Le président américain Donald Trump et le Secrétaire d'Etat amércain Mike Pompeo lors du sommet de l'OTAN

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Politique

Sommet de l'OTAN : Trump se préoccupe des ventes de gaz naturel... américain ?

Comme on s’y attendait, le 26e sommet de l’OTAN qui se tenait hier à Bruxelles a été très tendu. Dès la veille, le président américain Donald Trump avait donné le ton, critiquant le non-respect de la plupart des membres à consacrer 2 % de leur PIB à la défense, et qualifiant ces nations de “délinquantes”. Lors de la réunion, le président américain a fustigé l’Allemagne, qu’il accuse d’être dépendante de la Russie sur le plan énergétique.

Trump a débuté les hostilités dès le petit déjeuner, accusant l’Allemagne “d’enrichir la Russie” et d'être “totalement contrôlée par la Russie” au cours d’une longue diatribe. “Elle paie des milliards de dollars à la Russie pour ses approvisionnements en énergie et maintenant, nous devons payer pour la protéger contre la Russie. Ce n’est pas juste”, a-t-il conclu. La chancelière allemande a rétorqué qu'elle avait passé sa jeunesse en Allemagne de l’Est, qu’elle avait connu à ce titre la domination soviétique et qu’elle était heureuse que son pays réuni soit maintenant libre de prendre ses propres décisions.

Nord Stream 2 et le gaz russe

L'Europe est de plus en plus dépendante du gaz russe (en particulier l’Allemagne et l’Autriche), et bien que le bloc ait cherché à s'en affranchir, les exportations de gaz naturel ont encore franchi un nouveau record l'année dernière, atteignant 194 milliards de mètres cubes (incluant la Turquie). La part du gaz russe au sein de la consommation totale de gaz de l'Union dépasse 35 %.

Le gazoduc Nord Stream 2, qui devrait permettre de doubler les capacités de transport de gaz de la Russie vers l’Allemagne, est actuellement en cours de construction.  Il doit transporter le gaz russe vers l'Europe, sans passer par l'Ukraine et la Pologne. C’est l’ex-chancelier allemand, Gerhard Schröder, qui préside le conseil de surveillance du consortium Nord Stream, chargé de construire le premier pipeline. Le recours de l’Allemagne à la Russie pour son approvisionnement énergétique inquiète certains pays de l’Europe de l'Est, qui redoutent que le gazoduc Nord Stream 2, qui contournera les pays baltes et la Pologne, puisse être utilisé pour les priver potentiellement d’approvisionnements énergétiques nécessaires.

Trump préférerait que l'Allemagne achète le gaz naturel américain

Les critiques de Trump ont déclenché une vive inquiétude en Allemagne. “Ce n’est pas seulement mauvais, c’est catastrophique”, a titré le journal allemand Süddeutsche Zeitung.

Mais comme c’est souvent le cas avec Trump, on peut aussi envisager ce tir à boulets rouges sous l’angle des affaires. Par le passé, le président américain  a proposé aux Européens d’importer du gaz naturel américain en substitution du gaz russe, même si le gaz américain est beaucoup plus coûteux, en raison des coûts d'expédition.

C’est l’analyse du site politique américain Axios : “Trump veut que l'Allemagne - un énorme acheteur de gaz - achète du gaz naturel liquéfié américain et tente de voler le marché que la Russie détient actuellement”.

L'ambiguïté de la politique allemande à l'égard de la Russie

Certains commentateurs estiment que le président américain a mis en exergue la politique ambigüe  de l’Allemagne à l’égard de la Russie : “Pas un jour ne se passe sans que les représentants de l'OTAN évoquent la menace russe, affirmant que la Russie ne partage pas les valeurs de l'Occident et attaque la démocratie partout où elle peut. Ce qu'ils ne critiquent pas, cependant, c'est l'approvisionnement en énergie de la Russie”, écrit la chaîne de radio russe Kommersant FM. “Le vieux monde devrait choisir : soit il doit tourner le dos à l'OTAN, soit à son fournisseur bon marché, la Russie. Parce que ce sont ceux qui payent qui ont le pouvoir de décision, et non l'inverse”, conclut-il.

Des calculs bien plus sophistiqués que sa rhétorique brutale ne le laisse à penser 

Pour Marc Fiorentino de MonFinancier, les calculs de Trump sont bien plus sophistiqués que sa rhétorique brutale ne le laisse à penser de prime abord : “Au-delà des reproches qu'il exprime [contre l’Allemagne], on se demande si son but n'est pas de profiter de la faiblesse actuelle d'Angela Merkel pour tenter de la déstabiliser encore plus. Et de favoriser ainsi un éclatement politique de fait de l'Europe. Une Europe qui serait dès lors encore plus affaiblie... Machiavélique…”.

Conclusion : "Nous entretenons d'excellentes relations avec l'Allemagne”

Beaucoup soulignent néanmoins qu’en dépit de ses remarques acrimonieuses, le président américain a accepté de signer le communiqué de l’OTAN à l’issue du sommet, et qu’il a témoigné de sa satisfaction après celui-ci. “L'Otan est plus forte aujourd'hui qu'elle ne l'était il y a deux jours. Je crois en l'Otan", a-t-il déclaré. “Nous atteignons des chiffres que nous n'avons jamais atteints auparavant”,  a-t-il ajouté, précisant que les alliés avaient décidé de consacrer 33, voire 40 milliards de dollars supplémentaires aux dépenses de défense.

Le président américain a également rencontré la chancelière allemande Angela Merkel en marge du sommet. “Nous avons une excellente réunion. Nous discutons des dépenses militaires, nous parlons de commerce. Nous avons une très, très bonne relation avec la chancelière. Nous entretenons d'excellentes relations avec l'Allemagne”, a déclaré le président américain à propos de cette rencontre. 

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