une Turque brandit un drapeau de la Turquie à l'effigie d'Erdogan

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Politique

Erdogan réélu, que faut-il en attendre ?

En Turquie, le président Recep Tayyip Erdogan a remporté les élections présidentielles anticipées, avec 53% des suffrages. La participation s'est élevée à 87%. Néanmoins, l’AKP, le parti d’Erdogan, n’a pas obtenu la majorité, et devra sans doute tenir compte des vues d’un parti ultranationaliste.

Selon les résultats préliminaires (le résultat final sera publié début juillet, mais devrait peu varier), le parti d’Erdogan, Parti pour la justice et le développement (AKP), n'a remporté que 42,6% des voix, soit 7% de moins qu’en 2015. Mais l’AKP s’est allié au Parti du Mouvement Nationaliste (MHP), un groupe d'extrême droite mené par l'ancien ministre de l'Intérieur Meral Akşener, quasiment inconnu avant les élections, mais qui a réussi à rafler 11% des votes. Sans ce résultat inattendu du MHP, Erdoğan aurait perdu le contrôle du parlement.

Tout porte à croire qu’avec un tel allié, dont il est devenu dépendant, sa rhétorique anti-occidentale devrait se durcir, comme son attitude à l’égard des velléités d’indépendance des Kurdes. L’élection d’Erdogan doit également réjouir le président russe Vladimir Poutine, dont le président turc s’était rapproché récemment. 

Les médias dans la poche d'Erdogan

Les commentateurs soulignent que l'emprise d'Erdogan sur les médias a forcément influencé le vote en sa faveur. Le président est ami ou allié de la plupart des patrons de presse, et il a fait emprisonner une centaine de journalistes, et fait fermer des dizaines de médias après la tentative de coup d’État de juillet 2016.

Au final, au cours des deux dernières semaines de mai, la chaîne publique turque TRT a consacré 67 heures de programmes à Erdoğan et l'AKP contre 7 heures à son principal rival, Muharrem Ince, et seulement 12 petites minutes de temps d'antenne pour le Parti Iyi. L'opposition a aussi subi du harcèlement et des faits de violence. L'Association turque des droits de l'homme a rapporté que les bureaux du HDP et ses militants ont été attaqués 93 fois au cours de la campagne électorale.

L'hyper-président

Erdogan inaugure également la nouvelle fonction présidentielle, telle qu’il l’a façonnée lui-même avec une réforme constitutionnelle qu’il a fait voter l’année dernière.

La nouvelle constitution supprime le poste de Premier ministre, et lui permet de nommer des ministres et des  hauts fonctionnaires ainsi qu'un certain nombre de juges de la Cour constitutionnelle à sa convenance. Erdogan a ainsi centralisé le pouvoir et étendu ainsi son emprise sur l’État.

L'économie turque marque des signes de surchauffe

Les investisseurs devraient également se montrer très circonspects après cette élection. Erdoğan a en effet récemment déclaré à Bloomberg TV à Londres qu’il intensifierait son interventionnisme économique après les élections, s’il était élu, brandissant la perspective d'un contrôle accru de la politique monétaire. Erdogan a régulièrement critiqué la banque centrale turque pour la fixation des taux d'intérêt élevés qu’il accuse d’être “à la source de tous les maux”, et notamment de ralentir la croissance et de favoriser la hausse des prix, un argument contraire à la théorie économique classique. La fuite des investisseurs étrangers serait une très mauvaise nouvelle pour le pays, devenu très dépendant de leurs capitaux pour se financer.

Le rythme de croissance de l’économie turque, qui s'était emballé depuis 2017 grâce à des mesures de relance et aux faibles taux d’intérêt, commence à marquer des signes d’essoufflement. Depuis 2013, la livre turque s’est dépréciée de plus de la moitié de sa valeur par rapport au dollar, et cette année, elle a encore perdu un cinquième de sa valeur par rapport au billet vert. L’endettement des entreprises atteint  70% du PIB, et celles qui ont emprunté en devises étrangères voient la valeur de leurs dettes s’envoler. La perspective d'un gouvernement stable pourrait rassurer les investisseurs, et contribuer à stabiliser la livre à court terme, mais les déséquilibres à l’origine des problèmes de l’économie turque seront toujours là. Les ménages turcs subissent les effets d’un taux d'inflation qui était de 11 % en avril, et une monnaie en chute libre. Dans certaines régions, les prix de produits de base tels que les pommes de terre et les oignons ont doublé ou triplé.

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