" pour avoir accès à d’énormes quantités de données personnelles, gouvernementales et financières. Plus tôt cette année, des rapports ont accusé Pékin d'avoir piraté le siège de l’Union africaine à Addis-Abeba et d'avoir transféré des données pendant plus de cinq ans.

Ces mesures sont appliquées par Pékin et parallèlement, les gouvernements africains estiment que l'Internet est une menace. Plusieurs fermetures d'Internet ont lieu mais également des opérations de surveillance ainsi que l'application de lois arbitraires afin de faire taire les utilisateurs. Via la manipulation de fausses informations, la diffusion de rumeurs en ligne et afin d'augmenter les recettes intérieures, les gouvernements ont également commencé à appliquer des taxes sur les offres internet. "Cela représente un coût pour la démocratie et la cohésion sociale mais aussi pour la croissance économique, l'innovation et la neutralité du réseau", conclut Quartz.

Lire aussi