Un char mettant en vedette la première ministre britannique, Theresa May, avant le défilé annuel de Rose Monday, le 27 février 2017 à Düsseldorf, en Allemagne.

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Economie

Chers Britanniques, les travailleurs de l'UE n'ont pas été une nuisance, mais une manne pour votre pays

Le gouvernement britannique n'a toujours pas décidé du sort des 3,5 millions de citoyens d'autres pays membres de l'Union Européenne (UE) qui vivent et travaillent en Grande-Bretagne après le 29 mars 2019, lorsque le Brexit sera effectif. Pourtant, leur présence est décisive pour ce pays, comme l'a révélé une étude récente. 

Depuis que les électeurs britanniques ont décidé que leur pays devait quitter l'Union Européenne, les citoyens d'autres pays membres du bloc ont vécu une époque trouble. Non seulement, ils sont ostracisés et les agressions à leur encontre sont plus nombreuses, mais de plus, ils sont plongés dans une grande incertitude, et ne savent toujours pas ce qui leur adviendra.

Le gouvernement britannique a largement négligé les résidents issus des autres pays de l'UE

La violence à l'égard des immigrés provenant de l'UE n'a jamais été fréquente, mais elle a connu un regain après le référendum de juin 2016. La police britannique a déjà indiqué qu'elle s'attendait à une nouveau pic lorsque le divorce sera effectif.

Mais jusqu'ici, le gouvernement britannique n'a accordé qu'une attention très limitée à ces résidents européens. La ministre de l'immigration, Caroline Nokes, a déclaré que les entreprises devront s'assurer après le Brexit que les travailleurs provenant des pays de l'UE qu'ils emploient satisfont aux conditions pour être autorisés à travailler au Royaume-Uni. Ils devront notamment prouver leur identité, montrer qu'ils résident dans le pays, et que leur casier judiciaire est vierge de toute condamnation au pénal grave. Ils devront également postuler avant mars 2021 pour obtenir le "settled status".

Las... La procédure pour obtenir ce statut n'est pas prête. Seuls les possesseurs d'appareils Android peuvent se faire enregistrer, en raison de l'inexistence d'application correspondante compatible avec les appareils Apple. Seulement 650 personnes ont postulé pour le moment, une goutte d'eau dans l'océan des 3,5 millions de migrants issus d'autres pays membres de l'UE tenus de suivre cette procédure. 

The3Million, une association qui représente ces citoyens, a posé plus de 150 questions au gouvernement May concernant leurs conditions d'existence après le Brexit. Elles demeurent sans réponse. 

Les travailleurs issus des pays de l'UE sont cruciaux pour l'économie britannique

Or, le choix  du gouvernement d'imposer les mêmes restrictions qui s'appliquent sur les travailleurs des pays tiers sur les travailleurs peu qualifiés issus de l'Union Européenne ne se justifie guère, affirme Therese Raphael de Bloomberg. En effet, le migrant européen moyen a tendance à arriver jeune, en âge de travailler et il a un niveau d'éducation supérieur à celui du citoyen britannique moyen. Les travailleurs européens représentent plus de 20 % de la population active dans au moins 18 secteurs. Ils sont indispensables dans les secteurs de la technologie, de la finance, de l’hôtellerie et de la restauration, dans les services du système de santé national et de l’éducation.

Mieux, une étude réalisée par Oxford Economics a révélé que les travailleurs européens généraient plus de recettes pour le Trésor britannique que les résidents nés en Grande-Bretagne et payaient, au cours de leur vie, 78 000 livres (environ 89 000 euros) d'impôts de plus qu'ils ne recevaient en services et avantages.

Mais ces statistiques ont été largement ignorées par la population britannique et l'administration May. "Le gouvernement conservateur de la Première ministre Theresa May devrait vanter les vertus de ces travailleurs et l’effet enrichissant de leur gastronomie, de leur culture et de leur dynamisme. (...) La première chose que devrait faire May quand un accord sur le Brexit sera conclu est de dérouler le tapis rouge pour les 3,5 millions de personnes [issues des pays membres de l'UE], conclut Mme Raphael.

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