Un pétrolier

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Economie

Les sanctions sur l'Iran se font sentir bien plus tôt que prévu

Les sanctions américaines à l’encontre de l’Iran ne prendront effet qu’au 4 novembre prochain, mais les exportateurs de pétrole de l’Iran sont déjà confrontés à une forte baisse de leurs ventes.

La République islamique s'attend à perdre un tiers de ses exportations de pétrole brut dès le mois de septembre, ont indiqué un certain nombre de personnes au courant des affaires portuaires du pays au Wall Street Journal. Selon eux, la cadence du retrait pourrait même menacer le marché d’une pénurie.

Les compagnies de transport maritime rechignent à charger leurs pétroliers de pétrole iranien

Les experts de la compagnie pétrolière nationale iranienne d’Etat (National Iranian Oil Co., ou NIOC) s’attendaient devoir livrer 1,5 million de barils par jour en septembre, contre 2,3 millions en juin, alors qu’initialement, ils anticipaient à une baisse de l’ordre de 1 million de barils d'ici la fin de l'année.

Mais ils constatent maintenant que les compagnies de transport maritime manifestent de la réticence à prendre leur cargaison, et en déduisent que cette baisse s’est déjà produite.

Les compagnies pétrolières ont jusqu'au mois de novembre pour respecter les sanctions américaine, et cesser leurs achats de pétrole iranien. Ces sanctions ont été décidées en mai dernier par le président américain Donald Trump, conjointement avec le retrait des Etats-Unis de l'accord nucléaire qui avait été conclu avec l'Iran en 2015.

Un impact déjà très sensible

L’Union européenne, la Chine et plusieurs autres pays sont en désaccord avec le président américain concernant cette remise en cause, et ont tenté de trouver des moyens de maintenir leurs relations commerciales avec l’Iran, et de continuer de lui acheter son pétrole. Ces derniers mois, les exportations de pétrole iranien vers l’Europe et l’Inde ont déjà diminué de moitié, tandis que les approvisionnement de la Chine ont enregistré une baisse d’un quart en août.

Même en Turquie, un pays pourtant brouillé avec les Etats-Unis de Donald Trump, l’effet des sanctions est déjà très manifeste. Juste après l’annonce de leur réinstauration, les exportations quotidiennes de pétrole iranien vers la Turquie sont tombées de 227 000 barils en mai à 70 000 barils en juin. Les Turcs leur ont substitué des achats de pétrole brut d’Irak et de Russie. Mais peu de banques, compagnies maritimes et assureurs acceptent de prendre le risque de défier les Etats-Unis.

Pourtant, les sanctions américaines contre l’Iran ne sont pas une nouveauté, et il y a 6 ans, le pays avait déjà fait l’objet d’un embargo. Mais à l’époque, il s’agissait d’une baisse des importations, et non de leur suppression totale, comme c’est le cas actuellement.

Ne pas se couper du système financier américain

“L'expédition s’avère être le principal talon d'Achille du secteur pétrolier irakien”, affirme le Wall Stret Journal. Les Américains ont aussi interdit aux assureurs d’assurer les pétroliers transportant de l’or noir iranien, ainsi que leur cargaison. Selon le consultant FleetMon, les compagnies maritimes de Chine, d’Inde, de Grèce et d’Espagne qui transportaient du pétrole iranien encore récemment ont stoppé ces activités.

Beaucoup sont assurées par des compagnies européennes qui ne veulent pas avoir d’ennuis avec les Etats-Unis, et, plus spécifiquement, prendre le risque d’être coupées du système financier américain, comme l’explique clairement Mike Salthouse, président de la sous-commission de l’International Group of Protection & Indemnity Clubs, une organisation qui rassemble les réassureurs qui couvrent près de 90 % du transport maritime international, y compris du pétrole. : “Cela nous ferait immédiatement mettre la clé sous la porte”.