Temple de Yakchunsa dans l’île de Jeju

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Politique

Les réfugiés Yéménites affluent sur cette île sud-coréenne, mais les Sud-Coréens n'en veulent pas

L’île de Jeju, une île sud-coréenne située au sud de la péninsule coréenne, a vu arriver les arrivées de migrant se multiplier récemment. Des centaines de réfugiés yéménites fuyant la guerre dans leur pays profitent de la facilité d’obtention du visa pour s’y rendre. Mais les Sud-Coréens s’inquiètent de leur capacité à s’intégrer dans le pays, et ont manifesté leur désapprobation.

L’île de Jeju, peuplée d’environ 600 000 habitants, était jusqu’ici surtout connue pour ses activités touristiques, mais la rumeur selon laquelle elle était accessible sans visa de tourisme s’est répandue. L’île est rapidement devenue une destination de choix pour les Yéménites fuyant les atrocités dans leur pays. L’année dernière, seulement 312 personnes avaient demandé le statut de réfugié à Jeju, mais cette année, ce nombre a explosé. Cette forte hausse vient de l’ouverture d’une liaison aérienne directe à destination de Jeju depuis Kuala Lumpur, offerte par une compagnie aérienne low-cost. Or, Kuala Lumpur permet aussi aux Yéménites de s’y rendre en qualité de touristes sans requérir de visa à l’avance.

Après leur arrivée à Jeju, beaucoup espéraient qu’ils pourraient ensuite se rendre à Séoul pour y réclamer l’asile. Mais les autorités sud-coréennes ne l’ont pas entendu de cette oreille. Elles ont empêché les Yéménites de quitter l’île. Désormais, près de 500 d'entre eux, dont une majorité d’hommes, mais aussi quelques familles, se retrouvent bloqués sur l’île, sans possibilité de retourner chez eux, ou d’aller ailleurs.

Les Sud-Coréens manifestent

En effet, la Corée du Sud ne compte pas parmi les pays les plus accueillants pour les migrants. L’arrivée “massive” de Yéménites a suscité l’inquiétude dans le pays, et à la fin du mois de mai, des manifestations ont été organisées pour protester contre cette vague d’immigration. Les manifestants dénoncent l’abus de l’exemption de visa pour entrer illégalement sur le territoire du pays. Une pétition en ligne sur le site officiel de la Maison Bleue (le gouvernement sud-coréen), exigeant l’arrêt de l’admission des réfugiés a recueilli plus de 380 000 signatures, ce qui implique que le gouvernement devra lui donner une suite dans les 30 jours.

Dans le cadre du programme d’exemption de visa de Jeju, les visiteurs étrangers sont autorisés à rester jusqu'à un mois. Mais ceux qui réclament le statut de réfugié entament une procédure juridique qui peut prendre plusieurs années.

L'inquiétude suscitée par les musulmans

De nombreux Sud-coréens considèrent les règles d'immigration actuelles comme laxistes et dangereuses pour leur société. Beaucoup soupçonnent ces migrants d’être des migrants économiques attirés par les bons salaires et le système social plus généreux du pays. Dans les sondages, 49 % des Sud-Coréens estiment qu’il faudrait renvoyer les réfugiés yéménites dans leur pays. Ils ne sont “que” 39 % à penser qu’ils devraient être autorisés à rester en Corée du Sud.

“Nous avons tous eu vent des problèmes que les immigrés ont causé en Europe - en Allemagne et en France en particulier - et nous ne voulons pas que cela se produise ici. Et nous sommes inquiets à cause de leur religion. Nous n'avons jamais eu de contact avec des musulmans, mais nous savons qu'ils ont tous de grandes familles et qu'ils apportent leur propre culture au lieu d'essayer de s'adapter aux endroits où ils vivent, donc les gens pensent qu'ils auraient dû solliciter l’asile dans d'autres pays musulmans”, explique Hank Kim, propriétaire d’une agence de voyage.

L'année dernière, 9 942 ressortissants étrangers ont sollicité l'asile en Corée du Sud, et 3 264 ont été déboutés de leur demande. Les autorités sud-coréennes prévoient de devoir traiter plus de 18 000 demandes cette année.

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