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Politique

Alliés ? Le sommet de l'OTAN promet d'être très corrosif

Les dirigeants des 29 pays membres de l’OTAN sont réunis à Bruxelles pour deux jours dans le cadre d’un sommet qui s’annonce très tendu. Le président américain Donald Trump a en effet adressé une série de tweets rageurs pour rappeler qu’un certain nombre d’États membres ne remplissaient pas leurs obligations en matière de défense.

Compte tenu de l’humeur de ces tweets, les alliés de l’Alliance redoutent que ce sommet ressemble beaucoup à celui du G7 au Canada, au cours duquel Donald Trump avait vilipendé ses homologues, les accusant d’imposer des droits de douane inéquitables aux dépens des États-Unis. 

Trump envisage un "remboursement"

Avant son départ, hier, Trump a rappelé qu’il avait une semaine chargée, en faisant également allusion à sa rencontre avec le président russe Vladimir Poutine le 16 juillet prochain : "Il y a l'Otan, il y a le Royaume-Uni [...] et il y a Poutine. Franchement, Poutine pourrait être le plus facile de tous. Qui l'aurait pensé…". Dans une série de tweets, le président américain a rappelé que beaucoup de membres de l’OTAN ne respectaient pas l’engagement de consacrer 2% de leur PIB à la défense, l’un des pré-requis de l’Organisation militaire. “Les pays de l'OTAN doivent payer PLUS, les États-Unis doivent payer moins. C'est vraiment injuste !”, a commenté Trump dans un tweet.

Mais le président américain est allé un peu plus loin cette fois-ci, suggérant peu avant son arrivée à Bruxelles, depuis son avion Air Force One, que les alliés qui ne respectaient pas leurs obligations devraient "rembourser les États-Unis".

"De nombreux pays de l'Otan, que nous sommes censés défendre, ne respectent non seulement pas leur engagement de 2 % (qui est faible), mais sont défaillants depuis des années, en effectuant pas leurs paiements. Vont-ils rembourser les États-Unis ?", a tweeté Trump.

Serait-ce le match de demi-finale de coupe du monde qui accaparait l’attention des décideurs européens ? A sa descente d’avion, le président américain a été accueilli par une petite délégation de diplomates, mais aucune grande figure européenne n’était présente.

“Cher président Trump: L'Amérique n'a pas, et n'aura pas un meilleur allié que l'Europe. Aujourd'hui, les Européens dépensent beaucoup plus pour la défense que la Russie et autant que la Chine. Et je pense que vous ne pouvez pas douter, Monsieur le Président, qu'il s'agit d'un investissement dans la défense et la sécurité commune des États-Unis et de l'Europe. Ce qui ne peut pas être dit avec certitude au sujet des dépenses russes ou chinoises”, a rétorqué dans un autre tweet le président du Conseil de l’Europe Donald Tusk.

Trump a raison

Dans le projet de communiqué, les alliés de l'OTAN réitèrent leur engagement à se rapprocher de l'objectif de 2% des dépenses d'ici 2024 et pour ce faire, ils promettent de travailler sur des “plans crédibles”. Mais les chiffres publiés mardi par l’OTAN elle-même montrent que Trump a raison.

Seuls quelques pays européens (le Royaume Uni, l'Estonie, la Grèce, la Lettonie) ont franchi le seuil de 2% de leur PIB respectif affectés à la défense. Même si les dépenses militaires du Canada et des alliés européens ont augmenté de 88 milliards de dollars depuis 2015, et qu’elles augmenteront encore de 3,8% cette année par rapport à 2017, certains pays restent désespérément loin du compte. C’est en particulier le cas de l’Allemagne, dont le niveau de dépenses, bien qu’en hausse, culmine actuellement à 1,24%.

Or, un rapport officiel publié au mois de février révélait qu’après des années de coupes budgétaires, l’armée allemande était dans un état “dramatique”, en raison de la vétusté des équipements, et des pénuries d’armement.

La Bundeswehr est dans un état "dramatique"

Il est apparu hier que lors d’un exercice conjoint mené par l’OTAN l’année dernière, les soldats de l’armée allemande ont utilisé des manches à balai peints en noir au lieu et place d’armes à feu en raison des graves pénuries d'équipement de la Bundeswehr. Cet exercice avait été organisé pour la force de réaction rapide de l'OTAN, crée dans le sillage de la crise ukrainienne, et qui est supposée être prête à être déployée partout où cela est nécessaire dans un délai très court.

De même, le mois dernier, des militaires allemands ont utilisé des camionnettes Mercedes ordinaires pour remplacer des véhicules de transport de troupes blindés pendant leur entraînement, en raison des pénuries d'équipement de l’armée allemande.

Cette situation vulnérabilise la chancelière allemande, qui doit essuyer les remarques acrimonieuses du président américain à ce sujet chaque fois que les deux dirigeants se rencontrent. L'Allemagne présente un excédent de compte courant depuis plusieurs années, ce qui tend à invalider toute potentielle justification de nature financière. 

Le secrétaire général de l'OTAN, Jens Stoltenberg, attend cependant beaucoup de ce sommet. Il estime que l'Europe devrait dépenser plus pour la défense, "non pour plaire aux États-Unis", mais parce que la situation géopolitique mondiale est plus incertaine que jamais. A cet égard, il souhaite que les questions de défense et de dissuasion soient réellement abordées à ce sommet. 

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