Une cliente d'un magasin Tesco de Londres

© EPA

Economie

Les géants européens de la grande distribution s'allient pour contrer Aldi, Lidl... et Amazon

Le français Carrefour et le britannique Tesco ont annoncé qu’ils envisageaient un “partenariat stratégique” pour unifier leurs bases d’achats respectives afin d’améliorer leurs conditions auprès des fournisseurs, et d’offrir des prix plus bas et une meilleure qualité à leurs clients.

Carrefour est le plus gros distributeur d’Europe, avec 12300 magasins dans plus de 30 pays, et 375 000 employés à travers le monde. De son côté, Tesco est le plus gros distributeur du Royaume-Uni, avec 6809 magasins à travers le monde, et 440 000 employés. 

Mutualiser les achats des marques de distributeurs

Les deux géants de la grande distribution veulent unir leurs forces de frappe et mutualiser les achats qui concernent leurs marques de distributeurs, ce qui impliquent qu’ils partageront les mêmes gammes de produits. Par ailleurs, ils veulent combiner leurs capacités respectives pour offrir une base élargie aux grandes marques dans le cadre de leur campagnes de promotion et de publicité.

Selon les analystes de Jefferies qui évaluent à 90 milliards d’euros le volant d’achats concernés par cet accord, l’alliance des deux chaînes pourrait leur permettre de réaliser près de 430 millions d’euros d’économies.

Alors qu’elles représentent près de la moitié de l’offre de Tesco, les marques distributeur ne représentent que 25 % de l’activité de Carrefour. Mais ce dernier espère que ce partenariat portera cette proportion à 33 %.

Casino, Auchan et Métro

Vendredi dernier, deux autres enseignes françaises de la grande distribution, Casino et Auchan, ont annoncé qu’elles s’étaient associées de manière similaire à l'allemand Metro qui exploite des cash and carry et la chaîne de supermarchés Real. 

Par ailleurs, depuis le début de cette année, Carrefour a signé deux autres partenariats d’ampleur avec le Chinois Tencent et l’Américain Google pour développer ses ventes de commerce électronique. Depuis 6 mois, le distributeur s’est lancé dans un vaste plan de restructuration. En avril, il a annoncé une baisse de 2,4 % de son chiffre d'affaires pour le premier trimestre, et l’a justifiée par des pertes de change, des marchés globalement moins porteurs et la forte pression concurrentielle.

Lidl, Aldi... et Amazon

Le secteur de l'alimentation traverse actuellement une période de forte évolution. Les grandes chaînes de supermarchés traditionnels sont de plus en plus confrontées à la concurrence croissante des chaînes d’épicerie discount Lidl et Aldi au cours des dernières années. Selon Euromonitor International, Carrefour et Tesco cumuleront 8 % du marché de l'alimentaire en Europe de l'Ouest, devant le propriétaire de Lidl, qui en détient 6 % et le groupe Aldi, qui en détient 5 %.

Et maintenant, c’est le géant du commerce électronique qui a débuté des incursions sur leurs chasses gardées, et qui menace de plus en plus d’y prendre fermement position. 

L'année dernière, Amazon a acquis la chaîne d’épicerie haut de gamme américaine Whole Foods. Au Royaume-Uni, le géant propose déjà toute une gamme de produits alimentaires par le biais de son service Amazon Fresh, même s’il ne dessert actuellement que Londres et sa banlieue, et certaines parties du Sud-Est de l’Angleterre. Au printemps, il a annoncé qu’elle envisageait de lancer ce service à Paris. 

Amazon, le tueur de grandes surfaces ?

Il y a deux ans, Jacques-Antoine Granjon, PDG du site de commerce électronique Vente-privée.com, avait prédit qu'Amazon allait éliminer les grands acteurs de la grande distribution : "Aujourd’hui, je me rends compte qu'Amazon va tuer les distributeurs. Oh, pas demain, pas dans dix ans, mais à terme, tous les grands groupes qui aujourd’hui font de la distribution classique, vont mourir". Il expliquait qu'Amazon réalise des pertes avec la vente en ligne, mais que celles-ci sont de plus en plus compensées avec les recettes liées aux services de “Cloud”. “Si une entreprise de la distribution veut faire du dumping contre Amazon, ils ont 5% ou 6% de marge, ils ne peuvent pas le faire très longtemps”, analyse-t-il. 

Sur le même sujet :