Le président de la généralité de Catalogne, Quim Torra

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Politique

Des affiches comportant les noms et les photos d'opposants à l'indépendance sont placardées dans les rues catalanes

Les personnes qui s'opposent à l'indépendance sont désormais clouées publiquement au pilori dans un certain nombre de municipalités catalanes.

Des affiches diffamantes, comportant les photos des personnes impliquées et leurs prétendus actes de résistance, apparaissent dans les rues.

Le journal El País publie un exemple de telles affiches dans son édition du week-end . Outre le nom de la personne concernée, ses «crimes» allégués sont également décrits. Dans un certain nombre de cas, même les cafés dans lesquels ces «criminels» se rendent souvent sont mentionnés.

Des affiches diffamantes dénonçant les personnes opposées à l'indépendance de la Catalogne affichées dans une rue catalane

Les militants de l’indépendance demandent à la population de dénoncer leurs voisins qui se joignent aux mouvements anti-indépendantistes. Ils qualifient ces gens de «fascistes» et les accusent d’agression ou d’appartenance à des partis et à des groupes d’extrême droite. À Balsareny, une municipalité de 3 000 habitants, un certain nombre de personnes sont accusées d’être membres des Grupos de Defensa y Resistencia (RDA). 

"Retirer ces fascistes de nos rues"

Ces derniers forment la contrepartie des combattants pour l'indépendance des Comités de Defensa de la Republica (Comité de la Défense de la République, CDR). Balsareny est un fief des CDR. L'année dernière, une maison où un drapeau espagnol avait été suspendu au balcon a été incendiée par des inconnus. Des poupées censées représenter des non-séparatistes ont été suspendues par les pieds sur un pont de l'autoroute.

Des poupées censées représenter des non-séparatistes catalans ont été suspendues par les pieds sur un pont de l'autoroute

© Twitter / Nera Liza

"Retirez ces fascistes de nos rues. Si vous rencontrez ces personnes dans le village, faites-le nous savoir. Le fascisme progresse lorsqu'on ne le combat pas", peut-on lire sur les affiches.

Les personnes figurant sur les affiches ont entre-temps déposé une plainte auprès du tribunal de Barcelone pour incitation à la haine, menaces, injure et diffamation. Elles sont assistés d'avocats spécialisés en droit constitutionnel.

De nouvelles élections ?

La situation en Catalogne est maintenant complètement bloquée. Non seulement plus de 4 000 entreprises catalanes ont fui l'État, mais de plus, le président de la Generalitat de Catalunya, Quim Torra (sur notre photo de couverture) a récemment menacé de faire sauter le gouvernement minoritaire socialiste du premier ministre Sánchez si aucune proposition n'est présentée en novembre pour "un référendum internationalement reconnu sur l'autodétermination de la Catalogne". 

9 hommes politiques catalans sont toujours en prison dans l'attente de leur procès, tandis que 7 autres ont fui à l'étranger, notamment l'ancien président Carles Puigdemont, qui réside en Belgique. Ils sont soupçonnés de sédition, de rébellion, de désobéissance civile et de détournement de fonds publics pour rendre possible le référendum illégal du 1er octobre 2017. Ainsi, en 2018, Madrid continue de penser qu’il est possible de résoudre un problème politique devant les tribunaux plutôt que par le dialogue.

Toutefois, l’unanimité commence aussi à se lézarder au sein du front séparatiste. Le parti anticapitaliste CUP, devenu le "faiseur de roi" avec ses 4 sièges au Parlement catalan, et les CDR (Comités de Defensa de la Republica), exigent rien de moins qu'une séparation immédiate d'avec l'Espagne ou la destitution du gouvernement de Torra. Le "clan" autour de Puigdemont, dont l'influence commence clairement à se diluer hors de son "cercle restreint", devrait donc inciter à de nouvelles élections.

[Dans la vidéo ci-dessus, l'économiste belge Geert Noels s'entretient avec Carles Puigdemont dans l'émission flamande De Afspraak.

Puigdemont : "Je suis élu par le peuple catalan, il est de mon devoir est de le servir"

Noels : "Mais si vous voulez gagner ce combat, c'est une mauvaise idée de rester à Waterloo. En outre, avec toute la sympathie que j'éprouve pour ce que vous tentez de faire, je pense que vous avez commis une grave erreur avec la façon dont vous l'avez mené, je pense que cela faisait "amateur". Il est honteux que l'Europe incarcère des politiciens, et cela ne devrait plus se produire aujourd'hui. Mais si vous voulez regagner de la dignité, je pense que vous devriez retourner dans votre pays et accepter de vous faire mettre en prison avec vos amis. Si j'étais le dirigeant d'un tel mouvement, je voudrais être avec mes amis, et je ne comprends pas pourquoi vous êtes ici dans ce studio, et non pas avec vos amis en Catalogne".

Puigdemont : "Oui, mais si j'étais en prison, je ne pourrais pas être dans ce studio". 

Noels : "Oui, mais vous auriez probablement plus de pouvoir en prison, que vous n'en avez ici dans ce studio". (Plus tard au cours de cette conversation, Puigdemont expliquera qu'il ne "croit pas aux martyrs")

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