Un camion autonome Otto, une division d'Uber

© YouTube

Tech

Camions autonomes : Uber jette l'éponge

Hier, Uber a annoncé qu'il fermait l’unité de sa division Uber Advanced Technologies Group qui se consacrait au développement de camions à conduite autonome. Ce programme avait été initié avec le rachat d’Otto en 2016. Uber souhaite maintenant concentrer tous ses efforts sur son centre de développement de voitures autonomes de Pittsburgh.

La firme promet qu’elle fera le nécessaire pour ne pas supprimer de postes suite à la dissolution de cette unité. En revanche, Uber Freight, une unité qui aide les routiers à se connecter avec les compagnies maritimes, n'est pas concernée par cette décision.

De la gloire fulgurante...

Otto avait été fondée par un ancien ingénieur de Google, Anthony Levandowski, et Lior Ron, qui était chef de produit chez Google Maps, ainsi que deux autres personnes. Levandowski a repris la tête de l’unité de recherches sur les voitures autonomes d’Uber.

Deux mois après son rachat par Uber en août 2016 pour 680 millions de dollars, la nouvelle firme faisait les gros titres des médias : l’un de ses prototypes de camion autonome était parvenu à livrer sans encombre 45.000 canettes de bière Budweiser à Colorado Springs, dans l’État du Colorado. Pendant le parcours de la distance de 192 km, qui avait duré deux heures, le chauffeur était resté sur la couchette dans la cabine, d’où il avait pu surveiller la conduite.

...À la multiplication des gros ennuis

Mais ce moment de gloire fut de courte durée : 7 mois plus tard, Alphabet (la maison-mère de Google) intentait une action en justice contre la société, l’accusant d’avoir dérobé des secrets commerciaux à sa division consacrée aux voitures autonomes, Waymo. En particulier, elle accusait Levandowski de vouloir exploiter des technologies LIDAR, développées par Waymo pour le compte d’Uber. 

Le LIDAR est un laser rotatif qui permet de cartographier en 3D l’environnement du véhicule et de repérer ainsi les obstacles potentiels. Il envoie un rayon laser qui est réfléchi dès qu’il heurte un obstacle, de la même manière qu’un radar renvoie le son. Le dépôt de plainte indiquait notamment que l’ingénieur avait téléchargé plus de 14.000 fichiers confidentiels de l’entreprise avant la remise de sa démission.

Les deux firmes sont parvenues à conclure un accord transactionnel, au terme duquel Uber a dû consentir à céder près de 250 millions de dollars en actions.

Malheureusement, 6 semaines plus tard, Uber essuyait un nouveau coup dur :  l'une de ses voitures autonomes heurtait mortellement une piétonne dans la ville de Tempe, en Arizona. C’était la première fois qu’une voiture autonome provoquait la mort d’un piéton. Suite à cet accident, Uber a annoncé qu’elle suspendait tous ses essais de voitures autonomes.

Le secteur du transport routier dubitatif

Uber était également confronté aux inquiétudes du secteur du transport routier, peu réceptif aux nouvelles technologies dont il redoute qu’elles risquent de détruire un très grand nombre d’emplois. “Des technologues et des économistes mettent en garde depuis des années contre le fait que la vague d’automatisation aura de sérieuses conséquences politiques. Les véhicules sans conducteur menacent de réduire sensiblement le 1,7 million d’emplois du secteur du transport routier”, écrivait Evan Halper, du Los Angeles Times, à ce propos en décembre dernier.

En fermant sa division de camions autonomes, Uber espère pouvoir se concentrer davantage sur l'amélioration de ses voitures autonomes. "Nous pensons que l'énergie et l'expertise de toute notre équipe concentrée sur cet effort est la meilleure voie à suivre", a déclaré Eric Meyhofer, qui dirige la division Uber Advanced Technologies, dans un email adressé à TechCrunch.

Si ce n'est pas Uber, ce sera quelqu'un d'autre

Mais la menace qui pèse sur les chauffeurs routiers n’est pas suspendue pour autant, d’autant que la technologie propre aux camions autonomes, c’est-à-dire la conduite sur autoroute, sera plus facile à développer que celle des voitures autonomes, qui implique plus de conduite en ville. Pour cette raison, il est probable que les camions autonomes se mêleront au trafic bien plus tôt que les voitures autonomes.

De ce fait, les routiers risquent de perdre leur emploi bien plus rapidement que les chauffeurs de taxi. Le cofondateur d'Otto, Lior Ron, avait d’ailleurs prédit l'année dernière que l'intelligence artificielle serait largement présente dans les camions d'ici 10 ans.

Et même si l'un des principaux concurrents s'est retiré de la course, des entreprises comme Tesla, Volvo, Peterbilt et Daimler continuent de développer cette technologie. Enfin, Tech Crunch a découvert qu’Anthony Levandowski, qui a été licencié par Uber à la suite de la plainte de Google, n’a pas jeté l’éponge. Il est maintenant à la tête de Kache.ai, une startup qui développe discrètement… des camions autonomes.

Sur le même sujet :