Les deux vice-Premiers ministres italiens, Luigi Di Maio et Matteo Salvini

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Economie

La tempête arrive : les déclarations des dirigeants italiens alimentent l'inquiétude des marchés

Les taux d’intérêt sur les Bons du Trésor italien à 10 ans ont atteint aujourd’hui 3,60 %, et le spread, c'est-à-dire l'écart entre le taux servi sur les obligations italiennes et le taux des obligations allemandes, se monte quasiment à son plus haut niveau en cinq ans. Cette forte hausse fait suite à des déclarations du Vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini.

Le gouvernement de coalition formé par le parti d’extrême droite de la Lega de Matteo Savini, et par un autre parti populiste, le Movimento 5 Stelle de Luigi Di Maio, s’est engagé lors de sa campagne à mener des réformes de nature sociale l’année prochaine, incluant notamment un avancement de l'âge de prise de la pension, et la création d'un  revenu citoyen universel. Mais celles-ci devraient mener à une augmentation considérable des dépenses publiques. Selon la proposition de budget que le gouvernement italien a soumise au Parlement italien, celles-ci devraient propulser le déficit du pays à 2,4 % du PIB, le triple du déficit enregistré par le gouvernement précédent.

La dette italienne se monte déjà à plus de 130 % du PIB

Or, la dette italienne se monte déjà à plus de 130 % du PIB, soit plus du double de la limite de 60 % prévue par le Traité de Maastricht. Les investisseurs redoutent donc que ces dépenses supplémentaires ne rendent la dette italienne insoutenable, et puissent potentiellement aboutir à une nouvelle crise de la dette.

La semaine prochaine, le gouvernement présentera officiellement sa proposition à la Commission européenne, chargée de certifier que ses membres respectent les engagements en matière de dépenses collectives. Bruxelles a déjà commencé à manifester une certaine nervosité, et la Commission européenne pourrait exceptionnellement décider de demander à Rome de revoir sa copie.

"Juncker et Moscovici ont ruiné l'Europe et notre pays"

M. Salvini, qui est aussi vice-Premier ministre, enchaîne les petites phrases et les accusations cinglantes. Vendredi dernier, il avait fustigé Bruxelles : « Des gens comme [le président de la Commission européenne, Jean-Claude] Juncker et [le commissaire aux Affaires européennes Pierre] Moscovici ont ruiné l'Europe et notre pays. (…) Nous tentons de changer cette Europe de l'intérieur et nous espérons que les élections européennes du mois de mai [2019] nous y aideront. Sinon, les choses seront très difficiles », a-t-il dit.

Salvini "absolument certain" que le spread de taux ne retrouvera pas ses niveaux de crise

Lors d'une interview donnée à la chaîne publique RAI mercredi, le dirigeant de la Lega s'est déclaré « absolument certain » que le spread, c'est-à-dire l'écart entre les taux d'intérêt servi sur les obligations souveraines italiennes à 10 ans et les obligations allemandes de même échéance n'atteindrait pas 400 points de base, c'est-à-dire le niveau qu'il avait atteint en 2012, au pire moment de la crise de la dette européenne.

Mercredi, ce spread atteignait 308 points de base, autrement dit, l'Italie emprunte à un taux supérieur de 3,08 % par rapport à celui de l'Allemagne.

« Devrais-je changer ma politique, mon accord avec les Italiens, sur la base des décisions que certains spéculateurs prennent le matin ? Non », a dit Salvini. « Les financiers spéculent et font des profits sur le dos du peuple », a-t-il ajouté, martelant que son gouvernement ne se laisserait pas « dicter » sa politique par les investisseurs ou les commissaires de l'Union européenne.

Une politique de crédit d'impôts pour inciter les citoyens italiens à financer la dette italienne

Il a aussi indiqué que les investisseurs qui parieraient sur un rétro pédalage du gouvernement italien sur son projet de budget commettraient une erreur, et a accusé les grandes institutions financières de s'attaquer collectivement à l'Italie pour pouvoir racheter à bon compte les entreprises italiennes.

Salvini a également dégainé une nouvelle arme : il a déclaré que le gouvernement avait prévu d’accorder des crédits d'impôt pour les citoyens qui achèteraient de la dette souveraine : « Nous avons soutenu l'idée d'aider les investisseurs qui investissent dans la dette souveraine pendant des années ». Armando Siri, sous-secrétaire pour le ministère de l'infrastructure, également un membre de la Lega, avait précédemment indiqué à Reuters que le gouvernement envisageait d'octroyer des crédits d'impôts pour inciter à la souscription de 15 milliards d'euros de bons du trésor italiens.

Les agences de notation doivent rendre leur verdict sur l'Italie à la fin de ce mois

On s'attend à ce que les agences de notation Moody's et Standard and Poor’s publient leurs nouvelles évaluations concernant la note qu'elles attribuent à l'Italie d'ici la fin de ce mois.

Les deux agences évaluent actuellement l'Italie deux crans au dessus du “junk”, cette dernière étant la note correspondant à la la catégorie dite "spéculative", parce que l’on considère qu’il s’agit de titres très risqués. Les cotes attribuées par les agences de notation guident les investisseurs, et si l’une de ces deux agences, voire les deux, décident de dégrader la note de l'Italie, il faut prévoir de nouvelles chutes des cours sur les marchés financiers européens...et une nouvelle hausse du spread. 

Mais Salvini a également mis en doute la valeur de ces cotations : “Les enquêtes de certains procureurs courageux ont confirmé que les baisses de notations étaient totalement injustifiées et que certaines personnes en avaient profité", a-t-il dit. 

La hausse du spread menace le gouvernement italien

Selon des analystes, le dépassement des 400 points fatidiques pourrait également menacer la survie du gouvernement italien. Ces derniers temps, l'entente politique apparente de la Lega et du M5S a commencé à se lézarder. « Notre scénario de base est encore que le gouvernement durera au moins jusqu'aux prochaines élections européennes. Cependant, une réaction plus défavorable du marché et / ou une croissance plus faible de la production et de l'emploi pourraient déclencher une crise gouvernementale dès le début de 2019 », a écrit Marco Protopapa, stratège chez JPMorgan Chase, dans une note à ses clients.

“Trop de gens dans l’establishment italien espèrent que le spread atteindra 400, car cette histoire est un moyen de terroriser les citoyens”, a déclaré l’autre vice-Premier ministre italien, Luigi Di Maio, qui est aussi dirigeant du M5S, à la chaîne RAI. “Notre objectif n’est pas le spread, mais le citoyen”, a-t-il conclu.

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