Le président américain Donald Trump

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Politique

"Donald Trump voit le monde comme une grande collection de pays qui doivent de l’argent à l’Amérique"

“Donald Trump voit le monde comme une grande collection de pays qui doivent de l’argent à l’Amérique”, a déclaré le journaliste australien Jonathan Swan, dans une longue interview en podcast donnée à Jamie Weinstein de la publication National Review.

Swan (Axios) a travaillé pour un journal australien et a déménagé aux États-Unis en 2014, mais il est rapidement devenu l’un des journalistes les mieux informés à Washington DC et à la Maison Blanche. Il a également régulièrement des informations sur ce qui se passe dans le cercle restreint du président.

Le retrait des États-Unis de l'accord sur le climat de Paris était l'un de ses nombreux scoops. Tout comme l'introduction des droits de douane par l'administration Trump sur l'aluminium et l'acier étrangers.

"Il pense que presque tous les pays ont roulé les Etats-Unis au cours de ces dernières années"

Swan évoque la réponse surprenante que Trump a donnée, citant en premier l’Europe lorsqu’un journaliste de la chaîne CBS lui a demandé quels étaient les plus grands ennemis des Etats-Unis de nos jours. “L'UE est une ennemie, ce qu'ils nous font au niveau des échanges…”, a dit Trump.

“Dans son esprit, le monde est un bilan comptable”, explique Swan. “Le chiffre le plus important pour lui, selon ses assistants, c’est le déficit commercial, il le voit comme une carte de points. (...) Sa plus grande préoccupation est de ne pas être humilié, considéré comme un “nul”, ou un “schmuck”. (...) Une des manière pour le faire sortir de ses gonds consiste à lui donner l’impression que quelqu’un tente de le tromper, de l’escroquer, ou de se moquer de lui, et il pense que presque tous les pays ont fait cela d’une manière ou d’une autre à l’Amérique ces dernières années.”

Donald Trump et des chefs d'Etat étrangers dont Angela Merkel

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“Trump y est arrivé tout seul”

Contrairement à ce qui paraît souvent dans la presse, Trump apprécie certainement le respect de ses employés, selon Swan, même s'ils n'ont pas une grande considération pour ses connaissances en politique.

"N'oubliez pas que cet homme a remporté la présidence par ses propres moyens. Les histoires sur ses réseaux numériques et autres sont grossièrement exagérées. Attendez ! Il y est parvenu tout seul, grâce à son dynamisme, à la force de sa personnalité et à son instinct. C'était Trump et seulement Trump et son personnel admire cela. [..] N'oublions pas non plus que beaucoup de ces personnes n'auraient aucune chance d'occuper le poste qu'elles occupent actuellement dans une "administration traditionnelle."

Javanka

Swan refuse de répondre à la question de savoir si sa fille Ivanka et son beau-fils Jared Kushner - le couple qui a été baptisé par Steve Bannon 'Javanka' - influencent le président.

"[Trump]  demande constamment l’avis des gens sur toute question. Il consulte toujours les gens. (...) Mon sentiment, c’est qu’Ivanka et Jared lui donnent leur avis. Ils le conseillent réellement, mais d’une manière tout à fait privée, et pas lorsqu’ils sont en groupe, ou dans ce genre de situation. Donc, nous ignorons tout d’un grand nombre de conversations qu’ils peuvent avoir ensemble. (...) Beaucoup d’histoires qui sont écrites sont des salades. Une grande partie des commentaires [dans la presse] de gauche (...) qui sont écrits à leur propos sont dictés, je pense, par l’agacement des gens devant leur capacité à avoir cet accès. (...) A qui le président téléphone le soir quand il est à la maison, je ne sais pas. Certains disent qu'ils le savent, mais souvent l'accès qu'un journaliste a à Trump est fait par le journaliste en question."

Ivanka Trump et Jared Kushner

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Est-ce que Poutine dispose de quelque chose à propos de Trump ?

Lorsqu'on lui a demandé si les personnes de l'entourage du président pensent que Poutine a en sa possession des informations qui pourraient être nuisibles à Trump, Swan a répondu ce qui suit : 

“Les employés de la Maison Blanche ne parlent pas de la Russie, ils font tout ce qu'ils peuvent pour éviter le sujet. C'est juste trop délicat. (...) Une seule personne m'a dit qu'il pensait que Poutine savait quelque chose à propos de Trump. Mais je ne sais rien d'autre. L'attitude de Trump à l'égard de Poutine est-elle bizarre ? Absolument, mais je fais toujours attention de traiter les faits tels qu’ils sont (...) et j’essaye de ne pas spéculer”.

Donald Trump and Vladimir Poutine lors de la conférence de presse à Helsinki

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Trump a une emprise étonnante sur le parti républicain

"[Les Républicains] savent que Trump est bien plus populaire que n’importe lequel d’entre eux. (...) Ils veulent soutenir Trump. (...) Ils ne veulent pas être du mauvais côté à l’égard de Trump. Il les détruirait. Et leurs électeurs réagiraient contre eux. Il détient une emprise étonnante sur le parti. Ce rétropédalage, tel qu’il était, leur a donné le subterfuge dont ils avaient besoin pour pouvoir dire “Oh, non, il a clarifié sa déclaration”. Je ne pense pas qu’aucun d’entre eux ait réellement cru à une sincère conversion du président et certainement pas, quand il a remis une couche et qu’il a dit qu’en fait, il avait réalisé une prestation fantastique à Helsinki, et que les médias “fake news” étaient les seuls à penser qu’elle avait été mauvaise. La raison pour laquelle vous ne voyez pas de réaction courageuse évidente, sauf de la part de membres proches de la retraite, c’est parce qu’ils ont tous peur. Ils sont tous morts de peur”.

La Russie et l'Union européenne

Swan confirme que Trump était furieux lorsque le Congrès américain a publié de nouvelles sanctions contre la Russie et, à la suite de l'affaire Skripal, a publié plus de diplomates que le Royaume-Uni et l'Allemagne.

"Ensuite, il y a l'affaire Skripal au Royaume-Uni. Trump était furieux quand il est apparu que les États-Unis avaient expulsé plus de diplomates après l'incident que l'UE. (...) Quand il s'est avéré qu'on lui avait promis que l'Allemagne expulserait autant de Russes que les États-Unis et que cela ne s'est pas produit. (...) Il s'est senti induit en erreur et il a appelé Angela Merkel, lui disant 'Nous en avons expulsé vous n'en avez expulsé que 4". (...) Trump se demande aussi pourquoi les Européens l'appellent toujours à résoudre leurs problèmes. Pour les choses qui se passent sur leur territoire."

Angela Merkel, Christine Lagarde et Donald Trump

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