Le chancelier autrichien Sebastian Kurz et le Ministre de l'Intérieur allemand Horst Seehofer

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Politique

La politique européenne d'immigration ressemble maintenant au jeu de la patate chaude

Finalement, il n’y aura pas de centres de transit en Allemagne pour traiter les demandes des demandeurs d’asile entrant dans le pays, mais un “processus de transit dans les centres de police”. C’est ce qu'ont convenu les différents partis qui forment la coalition au pouvoir en Allemagne. Parallèlement, le ministre de l’Intérieur allemand s’est rendu en Autriche pour rassurer le chancelier autrichien Sebastian Kurz sur les intentions de l’Allemagne en matière d’immigration.

Lundi, après une longue discussion, la chancelière allemande Angela Merkel et son ministre de l’Intérieur, Horst Seehofer, sont parvenus à trouver un compromis sur la politique d'immigration. Selon des sources proches des discussions, ce compromis prévoyait la création de centres de transit fermés pour les demandeurs d'asile, établis dans la zone frontalière, une idée de Seehofer. Les demandes d'asile des migrants y seraient traitées d'urgence, et ceux qui seraient déboutés seraient immédiatement refoulés aux frontières du pays.

Le SPD a donné son accord... à un nouvel accord

Restait à obtenir l’accord du troisième membre de la coalition au pouvoir en Allemagne, le SPD, le parti socialiste allemand. C’est maintenant chose faite, mais les termes de l’accord ont été modifiés :

  • L’Allemagne continuera de se conformer à la politique européenne, et plus spécifiquement à l’accord de Dublin, pour le traitement des demandes d’asile. Il n’y aura donc pas d’action unilatérale.
  • En conséquence, le pays n’ouvrira pas de centres de transit pour traiter les demandes d’asile. En revanche, il mettra en place des “processus de transit dans les centres de police”, pour accélérer le traitement des demandes d’asile.
  • S’il n’est pas possible de mener les migrants dans une “zone de transit” de l’aéroport de Munich, la police fédérale allemande accueillera les migrants dans ses locaux le long de la frontière allemande.

Ainsi, la menace d’implosion qui pesait sur la coalition qui gouverne l’Allemagne est levée.

Seehofer a rencontré le chancelier autrichien Sebastian Kurz

De son côté, Seehofer a rencontré jeudi le chancelier autrichien Sebastian Kurz pour discuter de la question de la migration. Kurz avait fait part de ses inquiétudes concernant le projet de Seehofer d’ouvrir des centres de transit le long de la frontière.

Comme son ministre de l'Intérieur, Herbert Kickl, il redoutait que les migrants qui s’étaient vu refuser l’entrée en Allemagne n’arrivent en masse en Autriche. Le chancelier autrichien avait répliqué à ce projet en menaçant de fermer sa frontière avec l'Italie et la Slovénie pour maintenir les migrants à l'extérieur du pays, ce qui aurait mis fin à la liberté de mouvement conférée par l’espace Schengen.

Mais Seehofer l’a rassuré : “Ni maintenant, ni à l'avenir, nous ne rendrons l'Autriche responsable des obligations de l'Italie et de la Grèce. Cela n’était pas mon intention aujourd'hui, et ne le sera pas plus à l’avenir.

Les deux hommes ont néanmoins exprimé leur volonté de fermer la route dite du sud afin de limiter l'arrivée des migrants et des réfugiés en Europe du Nord depuis la Méditerranée.

Une réunion des ministres de l'Intérieur de l'Allemagne, l'Autriche et l'Italie

La semaine prochaine, en marge d’une réunion rassemblant tous les ministres de l'Intérieur de l'Union européenne, Seehofer rencontrera Kickl et leur homologue italien Matteo Salvini dans la ville autrichienne d’Innsbruck avec pour objectif “d’établir des mesures pour fermer la route méditerranéenne”.

Le ministre allemand de l'Intérieur a admis que Berlin n'avait pas encore conclu d'accords avec les pays de l'UE qui seraient tenus de reprendre les migrants qui se verront refuser l'asile en Allemagne. Il prévoit que cela devrait donner lieu à des “négociations difficiles”.

Kurz voyait très probablement à quoi il faisait allusion. Ce mardi, il a reçu le Premier ministre hongrois Viktor Orban, qui a réitéré  que “l’immigration était le plus grand danger aujourd'hui pour l'avenir prometteur de l'Europe centrale”. Les deux hommes ont convenu que la politique européenne en matière d’immigration “ne fonctionne pas” et qu’il était nécessaire de la modifier. “Nous devons stopper l'immigration clandestine afin d'assurer la sécurité en Europe. Je suis heureux qu'il y ait eu un changement de mentalité dans de nombreux pays européens ces dernières années”, a déclaré Kurz.

Jeudi, Orban a rencontré la chancelière allemande, et a rejeté sans détour l'idée que son pays soit obligé de reprendre les migrants provenant d'Allemagne. La chancelière lui a rappelé que les personnes cherchant refuge devaient toujours être traitées avec humanité : “Nous devons toujours nous souvenir et ne jamais oublier que cela concerne des êtres humains”, a-t-elle dit. Orban lui a rétorqué “qu'il était plus humain de supprimer les incitations pour les réfugiés à venir en Europe en fermant les frontières”.

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