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© EPA-EFE/Gailan Haji

Economie

En Irak, les femmes qui participent à la vie publique sont encore persona non grata

Le récent assassinat de Tara Fares, ex-Miss Bagdad et la sixième personne la plus suivie en Iraq sur les médias sociaux, confirme que ce pays représente actuellement une menace majeure pour toutes les femmes qui participent à la vie publique, écrit Nishita Jha, spécialiste des droits des femmes sur la plateforme de nouvelles BuzzFeed News.

Fares, ancienne Miss Bagdad et star des médias sociaux, a été touchée par balle dans sa voiture à la fin du mois de septembre. Il n'y a toujours aucune trace des auteurs. Depuis le mois d'août, plusieurs femmes célèbres ont été assassinées en Irak. Selon certains observateurs, ces meurtres seraient l'œuvre d'extrémistes.

Toutes les femmes célèbres sont des cibles

En août, Rafeef al-Yaseri et Rasha al-Hassan, propriétaires de salons de beauté à Bagdad, sont également décédées à leur domicile dans des circonstances inexpliquées. En septembre, Soad al-Ali, une militante des droits humains, a été abattue par des inconnus alors qu'elle entrait dans sa voiture à Basra, une région qui a connu de nombreuses manifestations antigouvernementales ce mois-ci. Fares avait déjà été attaquée sur les médias sociaux et menacée pour son prétendu manque de modestie.

Shimaa Qasim, une célébrité irakienne sur Instagram, a également été menacée de mort et s'est depuis lors réfugiée à Londres. Selon Qasim, les femmes d'âge mûr en Irak sont qualifiées de prostituées et déclarées hors-la-loi.

"Bien que le nombre de femmes victimes soit minime parmi le grand nombre de décès imputables à la situation de conflit en Irak, les activistes légaux constatent une tendance claire", écrit Nishita Jha. Selon Hanaa Edwar, militante des droits des femmes à Bagdad, toutes les femmes qui participent à la vie publique sont des cibles.

"Toutes les femmes tuées étaient des femmes courageuses, ambitieuses et dotées d'une forte personnalité, "souligne  Edwar. Selon cette dernière, de nombreuses femmes irakiennes se retireraient de la vie publique.

Modernité

"Nous avons vu tellement de femmes d’affaires à Bassorah cesser leurs activités; les jeunes femmes dans les médias se cachent; les femmes désactivent ou modifient leurs profils de médias sociaux. Certaines d'entre-elles ont changé de maison ou vivent discrètement. Ces meurtres répandent la peur et terrifient les jeunes femmes et les féministes."

Selon l'anthropologue féministe Lila Abu-Lughod, les femmes musulmanes sont devenues les symboles de la modernité, de l'occidentalisation et de la démocratie.

"Lorsque des femmes comme Fares et Qasim retirent leur voile, elles sont considérées comme modernes, ce qui est souvent perçu comme un code de sexualité libre", ajoute Abu-Lughod.

"En Irak, les autorités ont tenté d'expliquer les meurtres comme étant le résultat malheureux de femmes essayant d'être modernes dans une société instable et conservatrice, plutôt que de reconnaître leur travail et leur contribution à la société irakienne", explique Nishita Jha.

Lorsque la militante des droits humains Soad al-Ali a été assassinée, les autorités irakiennes ont tout d'abord pointée la coopération de la victime avec le consulat des États-Unis. Plus tard, ils ont affirmé qu'Al-Ali avait été tuée par son ancien mari. Soad al-Ali était une militante des droits de l'homme à Bassora qui luttait contre la corruption du gouvernement et la contamination de l'eau potable dans sa ville.

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