La chancelière allemande Angela Merkel (à gauche) est accueillie par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker (R), à l'occasion d'une réunion informelle sur les questions de migration et d'asile à Bruxelles le 24 juin 2018

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Politique

Bientôt un Allemand à la présidence de la Commission européenne ?

La course au "Spitzenkandidat", c’est-à-dire pour trouver une tête de liste qui pourrait occuper le poste de président de la Commission européenne, vient de commencer. L’actuel président, le Luxembourgeois Jean-Claude Juncker, a déjà fait savoir qu’il ne rempilerait pas à la fin de son mandat en octobre 2019. Selon des officiels à Berlin, la chancelière allemande Angela Merkel souhaiterait que ce soit un Allemand qui lui succède.

Juncker occupe le poste de président de la Commission européenne, c’est-à-dire de chef de gouvernement de l’UE, depuis 2014. Le chef de l’exécutif européen rencontre les autres dirigeants du monde et fixe l’agenda politique du bloc.

Les Allemands convoitent maintenant la présidence de la Commission

Les dirigeants allemands semblent s’en être brutalement souvenus et ont fait volte-face : il considèrent maintenant qu’il s’agit du poste le plus important de l’UE, plus important encore que celui de président de la Banque centrale européenne (BCE). En conséquence, ils semblent avoir abandonné le projet de “placer” Jens Weidmann (notre photo ci-dessous), le patron de la Bundesbank allemande et un ancien conseiller de la chancelière Angela Merkel, à la présidence de la BCE pour succéder à l’actuel président de celle-ci, l’Italien Mario Draghi, dont le mandat arrive aussi à son terme en octobre 2019.

La nomination du “hardliner” Weidmann à ce poste, longtemps envisagée, devait permettre de mettre fin à une injustice : aucun Allemand n'a jamais été à la tête de la BCE alors que l'Allemagne est devenue le moteur économique de l'Europe. Néanmoins, Weidmann s’est toujours opposé à la politique accommodante de la BCE et à toute initiative de la banque pour soutenir les Etats de la périphérie en difficulté. Pour cette raison, il est devenu très impopulaire, notamment en France et en Italie.

Jens Weidmann

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Peter Altmaier, Ursula von der Leyen et Manfred Weber sont donnés favoris

Selon le quotidien allemand Handelsblatt, ce serait l’actuel ministre de l’Economie allemand, Peter Altmaier, qui serait le mieux placé pour remplacer Juncker. Celui-ci est un proche de la chancelière allemande et parle plusieurs langues européennes. Les candidatures d’Ursula von der Leyen, la ministre de la Défense, qui est née et a grandi à Bruxelles, et Manfred Weber, président du groupe du Parti populaire européen (PPE), le groupe de centre droit au Parlement européen, seraient également envisagées.

En pratique, c’est le système du SpitzenKandidat qui aboutit à la nomination du président de la Commission. Les partis politiques des différents pays élisent en interne leur tête de liste comme candidat à la présidence de la Commission. A défaut d’unanimité au sein des groupes, les différents partis qui le composent doivent former des coalitions pour pousser leur candidat. C’est le chef de file du parti arrivé en tête aux élections européennes qui remporte le poste.

Mais alors, qui va remplacer Mario Draghi à la BCE ?

Les spéculations vont maintenant bon train à la BCE concernant la nomination du futur président. Le Financial Times cite les figures suivantes :

  • Le Français Benoît Coeuré, qui siège actuellement au conseil de gouvernance de la BCE. Récemment, il a durci ses positions concernant la politique accommodante de la banque, et pour cette raison, il pourrait compter sur le soutien des pays du nord de l’Europe.
  • L’Estonien Ardo Hansson, qui dirige la Banque centrale d’Estonie et qui a été formé à Harvard. Il n’est pas favorable à la politique de rachats d’obligations, ce qui lui aurait donné le soutien des Allemands.
  • Le Hollandais Klaas Knot, qui dirige la banque centrale des Pays-Bas et qui partage la ligne dure de Weidmann.
  • La Française Christine Lagarde, qui dirige actuellement le Fonds Monétaire International et qui a aussi été ministre des Finances en France. Néanmoins, on lui objecte qu’elle n’a aucune expérience bancaire, un handicap dans la mesure où le numéro 2 de la BCE, l’Espagnol Luis de Guindos, n’a pas non plus d’expérience de ce type.
  • L’Irlandais Philip Lane, qui préside la Banque Centrale de la République d’Irlande et qui est aussi pressenti pour reprendre l’année prochaine le poste d'Économiste en Chef, actuellement occupé par le Belge Peter Praet.
  • Le Finlandais Erkki Liikanen, qui a occupé jusqu’en juillet dernier le poste de président de la Banque centrale de Finlande pendant 14 ans et qui est aussi un “faucon” en matière de politique monétaire. Il a aussi été commissaire européen à deux reprises, mais pâtit de son âge (il a 67 ans).
  • Le Finlandais Olli Rehn, qui a pris le poste de gouverneur de la Banque de Finlande en juillet dernier et qui avait précédemment occupé le poste de Commissaire aux Affaires Economiques, au pire moment de la crise de l’euro. Son manque d’expérience à la tête d’une banque centrale pourrait être un obstacle, puisqu’il n’a rejoint la Banque de Finlande que depuis l’année dernière.
  • Le Français François Villeroy de Galhau, actuel gouverneur de la Banque de France, qui a occupé auparavant des postes de direction à la banque BNP Paribas. Il parle couramment l’allemand.

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