une pancarte brandie pendant une marche contre le Brexit à Londres

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Politique

"Si l'Europe ne veut vraiment pas du Brexit, elle devrait agir"

La date officielle du Brexit est fixée au 29 mars prochain, dans moins de 8 mois, et au Royaume-Uni, de plus en plus de voix s’inquiètent de la probabilité grandissante d’un divorce sans accord, un “no-deal Brexit”.

Le risque d'un Brexit sans accord avec l'UE se concrétise

“Nous devons prendre une décision sur les relations futures de la Grande-Bretagne avec l'UE d'ici la fin de cette année et nous devons être très honnêtes avec nous-mêmes concernant les choix auxquels nous sommes confrontés. Pour le moment, nous nous dirigeons vers un “no-deal” accidentel”, a déclaré le ministre des Affaires britanniques, Jeremy Hunt, lors d’une visite en Autriche la semaine dernière. Selon lui, un tel divorce “aurait un impact profond sur les relations entre la Grande-Bretagne et les pays de l'UE pendant une génération, et serait “une énorme erreur géo-stratégique”.

Dimanche, c’était au tour du ministre du Commerce international, Liam Fox, de déclarer que les chances d'une sortie de l'Union européenne sans accord étaient plus grandes qu'un Brexit avec accord. Il les a évaluées à "60/40".

La question irlandaise demeure le principal point d'achoppement des négociations avec l'UE

Selon Londres, la position trop ferme de la France anéantit les chances de parvenir à un accord. Le négociateur en chef de l’UE, Michel Barnier indique  que 80 % des points font maintenant l’objet d’un accord. Néanmoins, les modalités du divorce restent floues sur des questions cruciales, et notamment ce qui se passera à la frontière irlandaise.

Le projet de Brexit, présenté par Theresa May au mois de juillet lors d’une réunion de son gouvernement à sa résidence secondaire de Chequers, envisage la mise en place d’une zone de libre-échange pour les biens et produits agricoles entre le Royaume-Uni et l'UE, assortie d’un nouveau système douanier, afin de maintenir un commerce "sans friction" avec l’Europe. Il prévoit d'éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, une question qui a été le plus gros point d'achoppement au cours des négociations. Le gouvernement britannique et les dirigeants de l’Irlande du Nord et de la République d’Irlande ne veulent pas entendre parler de la réintroduction de postes frontières, dont ils estiment qu’elle constituerait une menace de troubles. Mais cette dernière disposition a été rejetée par Barnier.

Une réunification de l'Irlande ?

Les Irlandais du Nord s’étaient prononcés à 56 % contre le Brexit lors du référendum sur l’adhésion du Royaume-Uni à l’Union européenne. Un sondage mené par la Queen's University Belfast en mai a montré que cette proportion avait grimpé entre-temps à 69 %. La possibilité de demeurer au sein de l’UE en réunifiant leur région avec la République d’Irlande est de plus en plus évoquée en Irlande du Nord. Pour la deuxième fois en moins d’une semaine, la dirigeante du Sinn Féin, Mary Lou McDonald, a plaidé en faveur d’un référendum sur la question irlandaise si le Royaume-Uni et l’UE ne parviennent pas à un accord sur le Brexit. “La question n’est plus de savoir s’il y aura un référendum sur la réunification, mais quand”, a déclaré McDonald.

Les agriculteurs britanniques avertissent que le pays sera à court de nourriture l'année prochaine

Le syndicat national des agriculteurs britanniques a mis en garde contre les effets d’un “no-deal Brexit” sur l’approvisionnement alimentaire du pays. Il affirme en effet que dans cette hypothèse, le 7 août 2019, les Britanniques se retrouveront à cours de nourriture. La production agricole britannique ne permet de couvrir qu’un peu moins des deux tiers des besoins du pays, selon les chiffres du gouvernement pour 2017. La majeure partie du reste est importée de l'UE.

Selon le Syndicat, le secteur agricole sera l’un des plus durement affectés par un divorce sans accord. “Un accord d’échange libre et sans friction avec l'UE et l'accès à une main-d'œuvre fiable et compétente pour les entreprises agricoles sont essentiels pour l'avenir du secteur”, a déclaré son président, Minette Batters.

"L'Europe devrait aider le Royaume-Uni à faire marche arrière sur le Brexit"

Pour la rédaction de Bloomberg, l’Europe devrait tout mettre en oeuvre pour donner au Royaume-Uni la possibilité de mener un nouveau référendum sur le Brexit, et de mettre ainsi fin à ces tergiversations et impasses :

“Il n’est pas trop tard pour que le Royaume-Uni change d’avis à propos de cette entreprise mal ficelée - et les dirigeants européens, s’ils le souhaitent, pourraient y contribuer.

Un second référendum sera nécessaire pour inverser la décision sur le Brexit. Les coûts et les complexités liés à l'abandon de l'UE sont devenus beaucoup plus clairs depuis le vote de 2016, ce qui justifie un second tour de scrutin. Mais les mécanismes ne sont pas simples. Si les dirigeants européens veulent que le Royaume-Uni demeure au sein de l’UE - comme ils le devraient et conformément à ce qu’ils l’affirment - ils doivent agir. (...)

Peut-être que les gouvernements de l’UE ont fini par penser que la Grande-Bretagne pose plus de problèmes qu’elle ne le vaut, et préféreraient maintenant qu’elle sorte de l’UE. Dans ce cas, ils devraient le dire - et faire pression pour un Brexit ordonné, qui servirait leurs intérêts aussi bien que ceux de la Grande-Bretagne. Pour ce faire, ils pourraient offrir une adhésion sans droit de vote au marché unique, avec tous ses droits et obligations, aussi longtemps qu’il le faudra pour mettre en place un accord de libre-échange limité tel que celui que l’Europe a conclu avec d’autres pays tiers. (...)

Même s’il peut être tentant de laisser le Royaume-Uni se contorsionner au gré du vent, l’Europe devrait décider de ce qu’elle veut et faire pression pour l’obtenir”.

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