Deux enfants d'un pauvre village d'Amérique du Sud se partagent un ordinateur portable

© One Laptop per Child/ Flickr

Politique

Près de 6 Belges sur 10 pensent que la pauvreté augmente dans le monde, or c'est le contraire qui se passe

La majorité des personnes dans le monde (52 %) pensent que le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté augmente constamment. En Belgique, ce pourcentage est encore plus élevé, à 58 %. Or, c'est le contraire qui se passe.

Au cours des 200 dernières années, le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté n'a jamais diminué aussi rapidement qu'au cours des 20 dernières années. C'est le développement positif le plus important de notre époque, mais il est à peine rapporté dans les médias. Non seulement la pauvreté extrême diminue plus rapidement, mais on enregistre aussi une tendance à la baisse dans toutes les formes de pauvreté, montre un graphique de Max Roser de l’Institute for New Economic Thinking de l’Université d’Oxford.

La baisse de la pauvreté sur les deux derniers siècles

À peine 2 personnes sur 10 comprennent ce qui se passe

Mais un deuxième graphique de Max Roser montre qu’à peine 20 % de la population mondiale est consciente que la pauvreté diminue. Il est remarquable que les plus mal informés de cette tendance résident principalement dans les pays occidentaux riches. En Belgique, par exemple, 12 % de la population pensent que l'extrême pauvreté diminue, tandis que 58 % pensent qu'elle augmente et 30 % pensent que l'extrême pauvreté est restée stable ou ne savent pas. (On peut voir ici une version plus grande de ce graphique)

La perception du public de l'évolution dans le domaine de la pauvreté

L'Occident se sent peu concerné par la lutte contre la pauvreté

Il n'est pas si surprenant que les habitants des pays riches se trompent si souvent. Ils ont généralement échappé à la pauvreté depuis des générations et n'ont aucune idée de ce qui se passe dans le reste du monde. En outre, l’Occident ne se préoccupe guère de la lutte contre la pauvreté. Au niveau mondial, les inégalités ont en effet diminué, mais en Occident, l’écart entre les riches et les pauvres n’a fait que s’accroître. Le public occidental n'est donc pas très sensible aux progrès réalisés dans d'autres pays.

Dans ce que nous appelons les économies émergentes, les gens ont souvent vu l'extrême pauvreté disparaître de leurs propres yeux. En Chine, plus de 49 % des personnes ont répondu que le nombre de personnes vivant dans l'extrême pauvreté avait diminué.

La transformation chinoise

La transformation chinoise est donc impressionnante. Si le taux de pauvreté dans ce pays n'avait pas baissé après 1990, 900 millions de Chinois de plus vivraient dans la pauvreté. En 1990, 98 % de la population était pauvre ; aujourd'hui encore, cette proportion représente 31 %.

Au cours des cinq dernières années, 37 000 personnes sont sorties de la pauvreté chaque jour en Chine, ce qui constitue une réalisation colossale. Des pays tels que l’Indonésie, l’Inde, le Kenya et le Sénégal obtiennent également de meilleurs résultats que, par exemple, le Japon, l’Italie et la France, où à peine 9 % de la population sont conscients de cette tendance positive.

3 conclusions

Selon Roser, trois éléments peuvent être tirés de ces idées fausses.

  1. L'ignorance généralisée de ces questions importantes suscite un mécontentement général face aux progrès réalisés dans le monde. Par exemple, à peine 3 % des Français pensent que le monde s'améliore.
  2. Les médias font un "mauvais travail"  dans leur manière de rendre compte de ce qui se passe dans le monde. Surtout dans les pays occidentaux riches, les médias et l’éducation ne parviennent pas à dresser un tableau précis des progrès réalisés dans le monde. (Voir la vidéo ci-dessous.)
  3. Cela conduit finalement à une image totalement déformée de ce que l'avenir peut offrir. Un peu moins de 50 % des Belges pensent que le monde va se dégrader dans les 15 prochaines années. Heureusement, dans les pays où la pauvreté est encore importante aujourd'hui, les gens sont optimistes quant à l'avenir.

En Occident, le pessimisme est devenu la norme

Nous ne croyons pas seulement que le monde stagne ou se détériore, nous pensons également que cette prétendue stagnation ou déclin se poursuivra dans le futur. Ce pessimisme est évident en politique. Ceux qui ne prévoient aucun progrès ne s’attendront pas non plus à des développements positifs. Les quelques optimistes, en revanche, exigeront des changements apportant les améliorations attendues.

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