Jimmie Akesson, chef du parti d'extrême droite des démocrates suédois (SD), prend la parole lors d'une fête à Sundsvall, en Suède, le 17 août 2018

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Politique

En Suède, l'extrême droite se prépare à remporter une victoire historique

À l'approche des élections législatives suédoises du 9 septembre, les sondages pointent vers une victoire historique des Démocrates suédois (SD, pour Sverigedemokraterna), un parti d’extrême droite avec des racines néo-nazies. Il est actuellement crédité de près de 20 % des intentions de vote, ce qui ferait de lui la seconde ou troisième force politique du pays, et risque de plonger la Suède dans une impasse.

En effet, si les Démocrates suédois (en photo de couverture, le chef du parti, Jimmie Åkesson) remportent les élections législatives avec près de 20 % des voix, cela impliquera que ni la gauche ni l'Alliance conservatrice n'obtiendront la majorité et qu’il sera très difficile de bâtir une coalition et de gouverner le pays. En effet, aucun des partis traditionnels ne semble tenté de négocier avec les Démocrates suédois (“Sverigedemokraterna”) pour les faire entrer dans une coalition.

Une possible impasse politique

Ce sera une situation tout à fait inhabituelle pour la Suède, où l’on pratique traditionnellement la “politique des blocs” : les partis négocient pour former des alliances et forment des coalitions connues à l’avance. En conséquence, un bloc de sociaux-démocrates intégrant les Verts se retrouvait généralement opposé à un bloc de centre droit (l’Alliance).

Mais la nouveauté cette fois-ci, c’est que les partis de l’Alliance ne sont pas parvenus à s’entendre, tandis que les sociaux-démocrates, qui gouvernent le pays, sont en désaccord sur un certain nombre de sujets.  De plus, de nouveaux sujets de préoccupation ont remplacé les thèmes qui marquaient les clivages entre les deux blocs : la criminalité, l’intégration ethnique, l’immigration et la politique d’asile.

Une politique d'accueil qui suscite le mécontentement

Pendant longtemps, la Suède a adopté une politique d’accueil ouverte, et quasiment toute personne venant de Syrie pouvait y obtenir l’asile. Entre 2013 et 2018, le pays a accueilli 350 000 demandeurs d’asile, un nombre énorme pour un pays de 10 millions d’habitants. Désormais, 18,5% de la population suédoise est née dans un autre pays.

De même, une majorité de ces migrants étaient de jeunes hommes, ce qui a introduit un déséquilibre entre les hommes et les femmes. En 2016, on recensait 123 garçons pour 100 filles dans la tranche d'âge de 16 à 17 ans. 

Cet afflux de migrants a donné un gros coup de pouce à l'économie suédoise. Au cours du premier semestre de cette année, le PIB de la Suède a crû de plus de 3 %, un rythme bien plus rapide que celui du reste de la zone euro, qui s'établit à environ 2 %.

Mais leur présence suscite aussi des mécontentements. Ces nouveaux arrivés exercent une pression supplémentaire sur le système social du pays, déjà mis à l'épreuve par le vieillissement de la population.

Une étude récente, menée par l'Expert Group on Public Economics, une commission qui dépend du ministère des Finances, est parvenue à la conclusion que les réfugiés qui étaient arrivés récemment coûteraient chacun environ 74 000 couronnes suédoises par an, c'est-à-dire environ 8000 € par an à la société suédoise, et ce, jusqu'à la fin de leur existence. Selon son auteur, Joakim Ruiste, les réfugiés disposent rarement des compétences ou du niveau d'éducation recherchés par les employeurs suédois.

Or, en raison des rigueurs de ses hivers et de ses impôts élevés, la Suède attire peu de migrants très qualifiés provenant d’autres pays riches.

Des services sociaux à bout de souffle

De plus, le pays souffre de la vétusté de ses services sociaux et de son incapacité à assurer pleinement les fonctions du service public. La criminalité est en forte hausse et, au début de cette année, le Premier ministre social-démocrate suédois, Stefan Lofven, a déclaré qu'il envisageait de déployer l'armée pour lutter contre le crime organisé.

Tout cela forme un cocktail explosif dans un pays où le politiquement correct a muselé une grande partie de la classe politique et où il est devenu difficile de débattre de certaines questions sans se faire taxer de populiste. Des conditions qui ont fait le lit du SD, malgré le durcissement de la politique d’asile et la fermeture des frontières.

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