Des femmes iraniennes passent devant un mur peint avec des motifs de propagande iranienne

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L'Iran aussi a sa propre "ferme à trolls"

Comme la Russie, l’Iran tente d’exploiter internet pour exercer une influence géopolitique. Une enquête menée par la société de cybersécurité FireEye  pointe vers l’existence d’une “usine à troll”. Mais cette nouvelle découverte a des implications importantes pour l’avenir.

La semaine dernière, Facebook a supprimé 652 pages, comptes et groupes qui se livraient à un “comportement inauthentique coordonné”, pour la plupart pilotés par des entités russes ou iraniennes. Nathaniel Gleicher, responsable de la cybersécurité auprès du réseau social, a par la suite indiqué dans un post que ces comptes avaient été détectés avec la collaboration de la société de sécurité FireEye.

Liberty Front Press

De son côté, Twitter a également suspendu 284 comptes associés à une campagne de propagande iranienne. Cette dernière était menée par le site d’actualités Liberty Front Press, un site lié à l’Iran, qui avait été découvert par FireEye.

Liberty Front Press gérait pas moins de 74 pages, 70 comptes et 3 groupes sur Facebook, plus 76 comptes sur Instagram. Près de 155 000 personnes ont suivi au moins l’un de ses contenus sur Facebook, et 48 000 s’étaient abonnées à son compte Instagram. Le site faisait la promotion de certains points de vue politiques concernant le Moyen-Orient et venait  récemment d’étendre ses activités aux États-Unis. Il avait consacré 6 000 $ à de la publicité depuis l’année 2015. D’autres comptes qui y étaient affiliés se livraient à des cyber-attaques et des tentatives de piratage.

FireEye a depuis publié les résultats de ses travaux. La firme conclut que ces activités semblent avoir pour objectif général de promouvoir les intérêts politiques iraniens, matérialisés par la publication de contenus anti-saoudiens, anti-israéliens et pro-palestiniens. De même, certaines publications visaient à  promouvoir le soutien à des initiatives favorables à l’Iran et à la Palestine, comme l’accord nucléaire iranien, ou la Journée mondiale d'Al-Quds, mais aussi à diffuser des messages critiques à l’égard du président américain Donald Trump, les conservateurs britanniques et le Brexit.

Néanmoins, la firme souligne qu’elle n’a pas trouvé d’activités potentiellement conçues pour influencer les élections américaines de mi-mandat.

L’Union internationale des médias virtuels

De son côté, Reuters a mené une enquête internationale qui a permis de débusquer des dizaines de comptes de médias sociaux et au moins 10 sites Web liés à une campagne d’influence en ligne iranienne. Exprimés dans 11 langues différentes, ils se répartissent sur  Facebook, Instagram, Twitter et YouTube.

Tous font partie de l’Union internationale des médias virtuels (IUVM), qui publie en ligne des contenus conçus par les sociétés des médias iraniennes telles que PressTV, l’agence de presse iranienne FARS  et la chaîne de télévision al-Manar TV, pilotée par le Hezbollah. Les comptes supprimés par Facebook et Twitter y étaient également affiliés.

Les travaux de Reuters suggèrent que beaucoup d’autres sites ou comptes ont pour le moment échappé à la vigilance des services de cyber-sécurité qui surveillent les réseaux sociaux.

Une "industrialisation de la propagande"

La conclusion plus générale que l’on peut en tirer est que le monde est maintenant confronté à une “industrialisation de la propagande”, grâce aux progrès techniques accomplis dans le domaine de l’intelligence artificielle et de l’automatisation.

Les “bots”, à l’origine de simples scripts conçus pour automatiser des tâches répétitives telles que l’organisation des contenus, sont maintenant utilisés pour gérer de grandes masses de faux comptes, et sont de ce fait devenus de fantastiques outils pour manipuler les foules. Ces bots ne sont pas sophistiqués, mais ils n’en sont pas moins puissants, car ils touchent un grand nombre d’internautes.

Des bots de plus en plus doués pour la persuasion

Mais ce qui est inquiétant, c’est qu’ils bénéficieront sans aucun doute à terme des avancées technologiques qui profitent à des assistants virtuels perfectionnés capables d’accomplir une grande gamme de tâches de façon différenciée, comme Alexa, Google Assistant, ou Cortana. D’une certaine manière, ils sont voués à mimer les humains de façon toujours plus réaliste, ce qui implique qu’ils seront de moins en moins détectables, et de plus en plus prosélytes et convaincants.

Dans quelques années “ils participeront avec éloquence aux conversations et analyseront les données d’un utilisateur pour diffuser une propagande personnalisée”, spécule Lisa-Maria Neudert, doctorante à l’Oxford Internet Institute et chercheuse au Computational Propaganda Project dans la MIT Technology Review.

De ce fait, l’IUVM pourrait bien n’être que la partie émergée d'un gigantesque iceberg.

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