Masayoshi Son

© Getty Images

Politique

Un journaliste a été assassiné en Turquie, et l'une des personnes les plus riches de la planète est en mauvaise posture

Le Japonais Masayoshi Son pourrait bien payer le prix fort pour l'implication saoudienne dans le meurtre du journaliste Jamal Khashoggi.

Peu de temps après sa nomination à la présidence de facto de son pays, le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane (MbS) a publié son «Vision 2030», un manifeste qui indiquait clairement qu'il souhaitait rendre son pays indépendant du pétrole d'ici 2030. Dans le cadre de ce plan, il souhaite principalement  développer le secteur de la technologie dans son pays .

Un peu plus tôt cette année, on a appris qu'Alphabet, la holding à laquelle appartient Google, négocie depuis des mois la construction d'un grand centre technologique dans le royaume. Un tel pôle technologique devrait permettre à Google d’attirer des clients de la région. Le coût d'un tel centre s’élève facilement à des centaines de millions de dollars.

Du pain béni pour le monde de la technologie, si on n'en était pas arrivé à la conclusion aujourd’hui que ces entreprises on fait affaire avec un autocrate brutal, qui ne s'émeut guère pour un meurtre, encore moins pour quelques mensonges

Liste des entreprises les plus éminentes du secteur de la technologie américain dans lequel l'Arabie saoudite a pris des participations

La clé dans la relation entre 'Big Tech' et Riyad est... un Japonais

Mais la clé de la relation entre «Big Tech» en Californie et Riyad est de façon remarquable un Japonais. Il s’appelle Masayoshi Son (notre photo de couverture) et il est le CEO de SoftBank, une banque japonaise qui gère 100 milliards de dollars de projets technologiques avec son fonds Vision Fund. 45 milliards d’entre eux proviennent du fonds du gouvernement saoudien géré par MbS, tandis que les Saoudiens se sont engagés à verser 45 milliards supplémentaires. Mais des entreprises comme Apple et Qualcomm sont également des investisseurs. Avec cet argent, SoftBank investit dans des entreprises technologiques telles que Uber Technologies, WeWork, Snap, Magic Leap, Didi Chuxing et Slack.

Selon les Saoudiens, Mohammed ben Salmane n'aurait rien à voir avec le meurtre et "un groupe d'officiers subalternes" aurait agi de sa propre initiative. Une version qui a été accueillie avec une bonne dose de scepticisme dans la plupart des capitales.

le prince héritier saoudien Mohammed Ben Salmane

© Getty Images

SoftBank a un problème

Si, après une enquête approfondie, il apparaît que MbS a effectivement ordonné l'assassinat de Khashoggi, SoftBank a un réel problème. Dans une interview accordée à l'agence de presse Bloomberg, le prince héritier saoudien avait déclaré ce mois-ci que les Saoudiens et personne d'autre ne sont "les fondateurs du Vision Fund de SoftBank". "Sans nous, SoftBank Vision Fund n'existerait même pas."

L'objectif de Masayoshi Sons est d'ajouter 100 milliards de dollars au fonds tous les deux ans. Mais l'homme est maintenant pris entre le marteau et l'enclume, car à mesure que les détails du déroulement du massacre d'Istanbul sont révélés, l'image de SoftBank risque de se détériorer encore davantage.

«Davos dans le désert» ... les Occidentaux restent à la maison

Le monde des affaires a déjà tourné le dos à MbS. La liste des orateurs et des participants qui se sont engagés pour la prestigieuse conférence «Davos in the Desert», qui débutera demain à Riyad, a été décimée.

La plupart des hommes d'affaires américains restent chez eux et/ou envoient des collaborateurs d'échelon inférieur. Le haut de l'affiche ne répertorie plus qu'un certain nombre de personnalités russes, asiatiques et africaines.

Est-il éthique de faire des affaires avec les Saoudiens ?

La question qui se pose est de savoir pourquoi, à ce jour, aucun débat n'a encore été lancé sur la question de l'éthique des relations commerciales avec l'Arabie saoudite, un pays où l'on crucifie encore des gens, et où l'on coupe des mains et des têtes. Il n’est pas très surprenant qu’il y ait beaucoup d’argent saoudien dans la Silicon Valley. Ni que de nombreux chefs de technologie se sentent un peu mal à l'aise à ce sujet. Le plus simple est toujours de ne pas en parler.

L'image prometteuse du jeune ben Salmane  est définitivement écornée. Mais Masayoshi Son (l'un des dix Asiatiques les plus riches du monde) est aussi confronté à un choix cornélien. S'il décide de continuer à soutenir MbS, sa SoftBank menace de devenir ce que les Américains appellent des «damaged goods». S'il abandonne MbS, son VisonFund risque de se trouver à court d'argent.

Sur le même sujet :