Mark Zuckerberg, CEO de Facebook

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Politique

"Vous, l'homme le plus puissant du monde, jugez que nos vies sont moins importantes qu'accorder un droit de cité à la haine"

Le journal britannique The Guardian a publié jeudi la lettre ouverte que Lenny Pozner et Veronique De La Rosa a adressée à Mark Zuckerberg, le CEO de Facebook. M. Pozner et Mme De La Rosa étaient les parents de Noah, un petit garçon de 6 ans qui a été tué en 2012, lorsqu’un homme armé armé d’un fusil d’assaut a tué 28 personnes, dont 20 jeunes enfants, à l’école primaire du village de Sandy Hook, dans le Connecticut.

En effet, Zuckerberg a récemment affirmé au cours d’une interview donnée à Recode qu’il estimait que les négationnistes de l'Holocauste ne devraient pas être bannis de son réseau parce qu’ils s’agit selon lui "de gens différents [qui] comprennent mal”.

Le choix de Zuckerberg : accorder un droit de cité aux négationnistes et conspirationnistes

Zuckerberg a utilisé l'Holocauste comme un exemple pour justifier que la page du blog conspirationniste Infowars sur Facebook puisse continuer d’exister. Infowars est bien connu des Américains parce qu’en 2012, ce le blog a diffusé l'information selon laquelle  le massacre de Sandy Hook  avait été mis en scène par l'administration Obama pour priver les Américains de leurs armes, et que des acteurs avaient été déployés pour cela. Les pages Facebook d'Infowars et de son CEO Alex Jones comptent plus de 1 million d’abonnés.

Mais les parents des victimes de la fusillade de Sandy Hook payent quotidiennement le prix fort pour ce choix, expliquent M. Pozner et Mme De La Rosa :

Les parents des victimes payent le prix fort

“Depuis ce jour, nous, ainsi que les parents, la famille et les amis des 25 autres victimes, avons été enrôlés dans une bataille permanente avec les plateformes de médias sociaux, y compris Facebook, pour nous protéger du harcèlement et des menaces.

Presque immédiatement après le massacre (...), les attaques contre nous ont commencé. Des groupes de conspirationnistes et des provocateurs anti-gouvernementaux ont commencé à affirmer sur Facebook que le massacre était un canular, que les personnes tuées n’étaient que des  soi-disant “acteurs de crise” et que leur public devait se soulever pour “connaître la vérité” sur nos familles. Ces affirmations et appels à l'action se sont répandus sur Facebook comme une traînée de poudre et, malgré nos plaidoyers, ont été protégés par Facebook.

"Nous sommes contraints de vivre dans la clandestinité"

Même si les termes que vous utilisez, tels que “fake news” ou “groupes de conspiration marginaux”, semblent relativement inoffensifs, permettez-moi de vous donner un aperçu des effets découlant de votre politique consistant à permettre à votre plateforme de continuer à être utilisée comme un instrument de propagande haineuse. Nous avons enduré des cas de harcèlement, d'abus et de menaces de mort en ligne, par téléphone et en personne. En fait, l'un de ces agresseurs, une femme, [Lucy Richards] a été condamnée à une peine de prison pour avoir adressé des menaces de mort crédibles qu'elle a reconnu avoir rédigées devant le tribunal, parce qu'elle croyait au contenu en ligne créé par ces “groupes marginaux”.

Afin de nous protéger et de protéger nos enfants survivants, nous avons dû déménager plusieurs fois. Ces groupes utilisent les médias sociaux, y compris Facebook, pour nous “pourchasser”, postant notre adresse personnelle et des vidéos de notre domicile en ligne. Nous vivons actuellement dans la clandestinité. Nous sommes loin d'être seuls à vivre ces expériences, car de nombreuses autres familles qui ont perdu des êtres chers dans des fusillades de masse et d'autres tragédies ont signalé vivre en permanence les mêmes tourments.

"Le comble, c'est que nous devons nous battre avec Facebook pour faire retirer les contenus les plus dangereux"

La mise en danger de nos familles est une conséquence directe du fait que des centaines de milliers de personnes voient et croient les mensonges et les discours de haine dont vous avez décidé qu'ils devraient être protégés. Ce qui rend la situation d'autant plus horrible, c'est que nous avons dû mener une bataille presque inconcevable avec Facebook pour éliminer le contenu le plus offensant et incendiaire afin de nous apporter la plus élémentaire des protections. (...)

Après avoir tant espéré suite à votre promesse au Sénat de faire de Facebook un lieu plus sûr et accueillant pour l'interaction sociale, nous avons une fois de plus le sentiment que vous nous avez laissé tomber lorsque vous avez déclaré récemment que vous souteniez l’idée d’accorder un droit de cité aux négationnistes et aux groupes haineux qui attaquent les victimes de la tragédie.

"Vous, l'homme le plus puissant du monde, jugez que nos vies sont moins importantes qu'accorder un droit de cité à la haine"

Notre fils Noah n'a plus de voix et il ne pourra jamais vivre sa vie. Nous ressentons son absence quotidiennement. Mais nous ne pouvons faire complètement le deuil de notre bébé ou tenter d’aller de l’avant dans nos existences, parce que vous, sans doute l'homme le plus puissant de la planète, avez jugé que les attaques contre nous sont immatérielles, qu’apporter une assistance pour éliminer les menaces est trop fastidieux et que nos vies sont moins importantes que de fournir un droit de cité à la haine.”

Jeudi, on a appris que Facebook avait pris la décision de suspendre la page personnelle d’Alex Jones pendant 30 jours, et de retirer 4 des vidéos diffusées par Infowars. Jones ne pourra donc plus publier de contenu sur son profil personnel, ou sur les pages d’InfoWars pendant cette période.

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