Un centre de distribution Amazon

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Economie

"L'effet Amazon" : oubliez les théories économiques, les algorithmes les ont invalidées

Le symposium estival de Jackson Hole, dans l’État américain du Wyoming, rassemble chaque année les banquiers centraux. Cette année, les grands argentiers de la planète ont discuté de l’avenir des taux d’intérêt aux États-Unis, du président Donald Trump, mais aussi de l’influence des géants de la Tech sur l’économie. Il a été notamment question de “l’Effet Amazon”.

Cet “Amazon effect” repose sur l’idée que le développement du commerce électronique et le déploiement de ses méthodes ont affecté les niveaux d’inflation (c'est-à-dire la manière dont le prix des biens et des services évoluent au fil du temps).

Les différences de prix entre les différentes enseignes sont gommées instantanément

En effet, selon l’économiste Alberto Cavallo de la Harvard Business School, en modifiant les prix fréquemment et presque instantanément grâce à des algorithmes, les commerçants électroniques tels qu’Amazon ont réduit les disparités de prix entre les différents commerces, en forçant les autres commerçants (y compris les magasins physiques) à s’aligner et à modifier également leurs prix plus fréquemment. De plus, l’uniformisation des prix pratiquée par Amazon est globale, et s’applique dans tous les pays.

Par exemple, Cavallo a constaté que la chaîne de supermarchés américaine Walmart avait modifié plus fréquemment les prix sur son site internet entre 2016 et 2018 pour les produits que l’on retrouvait en vente sur la plateforme d’Amazon. 

Désormais, un grand nombre de détaillants à travers le monde emploient des algorithmes pour gérer leurs prix de vente, ce qui a contribué à lisser les prix, et à bloquer les augmentations de prix. Cela a bien sûr eu des conséquences sur le niveau de l’inflation, et explique pourquoi l’inflation demeure relativement faible aux États-Unis, en dépit d’une économie florissante, qui aurait normalement dû conduire à une hausse du niveau général des prix.

Une inflation faible aux États-Unis en dépit d'une croissance dynamique

L’économie américaine bénéficie actuellement d’une croissance très dynamique, et en conséquence, le taux de chômage du pays est tombé à 3,9 %. Cet environnement a obligé les détaillants à modifier leurs prix plus souvent et à rogner sur leurs marges pour conserver leurs parts de marché. L’indice des prix à la consommation sur lequel la Fed se base pour connaître l’inflation n'a atteint pour la première fois en 6 ans l’objectif des 2 % que la banque centrale s’est fixée qu'en mars dernier. Et rien ne semble présager qu’il pourrait s’accélérer, comme c'est normalement le cas en période de faible chômage.

Des théories économiques obsolètes

Les travaux de Cavallo suggèrent que les théories économiques basées sur l'inflation sont désormais obsolètes.

Le chercheur a constaté que la guerre des prix que les détaillants se livrent constamment aboutit à de plus nombreuses modifications de prix, ce qui implique une plus grande sensibilité des prix aux chocs économiques : “Les prix des carburants, les fluctuations des taux de change ou toute autre force affectant les coûts pouvant entrer dans les algorithmes de tarification utilisés par ces entreprises sont plus maintenant susceptibles d'avoir un impact plus rapide et plus important sur les prix de détail que par le passé”, explique-t-il.

La stagnation des salaires

Ce résultat s’ajoute à la suspicion croissante que la suprématie de grandes firmes technologiques sur leur marché a également mené à une stagnation des salaires.  

De plus en plus d’économistes établissent un lien entre ces deux phénomènes, et se demandent si la “monopsonie” du marché du travail américain, c’est à dire l’existence d’un nombre restreint d’employeurs dans certains secteurs économiques, n’est pas à l’origine du phénomène de la stagnation des salaires et de la faiblesse des dépenses d’investissements.  

Ces conclusions ont aussi des implications en matière de politique économique et monétaire. En particulier, les banques centrales ne pourront plus utiliser le levier des taux d’intérêt pour tenter de favoriser l’inflation. De même, si la vente en ligne favorise les fluctuations de prix, cela signifie que les banques centrales ne doivent plus se baser sur l’évolution du niveau des prix pour bâtir leur politique.

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