Dans une régate, les voiles des navires aux couleurs de différentes marques de porto

© EPA/Jose Coelho

Politique

Porto, Champagne, Feta : Le Royaume-Uni protégera-t-il encore ces produits de terroir après le Brexit?

La protection d'un certain nombre de produits de terroir de l’Union Européenne, tels que le Porto, le Champagne, le jambon de Parme et la Feta - est devenue l’un des enjeux cruciaux des négociations du Brexit. Si les négociateurs ne parviennent pas à trouver un accord, ces produits pourraient perdre leur protection sur le marché britannique et se trouver confrontés à la concurrence de pays tiers.

L’Associated Press rapporte qu’il s’agit de l’une des 3 questions demeurées en suspens, et selon Enrico Bonadio, maître de conférences en droit de la propriété intellectuelle à l’Université de Londres, les lois concernant l’indication géographique pourraient même faire capoter l’ensemble des négociations sur le Brexit. Il affirme que la Grande-Bretagne, qui constitue un énorme marché pour ces produits de terroir (on en recense en fait plus de 3000 au sein de l’UE) pourrait exploiter cette difficulté pour tenter de négocier des conditions plus favorables pour son divorce d’avec l’UE.

Le porto particulièrement concerné

Le porto, pour lequel la Grande-Bretagne est le second plus gros marché à l’exportation, est particulièrement concerné. La Grande-Bretagne pourrait en effet décider d’ouvrir son marché à des producteurs de produits similaires moins chers émanant d’autres pays du Commonwealth, tels que l’Afrique du Sud et l’Australie.

Au Portugal, les viticulteurs de la vallée du Douro soulignent que ce sont les caractéristiques particulières de leur région, et notamment son climat très particulier, l’emploi de cépages spécifiques, ainsi que les qualités du sol, qui confèrent tout son caractère au porto, et qui en font un produit unique et irremplaçable.

Une pierre d'achoppement dans les négociations avec les Etats-Unis

Les règles européennes concernant la protection de certaines spécialités régionales avaient déjà été une pierre d’achoppement lors de la tentative de conclusion d’un accord avec les Etats-Unis (TTIP), qui considèrent que la feta et le parmesan sont des noms génériques, et voient ces indications géographiques comme autant de barrières érigées à l’entrée du marché de l’UE pour empêcher l’entrée des produits et services équivalents américains.

“[L’UE] utilise les indications géographiques comme moyen de monopoliser certains marchés de catégories de produits alimentaires communément produits, confisquant des termes génériques tels que parmesan et feta, alors même que ces termes sont devenus des appellations génériques depuis plusieurs générations”, affirme ainsi Shawna Morris, vice-président du Dairy Export Council, un syndicat laitier qui encourage la Grande-Bretagne à s’affranchir des règles de l’UE.

Elle admet que le Parmegiano-Reggiano ne peut provenir que de la région de Parme, mais estime que ce que l’on nomme parmesan n’a pas à être forcément produit en Italie. 

Les producteurs britanniques pourraient aussi avoir des tentations

Au sein de l'UE, certains redoutent que les producteurs britanniques de produits agricoles étiquettent aussi leurs productions avec des appellations protégées en Europe après le Brexit. Ironiquement, en effet, les produits britanniques ne perdraient pas leur statut et leur protection au sein de l'UE après le Brexit pour le Yorkshire Wensleydale (un fromage du nord de l’Angleterre) et la bière ale de Newcastle, car l'UE autorise la protection des noms géographiques de pays tiers. Les producteurs de Grande-Bretagne pourraient même déposer de nouvelles appellations pour leur conférer une protection au sein du bloc. Une situation injuste qui confère quelques atouts aux négociateurs britanniques, et pourrait donner quelques idées aux producteurs de vins, de fromages et de spiritueux britanniques...

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