Elon Musk, CEO de Tesla

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Economie

Info ou intox ? Elon Musk affirme qu'il veut "sortir Tesla de la bourse"

Le CEO de tesla, Elon Musk, a annoncé son projet de sortir la firme de la bourse pour lui permettre d’échapper aux "cycles des résultats financiers trimestriels". Dans un tweet qu'il a adressé hier, Musk affirme qu'il est prêt à racheter les actions au prix de 420 $ l'unité.

"J'envisage de retirer Tesla de la bourse à 420 $. Financement assuré", a tweeté Musk :

À l'annonce de cette nouvelle, le cours des actions Tesla, qui évoluait autour des 367 dollars (environ 317 euros), a bondi, gagnant 11% à la fin de la journée, à près de 380 $ (environ 328 euros) la part. Le message semble indiquer que les actionnaires auront le choix entre conserver les actions du constructeur, ou de les revendre à 420 dollars (environ 362 euros), soit environ 20% de plus que leur cours actuel.

"Le meilleur environnement d'exploitation possible pour Tesla"

Dans un e-mail qu'il a adressé à ses employés hier (dupliqué sur le blog de l'entreprise), le CEO de Tesla explique ses motivations. Il affirme qu'aucune décision finale n'a encore été prise, mais qu'il souhaite le "meilleur environnement d'exploitation possible pour Tesla", et qu'actuellement, les marchés financiers constituent une "distraction majeure" pour le constructeur automobile : "En tant qu'entreprise ouverte, nous sommes soumis à des fluctuations brutales du cours de notre action qui peuvent être une distraction majeure pour toute personne travaillant chez Tesla", a-t-il écrit.

Tesla est la cible des spéculateurs

Musk a également rappelé que le constructeur était devenu la cible des spéculateurs, en particulier des "shorters", qui parient sur sa ruine. Selon les données de Markit, 27% des actions disponibles de la société sont  entre les mains d’investisseurs qui parient sur la chute de son cours, ce qui en ferait l’une des sociétés les plus "shortées" du marché américain: "Étant donné que l'action est celle qui est la plus "shortée" de toute l'histoire des marchés d'actions, la cotation en bourse signifie qu'un grand nombre de gens ont tout intérêt à attaquer l'entreprise", ajoute Musk dans l'email.

Selon Musk, Tesla devrait être placée dans les mêmes conditions d'exploitation que sa firme spatiale, Space X, qui n'est pas cotée en bourse, et qui se targue d'être plus efficace sur le plan opérationnel. Il indique également que la firme pourrait de retourner sur les marchés financiers lorsque sa croissance serait stabilisée.

50 milliards de dollars à trouver ?

La question qui se pose désormais est de savoir comment Musk pourra opérer ce rachat. Dans une entreprise classique, ce sont les liquidités qui sont utilisées pour réaliser ce type de transaction. On ne sait pas encore quels volumes d'actions les investisseurs pourraient revendre, mais une valorisation des parts à 420 $ porte la valeur de rachat potentielle de Tesla à plus de 70 millions de dollars (environ 60 milliards d'euros), ce qui en ferait le plus gros rachat de l'histoire. Musk détient environ 20% de Tesla, ce qui signifie qu'il devrait trouver plus de 50 milliards de dollars (plus de 43 milliards d'euros) pour réaliser une telle opération… Une somme astronomique, dont Tesla ne dispose pas.

Depuis son entrée en bourse en 2010, le constructeur n'a jamais enregistré de bénéfice au terme de son exercice, et compte tenu de ses projets de lancement du SUV "modèle Y", de l'ouverture de 2 nouvelles usines géantes en Europe et en Chine, et de l'expansion des ses unités dédiées à l'énergie solaire et aux batteries, la société aura désespérément besoin de fonds dans un avenir proche. Chaque trimestre, Musk se livre au même exercice : tenter de convaincre Wall Street que Tesla est finalement devenue rentable, après 15 ans d'existence. A chaque fois, il peine à convaincre.

L'investissement saoudien

Étant donné que Musk a souvent utilisé Twitter pour ironiser sur ses détracteurs, beaucoup se sont demandé s'il était sérieux. Pour certains, le cours de 420 $ cités dans le message faisait allusion à la date du 20 avril, codifiée "4.20" aux États-Unis, qui correspond à la fête annuelle de la marijuana.

Les règles des marchés financiers américains stipulent que toute déclaration des entreprises doit être véridique, sous peine d'être considérée comme une tentative de manipulation des cours. S'il s'avère que le message de Musk n'était qu'une plaisanterie, le patron de Tesla pourrait encourir des sanctions.

Dans ce contexte, un article paru hier dans le Financial Times, publié un peu avant le tweet de Musk, a retenu toute l'attention des marchés financiers. Il indique que le fond souverain d'Arabie Saoudite a racheté 3 à 5 % des parts de Tesla, pour une valeur totale estimée à entre 1,9 milliards de dollars et 3,2 milliards de dollars (entre 1,6 et 2,8 milliards d'euros), selon des sources au courant de cette affaire. Cela fait désormais de lui l'un des plus gros actionnaires de l'entreprise.

Pourtant, il ne semble pas que le message visait à influencer le cours des actions en vue de profiter de l'achat saoudien. Les parts auraient été acquises sur le marché secondaire, après que Musk avait refusé d'émettre de nouvelles actions.

Un tweet qui a déjà coûté 1,3 milliard de dollars

Quoi qu'il en soit, sa déclaration a déjà eu des conséquences faramineuses : selon la firme d'analyse financière S3 Partners, les "ours" de la bourse qui spéculent sur la chute de Tesla auraient perdu 1,3 milliard de dollars (environ 1,1 milliard d'euros) hier après ce tweet. Cela porterait le total des pertes des "shorters" à près de 3 milliards de dollars depuis le début de l'année.  

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