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© EPA/How Hwee Young

Politique

Quelque chose d'impensable est en train de se passer en Corée du Nord

Les signes sont modestes mais indéniables: Kim Jong-un, contre toute attente, entraîne son pays dans une direction qui aurait été impensable il y a quelques années à peine. Parmi les nombreux changements remarquables survenus à Pyongyang, le plus significatif est certainement la disparition de l'ennemi américain des rues, écrit Richard Lloyd Parry, correspondant du journal britannique The Times en Corée du Nord.

Pour Lloyd Parry, qui a déjà visité le pays sept fois, des changements impossibles lorsque le dictateur Kim Jong-un a pris ses fonctions il y a plus de six ans, sont en train d'avoir lieu.

Plan quinquennal

"Par le passé, des images stéréotypées de l'ennemi impérialiste américain étaient visibles sur des affiches et des panneaux d'affichage partout à Pyongyang", écrit Lloyd Parry. "Les affiches de propagande, dans leurs couleurs primaires indéniablement audacieuses, sont toujours visibles dans toutes les grandes rues, mais les héros représentés ne sont plus des soldats casqués, mais des agriculteurs, des travailleurs et des types d’entreprises."

"Aujourd’hui, le slogan que je vois le plus souvent est le suivant: "Protégeons le parti en mettant en œuvre la stratégie quinquennale de développement économique". La Corée du Nord montre des signes évidents d'une évolution remarquable. Ce processus a été particulièrement rapide: il y a un an, une nouvelle confrontation nucléaire opposait Kim Jong Un à son adversaire américain Donald Trump. Mais après le sommet entre les deux dirigeants à Singapour en juin et trois réunions entre Kim Jong Un et le président sud-coréen, Moon Jae-in, l'atmosphère s'est transformée."

"Cependant, il n'y a pas que des signes militaires de détente", souligne Lloyd Parry. "La vie quotidienne de la Corée du Nord a également subi d'importants changements. On peut noter de petites indications de modernisation et d’innovation dans des villes telles que Pyongyang, Wonsan ou Kaesong. "

"Individuellement, ces changements n'ont qu'un impact superficiel et dans un autre pays, ils seraient à peine visibles, mais ils indiquent collectivement que Kim Jong Un souhaite mener le pays dans une direction qui aurait été complètement impensable il y a sept ans."

Cartes SIM

"Lorsque vous arrivez à l'aéroport de Sunan, le visiteur constate qu'un certain nombre de kiosques vendent des cartes SIM pour un accès à Internet", explique le journaliste. "Les smartphones, fabriqués en Chine, sont présents partout, même si, pour les Nord-Coréens, ils sont limités à un intranet fermé et soigneusement surveillé, et interdits d’accès au Web."

"Les Nord-Coréens prétendent souvent fièrement être les gardiens d'une forme "pure" de la langue coréenne, non infectée, comme l'est la Corée du Sud, par des termes d'emprunt étrangers. Mais un ami étranger travaillant à Pyongyang m'a expliqué que des termes anglais s'y glissaient."

"Dans les villes, on peut également enregistrer une activité de construction croissante, alors que dans les rues, on remarque de plus en plus de voitures, y compris de marques occidentales."

"Les taxis, portant le mot illuminé en anglais, défilent. Les vélos ont été complétés par des flottes de vélos électriques. Il existe même une flotte de vélos publics de style Boris, qui peuvent être réservés en ligne et payés avec la carte Narae, une carte prépayée chargée qui peut être utilisée dans les magasins et les restaurants. Les kiosques proposent des collations, des boissons, des cigarettes ou des fleurs coupées. Les restaurants proposent non seulement un menu national, mais également des sushis, des pizzas, du poulet rôti, des hamburgers et des steaks."

"Sur des plateformes en ligne telles que Mamulsang, il est possible d’acheter une vaste gamme de produits, qui ne sont pas uniquement destinés aux touristes, car ils peuvent de plus en plus servir à une classe moyenne émergente."

La Corée du Nord reste le pays le plus répressif au monde

"Il est important de ne pas être naïf à propos de tout cela. La Corée du Nord de Kim Jong Un est toujours le pays le plus répressif au monde et ses pires aspects demeurent inchangés. Les camps de prisonniers politiques brutaux, bien décrits dans un rapport publié par une commission des Nations Unies en 2014, restent encore à l'abri des personnes comme moi qui effectuent des visites guidées."

"Même les nouvelles petites libertés évoquent l'atmosphère générale d'oppression. Par exemple, l'utilisation d'Internet est strictement contrôlée." 

"La suspension de la propagande anti-américaine est strictement conditionnelle et l'armée populaire coréenne reste l’une des forces de combat les plus importantes et les plus motivées sur le plan idéologique de la planète. Tous les changements survenus pourraient être inversés. Mais ils démontrent deux choses importantes. La première est que l'ère de la famine, qui a tué des centaines de milliers de personnes à la fin des années 90 et a même touché la ville phare de Pyongyang, est complètement révolue.

"La seconde concerne le personnage de Kim Jong Un, un homme disposé à permettre des changements qui, autrefois, semblaient inconcevables. Les hamburgers et les fêtes foraines ne constituent pas une réforme politique ni une dénucléarisation. Mais peut-être que dans les années à venir, ils seront reconnus comme les premiers signes de changement."

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