Un travailleur programme un robot avec une tablette

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Economie

"Les géants de la tech sont responsables de la stagnation mondiale des salaires", selon l'OCDE

Les géants des technologies sont partiellement responsables de la stagnation des salaires des travailleurs, affirme l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Ses études montrent que la croissance des salaires ne suit pas le rythme de la croissance de la productivité dans de nombreux pays.

Ces firmes “superstars” ont en effet bénéficié d’une croissance de leur productivité beaucoup plus élevée que les autres entreprises, mais elles en ont moins partagé les fruits avec leurs employés. Dans ces entreprises, on note que le partage des bénéfices a relativement moins profité à la main d’oeuvre que dans les autres sociétés, parce qu'elles “investissent massivement dans des technologies à forte intensité de capital”, indique l'OCDE.

Le lien entre croissance de la productivité et croissance des salaires est rompu

En conséquence, elles ont brisé le rapport traditionnel existant dans de nombreux pays entre la croissance de la productivité et celle des salaires. La part réservée aux rémunérations des travailleurs lors de la répartition des bénéfices s’est effondrée dans les pays où ces entreprises dominent le marché. En effet, dans ces firmes, les salaires n’ont pas augmenté au rythme de l’accroissement de la productivité, mais ils ont suivi les taux de croissance des autres firmes, dont la productivité a peu évolué.

Ainsi, les pays qui ont connu un ralentissement des hausses de salaires sont aussi ceux dans lesquels les “superstars” des tech' ont amassé des gains de trésorerie colossaux, en mettant en oeuvre une quantité relativement élevée de technologie et moins de travailleurs que la moyenne.

Une course à la suprématie mondiale qui risque d'avoir des conséquences néfastes à terme

L’autre mauvaise nouvelle, c’est que cela s’est produit parce que ces géants technologiques investissent massivement pour capter de nouvelles parts de marché qui renforcent leur suprématie. A terme, cela induit un autre risque: que ces firmes adoptent des pratiques anti-concurrentielles à travers une politique de prix agressive pour évincer leurs rivaux, ou en rachetant leurs concurrents.

Les salariés les plus qualifiés ont été relativement épargnés

En moyenne, la croissance des salaires dans les 35 pays de l'OCDE (après prise en compte de l'inflation) a été quasiment divisée par 2 depuis la crise financière, passant de 2,2 % en 2008 à 1,2 %

Néanmoins, cette moyenne cache des progressions différentes. Les salaires des 1 % des salariés les mieux rémunérés ont augmenté beaucoup plus vite que ceux des salariés à temps plein médians, en raison de l’évolution de la demande de compétences.

Les professionnels ayant des compétences “hautement cognitives, complexes et capables de résoudre les problèmes” ou disposant d’un talent en “intelligence sociale, capables de persuader, de négocier et de prendre soin des autres ont largement bénéficié d’augmentation de salaires, en raison de leur relative rareté, explique l’OCDE. Ils ont été beaucoup moins affectés par les effets de l’évolution technologique que les autres catégories de travailleurs.

Les pays relativement épargnés... et les perdants

Au quatrième trimestre de 2017, les deux seuls pays de l'OCDE affichant une croissance des salaires supérieure à la moyenne étaient le Canada et la France. De l'autre côté du spectre, l'Espagne, l'Italie et l'Australie ont tous assisté à une baisse des revenus.

L'OCDE recommande d’accorder une représentation syndicale plus forte aux salariés pour leur permettre de mieux défendre leurs conditions salariales et de consacrer plus d’efforts à l’amélioration de leurs compétences et de leur formation.

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