Les quartiers chics de Madrid

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Economie

Les exilés vénézuéliens font flamber l'immobilier madrilène

À Madrid, les prix de l'immobilier ont grimpé de 17 % l'année dernière, la plus forte hausse enregistrée sur les villes espagnoles. Une partie de cette flambée est directement imputable à l'installation de Vénézuéliens fortunés ayant fui leur pays dans la capitale espagnole.

Beaucoup d'entre eux sont des opposants du président vénézuélien Nicolas Maduro qui ont fui leur pays, mais on trouve aussi des sympathisants du régime qui s'inquiètent des perspectives d'avenir de leur pays, aux prises avec les sanctions internationales, et des troubles sociaux.

Des ancêtres espagnols, juifs séfarades, ou un "golden visa"

Pour obtenir un passeport espagnol, beaucoup de Vénézuéliens ont invoqué leurs ancêtres espagnols. Certains de ces ancêtres ont fui l'Espagne en 1939, lorsque le général Franco a remporté la guerre civile. D'autres ont exploité une loi qui accorde la citoyenneté espagnole aux descendants de juifs séfarades expulsés du pays en 1492.

Les Vénézuéliens sont aussi très nombreux à solliciter le « Golden Visa » espagnol, qui leur accorde la résidence contre l'achat d'une propriété d'une valeur au moins égal à 500 000 €. Près de 208 0000 Vénézuéliens vivraient maintenant en Espagne, parmi lesquels 120 000 auraient acquis la nationalité.

La nouvelle Miami

À la différence des Mexicains et d'autres citoyens d'Amérique latine qui investissent actuellement en Espagne, « nous sommes ici comme des survivants qui savent qu'ils ont probablement définitivement coupé les ponts avec leur patrie », affirme Rolando Seijas, le fondateur vénézuélien de SNB Capital, une firme d'investissement madrilène. Certains de ces Vénézuéliens ont créé des entreprises sur place, et invitent désormais leurs compatriotes à venir les rejoindre en Espagne. « Madrid est en train de devenir pour les Vénézuéliens ce que Miami était autrefois pour nous, et ce qu'elle demeure pour les Cubains », commente Monsieur Seijas.

Dans le quartier chic de Salamanca, les exilés vénézuéliens ont acquis près de 7000 appartements de luxe. D'autres ont fait construire, comme la famille Cohen, qui possède l'un des plus gros patrimoines immobiliers commerciaux du Venezuela, et qui a ouvert en 2017 le centre commercial Sanbil Outlet, qui se targue d'être le plus gros d'Espagne, dans la banlieue de Madrid. Les Cohen sont arrivés en Espagne au plus fort de la crise financière, au moment où Madrid négociait son plan de sauvetage avec ses partenaires européens. Ces circonstances les ont aidés à racheter à bas prix un centre commercial qui avait fait faillite lors de la crise bancaire espagnole, qu’ils ont entièrement reconstruit. Cette année, ils ont acheté un immeuble à Salamanca qu'ils comptent convertir en résidence de luxe. Parmi les investisseurs qui se sont joints à ce projet, on retrouve Miguel Ángel Capriles, un parent d'Henrique Capriles, le leader de l'opposition vénézuélienne.

Les opposants du régime de Maduro traquent les "Bolochicos"

Les autorités espagnoles tentent de limiter les afflux de capitaux vénézuéliens, mais leur tâche est compliquée par le fait que ces capitaux sont souvent détenus à l'étranger, pour les mettre à l’abri des contrôles de capitaux et de la chute de la parité de la monnaie vénézuélienne, le bolivar.

La présence de leurs compatriotes en Espagne est aussi exploitée par les opposants au régime de Maduro, qui traquent les “bolochicos”, les citoyens proches du régime qui vivent une vie confortable à Madrid. Sur les réseaux sociaux, ils ont posté des vidéos montrant ces exilés, souvent des membres de la famille d’officiers ou d’officiels du gouvernement, mener la belle vie en Espagne. “Nous parlons d’officiels du gouvernement et de leur famille qui résident en Espagne, et dont les salaires n’auraient normalement jamais dû leur permettre d’acheter un appartement de 500 000 euros là-bas”, explique Javier Cremades, un avocat espagnol qui dirige Cremades Calvo y Sotelo, un cabinet basé à Madrid.

Un exode qui ne devrait pas se tarir

Selon la Brookings Institution, 4 millions de Vénézuéliens, soit 1 Vénézuélien sur 8, ont fui leur pays depuis 1999. 

Le Venezuela, qui possède les plus grandes réserves de pétrole au monde, était autrefois le pays le plus riche d'Amérique du Sud. Mais la chute des cours du pétrole s'est combinée de façon catastrophique à la mauvaise gestion économique et à la corruption, pour générer une crise d'une extrême gravité. Une grande partie de la population est maintenant chroniquement sous-alimentée, les pénuries de médicaments sont la norme, et la violence est omniprésente. 

Le FMI estime que l'inflation - de l'hyper-inflation, plutôt -, devrait atteindre 1 000 000 % à la fin de cette année (oui, un million de pourcents), ce qui placer le pays à une situation comparable à celle de l'Allemagne en 1923 ou du Zimbabwe à la fin des années 2000, précise l'Institution. La contraction du PIB devrait empirer, et dépasser les -16,5 % qu'elle avait atteints en 2017.

Dans ces conditions, l'exode des Vénézuéliens est probablement voué à se poursuivre. 

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