Tour general electric, new york

© iStock/Andrea Izzotti

Economie

General Electric a été exclue de l'indice mythique "Dow", et c'est très symbolique

Le titre General Electric (GE) a été exclu cette semaine de l’indice Dow Jones Industrial Average, un indice reprenant les cours de 30 actions de “Blue Chips”, c’est à dire, de fleurons de l’industrie américaine. GE était inclus dans cet indice depuis… 1896, c’est à dire 110 ans.

L’éviction du “Dow” est une ultime humiliation pour GE, qui fait face à une grave crise en raison de plusieurs décisions malheureuses. Elle a remplacé son CEO, licencié des milliers de salariés, et réduit de moitié les dividendes de ses actionnaires.

Le déclin du mastodonte GE

Dans les années nonante, GE était encore l’entreprise avec la plus grosse capitalisation. De nos jours, elle n'est même plus le groupe industriel le mieux valorisé des États-Unis, depuis qu’elle a été dépassée l'année dernière par Boeing, qui, elle, figure encore dans le Dow. 

En 2016, GE a revendu sa division d'appareils électroménagers à la société chinoise Haier, et cette année, ce sont ses activités d'éclairage qui sont à vendre. Ces dernières ne représentent plus que 1,5 % du chiffre d’affaires de cette firme fondée par Thomas Edison lui-même. Ses activités dans les secteurs de l'aviation, de la santé et de l'énergie sont aussi visées par ce dégraissage.

Mais rien n’y a fait. L'année dernière, le titre de la firme a eu le triste privilège d’être l'action la moins performante du Dow, perdant près de la moitié de sa valeur. Et cette année, le titre GE a déjà décroché de 25 %.

Aux Etats-Unis, GE est pourtant une icône, et n’importe quel Américain connaît les réfrigérateurs ou les ampoules de la marque. C’est d’ailleurs cette versatilité, qui l’a fait se diversifier des moteurs à réaction à la télévision, qui l’a rendue célèbre. Mais c’est aussi le casse-tête du nouveau CEO, John Flannery : cette diversification a été excessive… et pas toujours judicieuse.

Le Dow, un panier élitiste de 30 actions de firmes emblématiques de l'économie américaine

Mardi, c’est l’action de Walgreens Boots Alliance, un groupe pharmaceutique, qui a pris la place de celle de GE dans le panier de valeurs du “Dow”. GE a encore une capitalisation boursière de 111 milliards de dollars (environ 95 milliards d’euros), contre 67 milliards de dollars (environ 58 milliards d’euros) pour Walgreens, mais l’action de cette dernière se négocie autour de 68 $ (environ 58 euros), alors que celles de GE ont chuté en dessous de 13 $ (environ 11 euros).

Le Dow suit seulement 30 actions, comparé au 500 de S & P. Les analystes qui le gèrent ont tenté d’adapter sa composition à l’évolution de l’économie américaine. Dans les années 1980, ce sont les titres American Express et McDonald's qui l’ont intégré ; dans les années nonante, JPMorgan, Microsoft et Walmart. Au début de ce millénaire, Cisco, Pfizer et Verizon sont entrés dans sa composition, et ils ont été rejoints par Apple et Goldman Sachs au début de cette décennie.

Mais avec la forte hausse des marchés, son évolution perd de sa signification, d’autant qu’il n’intègre pas les géants de l’internet. De plus, le Dow est pondéré par le cours des actions plutôt que par la capitalisation boursière, ce qui peut compliquer l’interprétation de ses fluctuations. De moins en moins de fonds d’investissement l’utilisent comme référence. 

Le témoignage d'une transformation profonde de l'économie américaine... et mondiale

Depuis 1896, l’économie américaine s’est transformée, explique David Blitzer, président de la Commission des indices Dow Jones de S & P, qui choisit les composantes de l'indice. “Les entreprises de consommation, de finance, de santé et de technologie sont plus présentes aujourd'hui et l'importance relative des entreprises industrielles est moindre”.

Le déclin de GE nous rappelle aussi que pendant des décennies, l’économie était menée par des marques, des estampilles, des noms apposés sur des objets. Or, ce n’est plus le cas : “Les plus grandes entreprises d'aujourd'hui, comme Apple, Alphabet et Amazon, ne sont pas définies par l'histoire, la géographie, ni même ce qu'elles font. Au lieu de cela, elles témoignent de la montée des actifs incorporels au détriment des biens corporels - tout comme la survie d'une moyenne d’actions de firmes industrielles dans un pays où les services représentent 80% du PIB”, écrit le Financial Times.

Sur le même sujet :