Les journaux britanniques titrent sur la fragilité du gouvernement de Theresa May après la démission de son ministre du Brexit

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Politique

Le gouvernement May ébranlé suite à la démission en rafale de 2 de ses poids-lourds

Au Royaume-Uni, le gouvernement britannique apparaît fragilisé après la démission de deux de ses ministres clés depuis ce week-end. Hier, c’est  Boris Johnson qui a démissionné de son poste de ministre des Affaires étrangères. Dimanche, c’était le ministre chargé du Brexit, David Davis, qui avait annoncé son départ.

Des commentateurs ont vivement critiqué la démission de Boris Johnson, dans laquelle ils voient une tentative pour se positionner comme le futur Premier ministre du pays. C’est le cas de Ian Birrel, l’ex-rédacteur de discours de l’ancien Premier ministre britannique David Cameron : “Gardez à l’esprit que cet homme, qui revendique une telle passion pour sa nation, a démissionné de son poste de ministre aux Affaires étrangères à la suite d'une attaque neurologique qui a tué une citoyenne britannique, et quelques jours avant un sommet sur l'OTAN susceptible de menacer la sécurité de notre continent”.

Le plus gros défi du gouvernement May

La démission des deux poids-lourds du gouvernement est la plus grosse tempête que le gouvernement May ait eu à traverser. Elle fait suite à la présentation, lors d’une réunion à Chequers, la résidence de la Première ministre, d’un plan pour un “Soft Brexit”, prévoyant le maintien de certaines relations économiques avec l’UE après le départ du Royaume-Uni de celle-ci. 

“C’est le bon Brexit pour quitter l’Union européenne le 29 mars 2019, la fin totale de la liberté de circulation, nous reprenons le contrôle de nos frontières, la fin de la prééminence de la juridiction européenne sur le Royaume-uni, la réinstauration de la suprématie des tribunaux britanniques”, avait déclaré Theresa May dans un discours donné à la Chambre des Communes.

Un plan pour un "soft Brexit"

Le projet de Brexit de May permet d'éviter le retour d'une frontière physique entre l'Irlande et l'Irlande du Nord, une question qui a été le plus gros point d'achoppement au cours des négociations. Il s’articule autour de 4 principes :

  • La stabilité financière, en particulier pour les échanges bancaires
  • Une souplesse dans le domaine des services
  • Le retour des contrôles dans la circulation des personnes, qui permettra au pays de contrôler son immigration.  
  • La mise en place d’une zone de libre-échange avec l’UE, assortie d’un nouveau système douanier, afin de maintenir un commerce "sans friction" avec l’Europe. 

C’est précisément ce dernier point, qui aligne le Royaume-Uni sur les règles de l’UE, qui a mis le feu aux poudres. Les tenants d’un “hard brexit” y voient une trahison à l’égard des millions de Britanniques qui ont voté en faveur du Brexit.

Un "statut de colonie"

“Il est maintenant clair que nous sommes sur la voie d’une signature pour une adhésion associée à l'UE, un arrangement plus souple et renégocié, plutôt qu'une véritable rupture. C'est le genre d’accord que, dans ses rêves, David Cameron aurait voulu obtenir pour nous empêcher de quitter l’UE, si les Allemands avaient été plus ouverts ; ce sera le plus limité de tous les Brexits possibles”, déplore le quotidien britannique The Daily Telegraph, dans un article d’opinion intitulé “Ce weekend était celui au cours duquel le rêve du Brexit est mort”.

Dans sa lettre de démission, Johnson estime que le Royaume-Uni se dirigera “vers un statut de colonie” si le projet de Brexit de Theresa May est implémenté. “Le rêve [du Brexit] se meurt, étouffé par des doutes inutiles”, écrit-il.

David Davis, en revanche, est parti assez discrètement, expliquant qu'il ne pouvait défendre un plan qu'il ne soutenait pas. Lundi, son portefeuille a été repris par Dominic Raab, jusqu’alors secrétaire d'État chargé du Logement, puis May a remplacé Johnson avec Jeremy Hunt, le ministre de la Santé, un partisan loyal.

Sa nomination signifie que les quatre plus gros maroquins du gouvernement britannique, à savoir le poste de Premier ministre, et ceux du ministre de l’Intérieur, des Affaires étrangères et des Finances, sont désormais occupés par d'anciens tenants du maintien du Royaume-Uni au sein de l’UE. 

May n'est pas (encore) réellement menacée

Néanmoins, May elle-même ne semble pas menacée pour l’instant par cette nouvelle crise, parce qu’aucun candidat apte à la remplace n’a réellement émergé pour l’instant. Johnson convoîte de toute évidence son poste, mais il manque de soutien. Mais cet état de choses pourrait changer, estime Ben Roback de la firme de consultance Cicero Group :

“Les démissions d'aujourd'hui ont montré que Theresa May est vulnérable, mais la question n’est plus de savoir sur qui les “Brexiteers” [les tenants du Brexit] vont frapper, mais quand ils vont le faire. Leur pire option serait de tenter et d’échouer à destituer May, qui est la seule à proposer une solution au Brexit. Mais les Brexiteers, comme Johnson, Davis et l'European Research Group, sont maintenant rassemblés dans l’opposition au Parlement et pourraient commencer à préparer leur propre plan pour le Brexit, ainsi que la chute prochaine de May”.

Le leader de l’opposition, Jeremy Corbyn, n’a pas manqué cette opportunité pour critiquer une nouvelle fois l’administration May et sa gestion du Brexit : “[Le gouvernement de May] doit se ressaisir, et le faire rapidement. Et s’il n’y parvient pas, il doit laisser la place à ceux qui pourraient le faire”.

Un nouveau sondage de Sky News montre que seulement 22 % des Britanniques font confiance à May pour gérer les négociations sur le Brexit, contre 54 % en mars 2017, la dernière fois qu’on leur avait posé la même question. Néanmoins, il est également possible qu’ils  fassent encore moins confiance aux projets concurrents à celui de May. 

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