Femme dans une usine de soie au Vietnam

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La montée en puissance des considérations éthiques nous déshabille

ASOS, un vendeur de prêt-à-porter en ligne britannique, vient d’annoncer qu’il allait supprimer les articles contenant du cachemire, de la soie, des plumes (y compris le duvet), des os, de la corne, des coquillages (y compris la nacre) et des dents de ses rayons virtuels d’ici  la fin du mois de janvier 2019. Cette décision reflète la tendance actuelle de recherche de produits plus respectueux d’une certaine éthique. Mais celle-ci risque de devenir un casse-tête pour les producteurs.

La décision d’Asos fait suite à celle que ses concurrents Zara, H & M, Gap et d'autres avaient prises d’éliminer le mohair, une laine fine issue des chèvres angora, de leurs collections. Ces détaillants avaient subi des pressions  de l’association People for the Ethical Treatment of Animals (PETA), qui avait publié une vidéo montrant comment ces animaux étaient maltraités dans certaines fermes d’Afrique du Sud. Ce reportage avait été réalisé dans une douzaine de fermes sud-africaines. Le gouvernement d’Afrique du Sud a indiqué que le pays avait absorbé la moitié de la demande mondiale en mohair en 2015.

De plus en plus de matériaux écartés

Les images de la manière dont on plume les oies et les canards pour récupérer leur duvet ont aussi ému les foules. L'os, la corne et les dents, généralement utilisés pour la bijouterie ou les boutons, nécessitent souvent la mort de l’animal sur lequel ils sont prélevés. PETA a également bien réussi sa communication concernant la fourrure, et de grandes maisons de couture ont renoncé à l’utiliser

Même s’il n’est pas avéré que le Bombyx du mûrier, aka le ver à soie, souffre lorsque l’on vaporise son cocon pour en extraire la soie, l’industrie de la soie emploie de façon notoire des enfants, notamment en Inde et en Ouzbékistan.

Des conséquences économiques pour le secteur du textile

Mais ces exclusions, pour autant qu’elles peuvent sembler positives pour des raisons éthiques, ont aussi des conséquences économiques non négligeables. En Chine et en Inde, les deux plus gros producteurs mondiaux, la sériciculture - l’ensemble des opérations qui mènent à l’obtention de la soie à partir de l’élevage des vers à soie, jusqu’à la filature de ce matériau, est un art ancestral et aujourd’hui encore, c’est un secteur emploie un grand nombre de personnes.

Dans les zones rurales de l'Inde, en particulier, les emplois qu’il a fournis ont été cruciaux, notamment pour les femmes, qu’il a contribué à émanciper. Ces emplois ont également permis d’améliorer l’éducation et l’alimentation dans leurs familles.

De plus, si l’on veut vraiment tenir compte de l’impact éthique global d’un produit, la substitution de ces matériaux peut s’avérer très compliquée.

Les substitutions ne valent guère mieux que les matériaux qu'elles remplacent

Les alternatives à la soie conçues par l’homme ne sont souvent guère plus éthiques que cette dernière. La viscose, conçue à la fin du XIX, à l’origine avec des fibres de cellulose provenant du bois, est le plus ancien ersatz de la soie. Mais son processus de fabrication implique l’emploi de matières toxiques. L’année dernière, un rapport émanant de la Changing Markets Foundation, une fondation ouvrant en faveur de solutions durables, avait  révélé les dégâts environnementaux et sociaux liés à la production de viscose dans des usines de vêtements en Chine, en Inde et en Indonésie.

La mode est la seconde industrie la plus polluante du monde

Le polyester, quant à lui, produit de minuscules fibres de plastique lors du lavage des vêtements, qui finissent dans les cours d'eau, et sont absorbés par les animaux aquatiques. La pollution des microfibres suscite des inquiétudes grandissantes, car l’on retrouve ces fibres dans tous les environnements, y compris ceux dont on pensait qu’ils étaient les plus préservés. Même le coton n’est pas exempt de critiques. Sa culture est très gourmande en eau et il est difficile de le recycler.

Tous les textiles présentent leur propre palette d'avantages et d'inconvénients éthiques. L'industrie de la mode est d’ailleurs considérée comme la seconde la plus polluante de la planète. Selon la Banque Mondiale, elle serait directement responsable de 20% de la pollution des eaux.

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