le viaduc Morandini de Gênes

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Politique

Effondrement du viaduc de Gênes : Matteo Salvini met en cause l'UE

Le bilan de l’effondrement du pont Morandi, une portion de viaduc de 80 mètres à Gênes, fait état de 35 victimes. La politisation de la catastrophe a débuté, et  le ministre de l'Intérieur met en cause l’Union Européenne, tandis que d'autres pointent la responsabilité du parti M5S, qui partage le pouvoir avec la Lega de Salvini.

Le viaduc de l’autoroute A10, d’une hauteur de 45 mètres, avait été construit dans les années 1960 dans le nord de Gênes, et avait fait l’objet de travaux en 2016. 35 voitures et 3 poids-lourds ont plongé dans le vide lorsqu’il s’est effondré brutalement hier pendant un orage. Les secours tentent de déblayer les décombres pour retrouver d’éventuels survivants.

Des problèmes structurels dès sa construction

Dès sa construction, le pont avait présenté des problèmes structurels, et des fissures s’étaient formées dans le béton. Ces dégradations, liées à la forte augmentation du trafic routier au fil des ans, étaient connues, et la société italienne des autoroutes explique que des travaux de consolidation étaient en cours et que l’ouvrage était placé sous surveillance.

Le gouvernement italien s’est engagé à mener une enquête approfondie sur les causes de ce drame. “Nous irons jusqu’au bout pour déterminer les responsabilités de cette énorme catastrophe”, a déclaré le ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini.

Salvini met l'UE en cause

Salvini, qui dirige aussi le parti d’extrême droite de la Lega, au pouvoir en Italie dans le cadre d’une coalition qu’il a formé avec le mouvement populiste ‘Movimento 5 Stelle”, ou M5S, a fustigé l’Union européenne, qu’il estime responsable des défauts de maintenance des ouvrages d’infrastructure : “Si des contraintes extérieures nous empêchent de dépenser pour avoir des routes et des écoles sûres, cela remet en question le fait de suivre ces règles. Il ne peut y avoir de compromis entre les règles fiscales et la sécurité des Italiens”, a-t-il déclaré. 

Le ministre des Transports, Danilo Toninelli, lui a emboîté le pas, s'engageant à mettre fin aux lacunes de maintenance, tandis que Claudio Borghi, chef de la commission du budget à la chambre basse du parlement, a déploré des années de restrictions en matière de dépenses.

D'autres accusent le M5S

“Ce n'est pas seulement une défaillance structurelle, c'est une défaillance morale et politique de ce pays”, a déclaré Marco Grasso, journaliste à Gênes pour le journal Il Secolo XIX, interrogé par la chaîne de radio française Europe 1. Il explique que son journal avait constamment rappelé au cours de la dernière décennie que le pont était obsolète, et affaibli. Comme d’autres, le journaliste accable le M5S, l’accusant de s’être opposé aux projets de remplacement du pont qui avaient été présentés.

En effet, le M5S avait inclus le pont Morandi sur une liste de projets d’infrastructures pour lesquels le parti envisageait de supprimer les améliorations prévues “si les coûts dépassaient les avantages”. En particulier, une page du site du M5S qualifiait les problèmes de structure du pont Morandi de “conte pour enfants”. Elle a été supprimée depuis (le lien renvoie à une copie d’écran avant cette suppression).

Un autre journaliste, Massimo Nava, éditorialiste en France pour le Corriere della Sera, estime qu’il est symbolique que cette catastrophe se soit déroulée à Gênes, ville natale et de résidence de Bepe Grillo, le fondateur du M5S, parti qui a d’ailleurs été créé dans cette même ville :  “Il y a un retard infrastructurel partout en Italie. [Grillo] a toujours bloqué les projets de modernisation du pays. C'est tout le problème : on a un pays qui a donné à l'humanité les meilleurs architectes et ingénieurs de l'Histoire et s'est aujourd'hui enfermé dans le déclinisme culturel et bureaucratique. Cela bloque automatiquement tous les projets de rénovation."”, dit-il. 

La coalition italienne dispose maintenant d'un argument de poids pour négocier avec l'UE

Quoi qu'il en soit, la catastrophe semble vouée à devenir un prétexte commode pour négocier avec l'UE un assouplissement éventuel de la règle de dépassement de déficit budgétaire limité à 3 % du PIB pour l'Italie. Dans l'accord de coalition présenté en mai, la coalition italienne s’est engagée à tenter de trouver un accord avec d'autres pays membres de l'UE et la Commission européenne pour exclure certains investissements du calcul du déficit afin de "consolider la croissance économique et le développement du pays". Le drame survenu à Gênes lui fournit maintenant un argument de poids.

Les pompiers au travail pour tenter de retrouver des victimes dans les décombres du viaduc effondré à Gênes

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