Le ministre italien de l'Intérieur, Matteo Salvini

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Politique

L'Italie ferait bien de regarder ce qui se passe en Turquie

Les actions bancaires italiennes et les obligations d'État ont été chahutées sur les marchés financiers mercredi, peu après que le vice-Premier ministre Luigi Di Maio a déclaré que le gouvernement Conte était prêt à réitérer la tactique utilisée par le pays lors des récentes négociations de l’UE en matière d'immigration.

Le premier gouvernement italien anti-système, qui est exclusivement composé avec les populistes de l’extrême gauche (M5S) et de l’extrême droite (Lega), nécessitera une grande flexibilité pour mettre en œuvre une série de promesses électorales impossibles à concilier avec le déficit budgétaire maximum de 3 % du produit intérieur brut (PIB) que l’Europe prescrit.

Les leçons de la Turquie

Dans ce contexte, il ne serait pas mauvais que les décideurs politiques de Rome étudient ce qui se passe en Turquie. L'Italie n'est peut-être pas la Turquie, mais de plus en plus d'investisseurs sont frustrés par la façon dont le gouvernement Conte envisage de gérer l'économie.

C'est exactement ce qui se passe en Turquie et où la monnaie locale, la livre turque, est en chute libre et vaut maintenant un tiers de moins que ce qu’elle valait il y a six mois. La Turquie doit payer 20 % d'intérêts si elle veut lever des fonds sur les marchés financiers. La raison est la suivante : les prêteurs estiment que les mesures mises en œuvre par la banque centrale turque pour juguler la baisse de la parité de la livre sont tout simplement insuffisantes. Cette banque centrale se bat depuis des mois avec le président turc Erdogan, qui ne veut pas que l’on élève les taux d’intérêt du pays. Pour renforcer son emprise sur l'économie, Erdogan a récemment bombardé son gendre en tant que ministre des Finances. Dans les milieux financiers, on craint maintenant que le pays introduise bientôt des contrôles de capitaux, ou solliciter une aide financière au FMI ... ou les deux.

Le président turc Recep Tayyip Erdogan

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La recette populiste : moins d'impôts, plus de dépenses

Encore une fois, l’Italie n’est pas la Turquie, mais le scénario qui se développe à Rome ne promet rien de bon. Si les Italiens pouvaient toujours emprunter de l'argent à 2 % au début de cette année,  le rendement sur les obligations d’Etat à 10 ans a atteint 2,90 % mercredi soir. De même, le spread (l’écart d’intérêts supplémentaires que l’Italie doit payer pour un emprunt d’argent similaire) avec l’Espagne montre que les investisseurs se méfient plus du gouvernement de Conte que de la cessation imminente du programme de QE de la BCE.

L'évolution du taux d'intérêt sur les obligations souveraines italiennes à 10 ans

La coalition de M5S et Lega veut mettre en œuvre des mesures économiques qui coûteront plus de 100 milliards d’euros au pays. En résumé, elles impliquent une réduction des impôts (avec l’introduction d'un impôt forfaitaire), tandis que les dépenses augmenteront (avec la création d’un revenu de base et une réduction de l’âge de la prise de la pension). 

Ceux qui ont des dettes doivent obéir à leur suzerain

Bien que le ministre des Finances Giovanni Tria a déclaré que son pays respecterait la limite maximum de 3% du PIB pour le déficit budgétaire fixé par  l’UE, le vice-Premier ministre Matteo Salvini - le véritable homme fort de Rome - a déclaré lundi que “La règle des 3% n’est pas la Bible”. Le taux d’intérêt a rapidement bondi au-dessus des 3 %, et ce n’est que lorsque le Premier ministre Conte a déclaré mercredi que son gouvernement négocierait avec l’UE et “ne ferait pas de demandes folles”, que le taux d’intérêt à 10 ans est un peu retombé.

En avril, Lieven Noppe, économiste principal chez KBC, a écrit dans une note aux investisseurs que sans améliorations économiques structurelles, l'Italie constituait "une menace permanente pour la zone euro".

L'Italie n'est pas la Turquie, mais la situation à Ankara montre que lorsque la dette publique dépasse 130% de son PIB - ce qui est le cas de l'Italie - l’on devient dépendant des personnes qui sont disposées à acheter cette dette. Et le sentiment sur les marchés peut tourner rapidement, car les investisseurs n’évaluent pas les actions politiques tous les quatre ans, mais quotidiennement.

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