Le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini (R), avec le Premier ministre hongrois, Viktor Orban (L), assistent à une conférence de presse après leur rencontre à la préfecture de Milan, en Italie, le 28 août 2018.

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Politique

Vers la création d'une "Ligue des Ligues" ? Salvini a rencontré Orban

Le ministre de l’Intérieur et vice-Premier ministre italien, Matteo Salvini, a rencontré mardi le Premier ministre hongrois, Viktor Orbán, pour discuter d'un plan de migration que les deux politiciens opposés à l’immigration souhaitent présenter à l'Union européenne.

Cette rencontre a pris place au lendemain d’un week-end agité, au cours duquel Salvini a refusé que plus de 150 migrants débarquent du Diciotti, un navire de sauvetage qui a accosté la semaine dernière à Catane, en Sicile. Le ministre avait conditionné leur débarquement à l’engagement de l'Union européenne de les répartir dans d’autres Etats membres de l’UE.

Un weekend agité en Italie

Luigi Di Maio, chef du Movimento 5 Stelle (M5S), qui entre dans la coalition du gouvernement italien, et également ministre du Travail et vice-président du Conseil italien, s’était rangé aux côtés du ministre de l’Intérieur. Il avait menacé de suspendre “la contribution de 20 milliards d’euros” de l’Italie au budget communautaire [alors que le pays a versé 13,9 milliards d’euros en 2016 et 12 milliards d’euros en 2017, précise Le Figaro]. Il a également averti qu’il pourrait mettre son veto sur le prochain budget pluriannuel de l'Union européenne pour ne pas avoir respecté les exigences de l'Italie durant la crise du week-end.

La justice italienne a ouvert une enquête contre Salvini et Matteo Piantedosi, son chef de cabinet, pour “séquestration, arrestations illégales et abus de pouvoir”. 

Les 150 migrants avaient débuté une grève de la faim vendredi, mais ils ont finalement pu débarquer dimanche. Samedi soir, l’Irlande avait fait l'offre d’en accueillir 20 à 25 et l’Albanie avait fait savoir qu’elle était prête à en héberger une autre vingtaine, tandis que l’Eglise avait proposé de prendre les autres en charge.

Vers une alliance des partis populistes pour les élections européennes ?

Aucun des deux pays n’a indiqué le motif de la rencontre entre Salvini et Orban, dont le premier affirme que le second est son modèle politique.

Mais selon certains médias italiens, elle pourrait présager la formation d’une alliance populiste pour les élections européennes de 2019. En juin, Salvini, qui dirige aussi le parti d'extrême droite de La Lega ("La Ligue"), avait évoqué l’idée de la création d'une "Ligue des ligues", qui rassemblerait les nationalistes européens. Il a réitéré ce souhait lors de la conférence de presse commune que les deux hommes ont donnée à l’issue de leur rencontre à Milan.

Mais il a précisé qu’il n’avait pas demandé à Orban de quitter le Parti populaire européen (PPE), le groupe qui rassemble les mouvements de centre droit au Parlement européen et qui, outre le Fidesz d’Orban, englobe la CDU d’Angela Merkel, la CSV de Jean-Claude Juncker et le parti Forza Italia de l'ancien Premier ministre Silvio Berlusconi, entre autres. De son côté, Orban a confirmé qu’il souhaitait rester membre du PPE.

... Ou une alliance contre le président français Macron ?

Les deux hommes ont aussi fustigé le président français Emmanuel Macron. "Il dirige la force européenne qui soutient la migration, il est le chef de file des partis qui soutiennent l’immigration à destination de l’Europe et, nous, de l’autre côté, nous voulons stopper la migration illégale", a déclaré Orban. Il soupçonne le président français de vouloir “faire sauter” le PPE, comme il a déstabilisé les partis traditionnels en France, en créant un parti centriste alternatif au niveau européen.

De son côté, Salvini a accusé Macron d'hypocrisie, parce qu’il invoque la coopération européenne, tout en ignorant les demandes d'aide de Rome. Macron, "qui chez lui a une popularité à son plus bas niveau historique, passe son temps à donner des leçons aux gouvernements étrangers", a dit Salvini.

L'immigration, une question de premier plan pour les citoyens européens

La rencontre entre Salvini et Orban, indique aussi que le gouvernement populiste italien cherche des appuis pour s’opposer à la politique migratoire de l’UE. Il place en effet la question de l’immigration au premier plan de ses priorités, bien avant les questions économiques, pourtant très sensibles en Italie.

Selon un récent sondage d’Eurobarometer, les personnes sondées dans 21 des 28 pays de l'UE citent l'immigration comme le principal problème auquel l’Europe est confrontée.

Pourtant, le nombre de migrants qui débarquent quotidiennement sur les rivages européens a beaucoup baissé. En 2017, l'Italie a accueilli 16 577 migrants, contre 22899 pour la Grèce et 17950 pour l'Espagne, selon des données de l'Organisation internationale pour les migrations.

Mais les électeurs européens semblent ignorer ces données, et les partis anti-immigration se renforcent dans plusieurs pays européens, y compris en Suède, un pays pourtant réputé pour son ouverture.

En Hongrie, Orban a remporté haut la main les élections en avril et a depuis fait voter des lois prévoyant la pénalisation de toute aide apportée aux migrants clandestins ainsi qu'une taxation des organisations soutenant les migrants. Au mois de février, il avait exhorté à la création d’une alliance internationale contre la migration.

Orban a un atout dans sa manche au sein de l'UE

Face à ces violations des valeurs de l’Europe, l’UE s’est montrée relativement complaisante à l’égard du gouvernement Orban jusqu’à présent. Cela s’explique sans doute par l’appartenance du Fidesz d’Orban au PPE, le groupe dominant au sein de l’UE, qui semble le mettre à l’abri de toute mise en cause, comme elle avait relativement épargné le Premier ministre espagnol Mariano Rajoy (lui aussi membre du PPE) lorsqu’il avait répondu avec des balles en caoutchouc et des matraques contre les manifestants catalans en octobre dernier. Cela explique sans doute pourquoi Orban n’a pas manqué de rappeler ce soutien à ce groupe à l’issue de sa rencontre avec Salvini.

Le PPE s’accommode probablement de la présence de l’encombrant Fidesz dans ses rangs, parce que son éviction risquerait d'affaiblir le parti démocrate chrétien dans la perspective des prochaines élections européennes...

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