Des gens rendent hommage aux victimes de la catastrophe du pont Morandi dans les cercueils du parc des expositions Fiera di Genova avant les funérailles nationales, à Gênes, en Italie, le 18 août 2018

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Politique

Malgré les bombes politiques, le gouvernement italien sort renforcé de la tragédie du viaduc de Gênes

En Italie, et contrairement aux attentes, l’effondrement d’une portion d’un pont autoroutier dans la ville de Gênes, qui a fait 43 victimes la semaine dernière, n’a guère entamé la popularité de la coalition au pouvoir, en dépit de la révélation de nouvelles informations.

Tout semblait indiquer que la popularité du Movimento 5 Stelle (M5S), le mouvement qui entre dans la coalition de populistes au pouvoir en Italie avec la Lega, et qui s’était opposé pendant des années aux projets de remplacement du pont, allait être affectée par ce drame.

Salvini réjoui après avoir fait bombance lors d'un dîner de gala le soir du drame

Entretemps, des images du ministre de l’Intérieur, Matteo Salvini (Lega) sont apparues, le montrant réjoui à un dîner de gala de la Lega en Sicile, alors qu’il venait de déclarer qu'Autostrade aurait dû suspendre les péages immédiatement après le désastre, et que les pompiers et policiers dépendant de son ministère étaient déjà en train de fouiller les décombres.

La Lega a elle aussi profité des faveurs de la famille Benetton

Par la suite, on a appris que la Lega avait reçu en 2006 une somme de 150 000 euros de la famille Benetton, à qui appartient la société Autostrade per l'Italia, gestionnaire de l’autoroute sur laquelle se trouve le viaduc, alors que le M5S avait accusé les précédents dirigeants du pays d’avoir bénéficié des faveurs de cette même famille. Cette année-là, la famille Benetton tentait d’obtenir l’accord des autorités italiennes pour fusionner les sociétés Autostrade et Abertis, et elle avait gratifié l’ensemble des partis politiques italiens avec des dons totalisant 1,1 million d’euros, sans doute pour se ménager des appuis. Salvini a objecté que ces sommes avaient été acceptées par le parti avant qu’il n’en assume la direction.

La popularité de la coalition n'a pas été entamée par les révélations qui ont entouré le drame

Même si ces bombes politiques ont provoqué de l’indignation en Italie, il semble que la coalition soit devenue intouchable en Italie, et les deux partis populistes ont réussi pour le moment à traverser le tumulte qui en résulte sans encombre. Depuis la catastrophe, les deux hommes ont été omniprésents dans les médias, donnant des conférences de presse à proximité des décombres, intervenant à la radio, ou sur leur compte Facebook.

Lors des obsèques de certaines des victimes, les dirigeants du parti, Luigi Di Maio (M5S) et Matteo Salvini (La Lega), ont été accueillis avec des applaudissements nourris, une réaction assez inhabituelle du public après ce type de drame.

“Aux élections de mars, les Italiens ont renvoyé l’establishment, et l’effondrement du pont est pour ces électeurs un signe qu’ils avaient raison”, explique Ugo Arrigo, professeur de Finances publiques.

Arrigo a notamment travaillé comme conseiller pour le Trésor italien dans les années nonante, au cours desquelles, pressée par l’UE, qui souhaitait qu’elle équilibre son budget peu avant son entrée dans l’euro, l’Italie avait privatisé un certain nombre d’actifs, dont ses autoroutes. Pour la petite histoire, Silvio Berlusconi avait été aux commandes de l’un des gouvernements de l’époque, et le directeur général du Trésor n’était autre que Mario Draghi, l’actuel président de la Banque centrale européenne. En 1999 (et donc après la création de l’euro, que l’Italie avait immédiatement rejoint en mai 1998) la famille Benetton avait acquis le droit d’exploiter presque la moitié des autoroutes italiennes.

La Russie à la rescousse ?

Dans les heures qui ont suivi le drame, la Lega a promis que le gouvernement reprendrait le contrôle des autoroutes, accusant Benetton d’y avoir consacré une surveillance et des investissements insuffisants. Le ministre des Transports Danilo Toninelli, a indiqué sur son compte Facebook que les procédures aboutissant à une éventuelle révocation de la concession d'Autostrade allait bientôt débuter. Mais le contrat de privatisation a été si mal conçu que la révocation de cette concession coûterait environ 20 milliards d’euros de compensations à l’État italien, une somme dont celui-ci ne dispose probablement pas.

Peut-être le gouvernement populiste envisage-t-il d’appeler la Russie de Vladimir Poutine à la rescousse ? Le journal La Stampa a récemment rapporté les propos du ministre de l’Europe, Paolo Savona, qui a déclaré que le gouvernement “examinait” la possibilité de solliciter une aide financière à la Russie, au cas où les marchés financiers décidaient d’attaquer l’Italie, la privant de sources de financement abordables.

Reste à savoir comment la Russie, un pays avec une économie plus petite que l’Italie, pourrait l’aider, observe Jacopo Barigazzi de Politico.

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