Confluent des rivières de Gilgit et de l'Indus dans la région du Nord du Pakistan

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Economie

La solution innovante du Pakistan pour financer deux barrages : le crowdfunding

Le gouvernement du Pakistan dirigé par le Premier ministre Imran Khan, a eu une idée innovante pour financer deux projets de barrages : il a lancé une campagne de crowdfunding (ou financement participatif) grâce à laquelle  il espère pouvoir réunir les 14 milliards de dollars nécessaires pour leur construction. 

Le financement participatif désigne tout un ensemble de méthodes dont le point commun est qu'elles font appel à un grand nombre de personnes, le public, très souvent, pour lever des sommes, sans passer par des établissements financiers. Cet appel peut viser à recueillir des prêts, des récompenses (c'est à dire, qu'il s'agit de dons accordés en l'échange d'une contrepartie), de capital-investissement, mais aussi de dons.

14 milliards de dollars pour 2 barrages

En l'espèce, il s'agit de dons. Au mois de juillet, le gouvernement pakistanais a ouvert un compte bancaire, et lancé une vaste campagne sur les médias pour inviter les citoyens du pays à y effectuer des virements. Il espère ainsi collecter 14 milliards de dollars, qui lui permettront de lancer la construction de deux barrages.

En effet, malgré la présence d'énormes glaciers, et de la mousson annuelle qui arrose chaque année une partie de son territoire, le Pakistan est l'un des pays les plus affectés par le changement climatique, et selon le Pakistan Council of Research in Water Resources (PCRWR), il s'expose à une "pénurie d'eau absolue" d'ici à 2025. Actuellement, on ne compte que 3 grandes retenues d'eau, ce qui est très insuffisant ; le pays n'a pas la capacité de stocker l'eau issue des pluies ou de la fonte des glaciers.

Le coût des deux barrages, Diamer-Bhasha et Mohmand, a été estimé à 14 milliards de dollars (environ 12 milliards d'euros), mais selon les experts, il pourrait grimper à plus de 16 milliards de dollars.

Un pays au bord de la faillite

Or, le Pakistan est au bord de la faillite, et Khan a hérité d'un déficit commercial galopant qui a creusé un déficit de compte courant record de 18 milliards de dollars. Il est actuellement en discussion avec le Fond Monétaire international pour obtenir éventuellement ce qui serait le 12e prêt de l'Institution depuis la fin des années 1980. Le pays compte 210 millions d'habitants, ce qui en fait le sixième pays le plus peuplé du monde, mais un tiers d'entre eux vivent sous le seuil de pauvreté. De plus, l'évasion fiscale est un sport national, ce qui signifie que ceux qui payent leurs impôts ne représentent qu'un peu plus de 1 % de la population.

Mardi, le gouvernement a annoncé qu'il avait obtenu 6 milliards de dollars d'aide de l'Arabie Saoudite, dont 3 milliards lui seront versés immédiatement, et le reste devrait être déduit de ses factures de pétrole sur les 3 prochaines années. Le pays a également obtenu plusieurs prêts d'urgence de plusieurs milliards de dollars de son plus grand allié dans la région, la Chine. Mais cette année, les Etats-Unis lui ont refusé leur aide, au motif qu'il n'en faisait pas assez pour lutter contre les groupes terroristes présents sur son territoire. 

"Le plus grand collecteur de fonds de l'histoire du Pakistan"

Cette situation financière critique a donc motivé l'appel à la population. A la radio, des publicités invitent les citoyens à ne donner ne serait-ce que 10 roupies (moins de 10 cents). Au début de ce mois, cette campagne a été étendue aux 9 millions de Pakistanais vivant à l'étranger. Khan lui-même est apparu à la télévision pour exhorter ses compatriotes à l'étranger à donner au moins 1000 dollars chacun. 48 millions de dollars auraient été levés depuis le début de la campagne.

L'opération suscite un certain scepticisme. Au rythme de collecte actuel, il faudra 120 ans pour recueillir l'ensemble des fonds nécessaires à la construction des deux barrages, a observé le journaliste d'une chaîne de télévision. Beaucoup fustigent Khan pour son optimisme qu'ils jugent excessif. "L'appel de Khan aux dons pour la construction de barrages manque de vision. On ne peut pas construire de tels barrages avec des dons", a jugé Miftah Ismail, ministre pakistanais des Finances sous le gouvernement précédent.

Mais cela ne décourage guère Khan, qui a déjà mené ce type de campagne. Dans les années 1980 et 1990, il s'était employé à lever des fonds pour ouvrir un hôpital spécialisé en cancérologie pour les pauvres dans la ville de Lahore. Fort de cette expérience, il se présente lui-même comme "le plus grand collecteur de fonds de l'histoire du Pakistan". "Nous pourrons construire les barrages dans 5 ans si les dons se poursuivent". 

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