La chancelière allemande Angela Merkel s'en va

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Politique

Le modèle européen pourra-t-il survivre au 21e siècle?

Le monde est entré dans une nouvelle phase, après l'élection de Jair Bolsonaro au Brésil et l'annonce du départ d'Angela Merkel de la politique allemande.

Lundi, après la défaite de son parti CDU au cours des élections législatives de l'état de la Hesse, Angela Merkel a annoncé qu'elle renoncerait à la CDU en décembre. Elle a également annoncé qu'elle ne serait pas candidate pour un 5e mandat de chancelier en 2021, à la fin de son mandat actuel. "Je ne suis pas née chancelière et je ne l'ai jamais oublié", a déclaré Merkel. La politicienne née en Allemagne de l’Est aura finalement dirigé son parti pendant 18 ans et - si elle y réussit - elle aura été chancelière pendant 16 ans.

Le prix de "l'immigration sans intégration"

Quelle que soit la manière dont on l'envisage, l'Allemagne est un pays très prospère et riche et la femme qui a depuis 2015 accueilli plus d'un million de réfugiés alors qu'elle n'a jamais trouvé la majorité dans ses rangs pour ouvrir les frontières, paie maintenant le prix de la politique d'accueil "d'immigration sans intégration" qui a poussé le continent tout entier sur la défensive.

Le départ de Merkel a des conséquences majeures pour l'Europe

Mais le départ imminent de Merkel signifie beaucoup plus qu'une reddition du pouvoir. Non seulement sa CDU était ressortie très affaiblie par les dernières élections fédérales de la fin de l'année dernière et les élections fédérales en Bavière  et en Hesse, mais de plus, le départ de Merkel risque d'avoir des conséquences majeures pour l'Union Européenne.

En août dernier, et à l'encontre de toutes les traditions allemandes, Mme Merkel a exprimé son soutien aux ambitieux projets de réforme du président français Macron visant à nommer un ministre des Finances pour l'ensemble de la zone euro. Un mois plus tard, elle fut punie pour cela lors des élections législatives allemandes.

Angela Merkel

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Au final, il ne reste plus que Macron

Maintenant que Merkel  a elle-même reconnu  que les résultats des élections sont le "résultat amer" d'une coalition qui fonctionne mal et que "la crédibilité de la coalition gouvernementale a été compromise", Bruxelles ne peut que craindre une nouvelle désintégration du cadre pro-européen au sein de l'UE.

La réforme de la construction européenne  repose maintenant sur Emmanuel Macron, qui est aussi très affaibli chez lui. Il devrait non seulement éviter un Brexit "sans accord", mais également maintenir le gouvernement italien antisystème de Giuseppe Conte  sous contrôle et il doit s'attendre à la féroce opposition des États membres d'Europe orientale dirigés par Viktor Orban pour presque toutes ses idées.

L'état du monde

Maintenant que l’ère Merkel touche à sa fin, l’Occident se retrouve sans leader. Donald Trump a déjà abdiqué, le Royaume-Uni a d'autres priorités et Macron semble trop faible. Le modèle occidental peut-il survivre malgré cela? Jugez-en vous-même...

Le président brésilien Jair Bolsonaro

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1. Le Brésil

Il n'y a pas que l'Europe. Dimanche, le Brésil - avec 207 millions d'habitants, la quatrième plus grande démocratie du monde - a choisi comme président le candidat d'extrême droite Jaïr Bolsonaro. Beaucoup le surnomment le "Trump des tropiques". Mais à moins d'un changement, il ne mérite guère ce surnom : il est bien pire. Selon lui, ses adversaires peuvent choisir entre l'exil et la prison. Trump n'a encore jamais fait ce type de déclaration.

À Niterói, une banlieue de Rio de Janeiro, l'armée est descendue dans les rues après l'annonce de la victoire de Bolsonaro, et elle a été applaudie par les masses. La bourse brésilienne a également progressé de 3 % lundi matin.

Le seul espoir des Brésiliens modérés est que la foudre ne tombe pas chaque fois que l'orage tonne et que Bolsonaro modère quelque peu son discours. Et que lui, tout comme Lula da Silva - qui était une figure d'extrême gauche - réussisse à sortir des millions de Brésiliens de la pauvreté. Le fait que ce dernier soit maintenant en prison pour corruption ne change rien à cela.

2. Les États-Unis

Aux États-Unis - un pays avec un million d'emplois vacants de plus que le nombre de chômeurs et qui ont adopté récemment l'une des réductions d'impôt les plus importantes de l'histoire - le président a tweeté après le massacre de vendredi dans une synagogue et l'envoi de colis piégés à divers politiciens du parti démocrate et un certain nombre d'autres personnalités "que la grande colère dans notre pays" est provoquée pour partie par les médias," le véritable ennemi du peuple ". Du jamais vu, car de cette manière, il blâme explicitement les journalistes et ces derniers deviennent des cibles légitimes de violences potentielles.

3. La Chine

Il y a enfin la Chine, qui rejette le modèle occidental démocratique et où le pouvoir de 1,4 milliard de personnes est concentré dans un seul homme. Mais... ce pays tire  37 000 personnes de la pauvreté chaque jour et produit 2 nouveaux milliardaires par semaine. Un pays confronté à un avenir dystopique, dont on peut déjà avoir un aperçu dans le message diffusé dans le train express reliant Shanghai à Beijing (voir le tweet de James O'Malley).

4. Quo Vadis Europe ?

L’Europe semble donc être le dernier rempart de la démocratie et du multilatéralisme. Un bastion qui s'est caractérisé par une croissance économique relativement faible au cours des dernières décennies et où la  politique est maintenant ébranlée. Comme Merkel appartient également à l'histoire, la question se pose de savoir si le modèle européen pourra devenir la formule gagnante du XXIe siècle ? Il semble que ce ne soit plus si sûr...

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