Des voitures allemandes en passe d'être chargées sur un cargo pour être exportées

© EPA-EFE/Fock Strangmann

Economie

La Commission européenne aux États-Unis : "L'impact négatif des droits de douane ? Ce sera surtout pour vous"

La Commission européenne a averti les États-Unis que l'imposition de droits de douane sur les voitures européennes “serait préjudiciable d'abord et avant tout à l'économie américaine”. L’Institution répondait à une consultation de Washington, qui lui demande de commenter la possibilité que les États-Unis appliquent des droits de douane supplémentaires de 20 % sur les voitures et les pièces détachées automobiles.

La réponse de 11 pages de l’UE, dont Politico a eu communication, a été adressée à l’U.S. Commerce Department’s Bureau of Industry and Security vendredi. Elle explique que l'analyse interne de l’UE “montre que des droits à l’importations supplémentaires de 25 %, appliqués aux automobiles et aux pièces automobiles, auraient un impact négatif sur le PIB américain de l’ordre de 13-14 milliards de dollars (environ 11-12 milliards d’euros), et que le solde du compte courant des États-Unis ne serait pas affectée positivement.”

Les pièces détachées

Les eurocrates précisent ensuite que les constructeurs automobiles européens ont produit 2,9 millions de voitures aux États-Unis l'année dernière, ce qui représente 26 % de la production américaine de voitures. Même lorsque l’on ne prend pas en compte Chrysler (et la Commission rappelle à son propos que ce dernier, l'un des trois grands fabricants américains traditionnels, désormais détenu par une société européenne - leur production aux États-Unis représente 16 % de la production automobile américaine, soit 1,8 million de véhicules.

Ces constructeurs aux États-Unis ont besoin de pièces, qu'ils importent souvent, ce qui rendrait les voitures plus chères. C'est aussi ce que veut Donald Trump, mais le problème, c'est que cela pourrait se répercuter sur les emplois basés aux États-Unis.

Les mesures de rétorsion des autres partenaires commerciaux des États-Unis

De plus, “les entreprises basées aux États-Unis exportent une part importante de leur production, contribuant ainsi à améliorer la balance commerciale américaine de manière significative, ce qui est une priorité pour l'administration”, peut-on lire dans le document. “Environ 60 % des automobiles produites aux États-Unis par des sociétés détenues exclusivement par l’UE sont exportées vers des pays tiers, y compris l’UE. Les mesures qui nuiraient à ces entreprises seraient contre-productives et elles affaibliraient l'économie américaine”.

L’UE ajoute que cet impact serait considérablement aggravé par les mesures de rétorsion que les autres partenaires commerciaux des États-Unis pourraient prendre, qui seraient susceptibles d’affecter un volume important du commerce”. La Commission estime que ce préjudice pourrait atteindre la somme astronomique de 294 milliards de dollars (environ 252 milliards d’euros), soit près de 19 % des exportations américaines de 2017. “Cela amplifierait encore l'effet négatif sur le PIB”, conclut l’Institution. 

Juncker part à Washington prêcher la bonne parole

En pratique, personne à Bruxelles ne s'attend à ce que Trump soit sensible à ces arguments. Dans une interview donnée à Fow News dimanche, ce dernier a déclaré que “L'Union européenne était peut-être aussi mauvaise que la Chine, mais plus petite”. “Ils nous envoient une Mercedes, nous ne pouvons pas leur envoyer nos voitures. Regardez ce qu'ils font à nos agriculteurs. Ils ne veulent pas de nos produits agricoles. Maintenant, soyons justes, ils ont leurs agriculteurs ... Mais nous ne protégeons pas les nôtres et ils protègent les leurs”, a-t-il ajouté.

Le président de la Commission, Jean-Claude Juncker, a cependant indiqué qu’il se rendrait bientôt à Washington. “Je présenterai ce que j'ai dit à M. Trump lors du Sommet du G7 au Canada. A savoir : lorsque l’on prend tout en compte - le commerce de biens, les bénéfices réalisés par les multinationales américaines en Europe et les services - alors l'équilibre est totalement différent, parce que nous nous retrouvons en déficit, contrairement à nos amis américains.”

Les constructeurs se tiennent prêts

Quant au secteur automobile, déjà affecté négativement par le ralentissement de la mondialisation, il se montre pragmatique. Habitués depuis longtemps à expédier des véhicules dans le monde entier, les constructeurs automobiles élaborent déjà de nouvelles stratégies pour échapper à ces nouveaux droits de douane. “Soyons clairs. Lorsque c’est raisonnable de localiser [la production], nous le faisons, sans hésitation”, a déclaré Oliver Blume, CEO de Porsche et responsable de la production au groupe Volkswagen (VW). Il explique qu’avec ses 122 usines installées tout autour du monde, le groupe VW bénéficie “d’un maximum de flexibilité et de la capacité de s'adapter à l'évolution des besoins et des exigences”.

“La triste vérité, c’est que si vous imposez des droits de douane, la production se déplacera [pour les éviter]. Si la tendance nationaliste se poursuit, le résultat inévitable sera qu’il y aura plus de production sur le lieu de vente de la voiture, parce que c’est le seul moyen d’éviter les droits de douane”, résume Arndt Ellinghorst, un expert du secteur automobile chez Evercore ISI.

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