Une porte-parole pour Spotify

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Politique

Pourquoi les firmes de la tech européennes ne sont pas aussi grosses que les américaines ou les chinoises ?

Même  si l'Europe héberge quelques startups technologiques qui ont réussi à s’imposer sur leur marché, comme en témoignent les récentes introductions en bourse de Spotify et Adyen, le Vieux Continent accuse un retard alarmant dans le domaine de la technologie, par rapport à ses concurrents américains et asiatiques.

La valorisation cumulée des entreprises technologiques américaines créées depuis le début de ce millénaire atteint près de 1400 milliards de dollars (environ 1200 milliards d’euros). Celle des firmes des tech asiatiques équivaut à 675 milliards de dollars (environ 574 milliards d’euros). Par comparaison, les la valorisation cumulée des entreprises européennes des tech n’atteint que 240 milliards de dollars (environ 204 milliards d’euros). Telles sont les conclusions d’un rapport de la société de recherche GP Bullhound.

Des écarts de taille

Les capitalisation des deux entreprises technologiques européennes les plus prometteuses, la Suédoise Spotify, qui propose du streaming musical, et l’Allemande Zalando, qui anime un site de e-commerce de prêt-à-porter, n’atteint “que” 42 milliards de dollars (environ 36 milliards d’euros), alors que celle de Facebook culmine  550 milliards de dollars (environ 468 milliards d’euros) et celle de la géante chinoise Alibaba, à 480 milliards de dollars (environ 408 milliards d’euros).

Ces écarts sont d’autant plus remarquables, que l’économie de l’Europe est comparable en taille à celles des Etats-Unis et de la Chine. Ce n’est pas non plus un problème de qualifications : les universités et grandes écoles européennes sont réputées, et des forment des armées de mathématiciens, ingénieurs et programmeurs.

Des levées de capitaux plus modestes

Comment expliquer ce retard, alors ? Selon le magazine Quartz, c’est une question de financement. Manish Madhvani managing partner chez GP Bullhound, explique que les grosses levées de capitaux permettent aux startups de se doter immédiatement de toutes les structures et les investissements dont elles ont besoin pour assurer leur croissance et conserver leur élan. Mais en Europe, cette collecte d’argent semble plus difficile, et les tours de table sont bien plus modestes qu’outre Atlantique, ou dans l’Empire du Milieu. Ainsi, les startups américaines et asiatiques créées depuis l’année 2000 ont levé en moyenne 7,3 milliards de dollars (environ 6,2 milliards d’euros), contre 1,6 milliard de dollars (environ 1,4 milliard d’euros) pour leurs homologues européennes.

Une culture du soutien à la Silicon Valley quasi-inexistante en Europe

La culture entrepreneuriale de la Silicon Valley apporte une autre partie de l’explication. Les fondateurs de startup peuvent y compter sur le soutien de mentors, et bénéficier des conseils de professionnels expérimentés du secteur de la technologie.

Cette mentalité ne se retrouve pas en Europe traditionnellement, mais cet état de choses est en train de changer. Des efforts importants sont déployés à Londres et à Paris pour développer une communauté. Taina, une startup qui propose des logiciels pour se conformer aux réglementations et aux règles fiscales, a été hébergée par Level39, une pépinière fondée dans le quartier londonien de Canary Wharf à Londres, où elle a bénéficié de l’appui et du soutien d’une communauté d’entreprises technologiques.

Ce mouvement pourrait s’amplifier avec la multiplication des “licornes” en Europe, ces entreprises qui atteignent le seuil d’un milliard de dollars de valorisation (environ 850 millions d’euros). Actuellement, on en recense 69 en Europe.

L'intéressement des salariés

Selon la société de capital-risque Index Ventures, la capacité des entreprises à rétribuer leurs employés avec des stock-options est aussi déterminante, parce qu’elle permet de susciter leur motivation. Elle affirme que c’est d’ailleurs l’une des clés de la réussite de la Silicon Valley.

Mais là encore, cette culture est bien moins développée en Europe. “Cela ne fait pas partie de notre culture. Lors des entretiens de recrutement, les candidats à Paris nous posent des questions sur les chèques restaurant, pas sur les stock-options”, témoigne Jean-Baptiste Rudelle, PDG de Criteo, une plateforme publicitaire fondée à Paris.

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