Un homme sans abri dans une rue de Budapest, en Hongrie

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Politique

En Hongrie, il est désormais interdit d'être SDF

En Hongrie, une loi du gouvernement du Premier ministre Viktor Orban est entrée en vigueur cette semaine, qui interdit aux personnes de dormir dans les espaces publics. Autrement dit, il est maintenant interdit d’être SDF en Hongrie.

La loi fait suite à un amendement constitutionnel approuvé en juin, qui qualifie de délit le fait de dormir dans la rue ou dans des abris de fortune. Désormais, la police est autorisée à forcer les sans-abri à s’installer dans un abri d’urgence. S'ils refusent trois fois de se plier à cette injonction au cours d’une période de 90 jours, ils s’exposent à une peine de prison, et à la confiscation de leurs effets personnels.

Une mesure pour aider les personnes SDF à se réintégrer

C’est la toute première fois en Europe que l’interdiction de “résidence habituelle dans un espace public” est inscrite dans une Constitution.

Le gouvernement d’Orban affirme que cette mesure a pour objectif d’apporter un suivi médico-social personnalisé aux personnes sans-abri, et de leur fournir des conditions de vie décentes pour permettre leur réintégration. Il souligne que cette année, il a débloqué une enveloppe de 9 milliards de forints (environ 28 millions d’euros) pour financer cette aide, plus 300 millions de forints (environ 930 000 euros) consacrés à l’extension des capacités d’hébergement pour les accueillir.

Mais en dépit de ces efforts, ces capacités sont encore limitées à 11 000 logements, alors que l’on dénombre plus de 30 000 personnes SDF dans le pays.

Comme c’est souvent le cas ailleurs, les sans-abri hongrois préfèrent dormir dehors plutôt que de rejoindre les centres d’hébergement bondés, où ils risquent d’être exposés à des violences, au vol de leurs objets personnels, et à la contamination de maladies. 

Dimanche, près de 500 personnes ont manifesté devant le Parlement hongrois pour protester contre cette loi.

"Voilà à quoi ressemble la «démocratie chrétienne» d’Orbán”

“Pendant que le leader danubien [Viktor Orban], auto-proclamé «homme du peuple» et défenseur des laissés-pour-compte du libéralisme ostracise les plus nécessiteux, deux millions et demi de Hongrois et Hongroises sur les neuf que compte le pays vivent en deçà du seuil de pauvreté local, soit 300 euros nets ou moins par mois, aides comprises”, rappelle le magazine Slate.

“Dans le royaume du Premier ministre Viktor Orbán, la politique d'exclusion systématique est en train d'être étendue. Tout d'abord, ce sont les réfugiés qui ont été visés et traités comme des suspects de terrorisme. Ensuite, ce sont les Roms, qui ont été décrits comme des «bêtes» par un idéologue du régime. Maintenant, la pauvreté est également criminalisée. Voilà à quoi ressemble la «démocratie chrétienne» d’Orbán”, tonne le journal allemand Süddeutsche Zeitung.

"300 personnes, souvent agressives et saoules, souillent nos villes et mendient au lieu de travailler"

Le journal hongrois pro-gouvernemental Magyar Idök trouve que cette nouvelle législation est justifiée :

“Environ 7 000 sans-abri (à Budapest) ont été intégrés dans le système social, contre environ 300 personnes qui ne sont pas disposées à respecter les règles dans les refuges pour sans-abri. Ils vivent dans la rue. Ce sont eux que nous voyons jour après jour, salissant nos places, nos rues, nos arrêts de bus et nos gares. Ils font leurs besoins sur le bâtiment de l'opéra et le théâtre Erkel. Nous les contournons ou les enjambons. Ils mendient au lieu de travailler pour gagner l’argent nécessaire pour assurer leur subsistance. Ils sont souvent extrêmement agressifs et totalement saouls.”

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