Le président américain Donald Trump s'éloigne

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Politique

"Washington planche sur un projet de loi qui aboutirait à sortir les États-Unis de l'OMC"

Vendredi, des rumeurs avaient affirmé que le président américain Donald Trump avait l’intention de retirer les États-Unis de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC). Le principal intéressé a toutefois réfuté ces rumeurs le même jour. Cependant, le site politique américain Axios s’est procuré un document qui semble indiquer que le gouvernement américain envisage tout de même cette hypothèse.

Axios s’est procuré le brouillon d'un projet de loi stupéfiant impliquant l’abandon par les États-Unis de deux règles fondamentales de l'Organisation mondiale du commerce.

Deux règles fondamentales de l'OMC

Le projet de loi, intitulé “United States Fair and Reciprocal Tariff Act” (‘Loi sur le tarif équitable et réciproque des États-Unis’), remettrait en cause les deux principes fondamentaux de l’OMC : 

  • celui qui édicte que les pays ne peuvent fixer des droits de douane différents pour différents pays en dehors des accords de libre-échange;
  • celui des "Taux de droits consolidés", c’est à dire les droits de douane maximum que chaque pays membre de l'OMC s’est engagé à respecter.

Un tel projet de loi donnerait toute liberté au gouvernement américain pour fixer les droits de douane à sa guise, sans que cela nécessite le consentement du Congrès, et sans se conformer systématiquement aux règles internationales. Il mettrait fin au multilatéralisme inhérent à l’adhésion aux règles de l’OMC, et donnerait à l’administration Trump le pouvoir exclusif de négocier des accords bilatéraux  avec n'importe quel pays.

Un projet de loi "dingue" et "irréaliste" ?

"Cela reviendrait à tourner le dos à l'OMC et à nos engagements auprès de cette Organisation, sans notifier véritablement ce retrait", commente une source proche de ce projet de loi, dont Axios a préféré taire la provenance. Mais selon cette même personne, il est très improbable que le Congrès valide ce projet de loi, qu’elle qualifie elle-même de “dingue”. “Ce n'est pas faisable à la frontière”, étant donné que cela susciterait probablement la création de dizaines de milliers de nouveaux taux de droits douane sur les produits. “Cela nous exclurait complètement de l'ensemble des règles commerciales mondiales”, ajoute la source.

L’équipe de Trump plancherait sur ce projet de loi depuis la fin du mois de mai, et la plupart des officiels impliqués dans la rédaction du texte s’y opposent, estimant qu’il est irréaliste, à l'exception de Peter Navarro, le conseiller au commerce extérieur.  Vendredi, le même site avait affirmé que Trump avait affirmé à plusieurs reprises vouloir retirer les États-Unis de l'OMC. Ses conseillers y voyaient plus l’expression d’une frustration que d’une réelle intention politique. Le même jour, Trump a réfuté les allégations d’Axios, mais il aurait dit plusieurs fois à ses collaborateurs qu’il estimait que l’OMC était “terriblement injuste” à l’égard des États-Unis, et qu’il voulait affranchir le pays de cette Institution.

La croisade de démolition de l’ordre du Monde issu de l’après-guerre se poursuit

Après avoir dénoncé l’accord sur le climat de Paris, celui sur le partenariat transpacifique, et celui sur le nucléaire iranien, Trump poursuit donc sa croisade de démolition de l’ordre du Monde issu de l’après-guerre, par la remise en cause des grandes organisations internationales qui en constituent le coeur. Le président américain n’a jamais caché son scepticisme à l’égard de ces grandes institutions : l’OTAN, l’UE, l’ONU, l’OMC, ou encore le G7.

Le 19 juin dernier, le président a claqué la porte du Conseil des droits de l’homme (CDH), un organe de l’ONU. Au mois de décembre, il avait déjà procédé au retrait de l’Unesco. La semaine dernière, le président américain a adressé une lettre comminatoire à 10 pays de l’OTAN, dont la Belgique, pour les enjoindre à respecter leur engagement de consacrer 2 % de leur PIB aux dépenses militaires de l’Organisation. “Il devient de plus en plus difficile de justifier aux citoyens américains pourquoi certains pays ne partagent pas la sécurité collective de l’OTAN. J'attends donc un réengagement fort de votre pays pour atteindre les objectifs que nous nous sommes fixés”, écrit le président américain.

Ce dernier doit rencontrer son homologue russe Vladimir Poutine le 16 juillet prochain, et certains pays de l’UE, dont la Pologne, manifestent de l’inquiétude à cet égard. Ils redoutent que Poutine n’obtienne de Washington la remise en question les bases militaires américaines établies sur leur territoire.

L'UE aussi dans la ligne de mire

Quant à l’UE, Trump n’avait pas caché ses sentiments à son égard lorsque le président français Emmanuel Macron avait tenté de définir avec lui une stratégie commune pour trouver une solution aux difficultés rencontrées par les entreprises de France et des Etats-Unis dans le cadre de leurs relations commerciales avec la Chine. L’UE est “pire que la Chine”, avait rétorqué le président américain.

Au début de ce mois, il aurait également menacé de “chasser les constructeurs automobiles allemands jusqu’à ce qu’il n’y ait plus de Mercedes Benz sur la 5e Avenue de New-York”, selon le magazine allemand Wirtschaftswoche. De même, Wahington a ouvert une enquête commerciale sur les importations de véhicules, qui pourrait se solder par l’application de droits de douane de 25 % en vertu de la section 232 du Trade Expansion Act de 1962, qui permet de restreindre les importations de biens lorsque ceux-ci sont jugés préjudiciables à la sécurité nationale.

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