A handout photo made available by the United Nations High Commissioner for Refugees (UNHCR) shows UNHCR Special Envoy Angelina Jolie (L) meets with Mohamed and his family during a visit to the Old City in West Mosul, Iraq, 16 June 2018.

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Politique

68,5 millions de personnes déplacées en 2017: ni le statu quo, ni les parodies de fermeté n'apporteront de solution

L’année dernière, le nombre de personnes forcées de fuir leur foyer en raison de violences ou de persécutions a atteint le nombre record de 68,5 millions, quasiment l'équivalent de la population de la France (67,2 millions en 2017). Dans le monde, désormais, un être humain sur 110 est une personne déplacée. C’est aussi la sixième année consécutive que ce nombre augmente.

Dans The Economist, l’actrice primée aux Oscars Angelina Jolie lance un appel à la prise de conscience des enjeux de ce problème. Jolie sait de quoi elle parle: elle est aussi ambassadrice de l’ONU au Haut Commissariat aux réfugiés (HCR) depuis 2001, et est devenue son émissaire spéciale en 2012. Elle a voyagé au Cambodge, au Darfour, en Jordanie et en ex-Yougoslavie, entre autres, pour rencontrer des réfugiés.

"La situation inquiète l'opinion, non pas parce que les gens n'ont pas de cœur, mais parce que ce n'est pas tenable"

“Il n’est pas surprenant que cette situation inquiète profondément l’opinion publique : non pas parce que les gens n’ont pas de cœur, mais parce que ce n'est pas une situation tenable. Mais la réponse ne consiste pas pour les pays à prendre des mesures unilatérales drastiques qui ciblent les réfugiés et vont à l'encontre de nos valeurs et de nos responsabilités. Elles ne feraient qu'attiser le problème. Au lieu de cela, nous devons trouver des moyens de réduire le nombre de personnes déplacées dans le monde, en prévenant et en résolvant les conflits qui les chassent de leurs foyers”, écrit Jolie

"Il ne faut pas s’attendre à ce que les nations les plus pauvres qui accueillent l'essentiel des réfugiés le fassent éternellement"

“Premièrement, 85% des réfugiés et des personnes déplacées vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire. La plupart des personnes déplacées par la violence restent dans leur propre pays. Celles qui sont expulsées ont tendance à rester aussi près que possible de chez elles, dans les pays voisins. Seule une infime fraction de tous les réfugiés - moins de 1% dans le monde - part s’installer ailleurs, y compris dans les pays occidentaux. Mais ce sont les nations les plus pauvres du monde qui s’accaparent l’essentiel de ce fardeau. Nous ne pouvons tout simplement pas continuer de penser aveuglément qu'elles continueront à le faire, sans tenir compte des politiques [en matière d’immigration] que les pays les plus riches adoptent.

5 pays sont à l’origine des ⅔ des réfugiés

Deuxièmement, malgré la générosité des contribuables occidentaux et toutes les vies sauvées, les milliards d'aide humanitaire fournis annuellement ne suffisent pas à répondre aux besoins des 68 millions de personnes déplacées et des communautés qui les accueillent actuellement, et ce sera encore moins le cas si les chiffres continuent de croître. Aucune solution ne viendra en maintenant le statu quo, ou si nous faisons encore moins d’efforts, ou si nous laissons ce problème à d’autres pays.

Troisièmement, pas moins des deux tiers des réfugiés relevant du mandat du HCR proviennent de seulement 5 pays : la Syrie, l'Afghanistan, le Soudan du Sud, le Myanmar et la Somalie. La paix dans l'un de ces cinq pays, créant les conditions pour que les gens rentrent chez eux, ferait baisser le nombre de réfugiés à travers le monde de plusieurs millions. C'est ce sur quoi nous devrions faire pression sur nos politiciens en tant qu'électeurs : leur demander qu’ils nous expliquent comment leurs politiques s'attaquent à la racine du problème. (...)

Une vision, de la persévérance et du talent diplomatique, et non des parodies de fermeté à l’égard des réfugiés

Cette stratégie nécessite une vision, de la persévérance et de la force. Pas la parodie de fermeté mise en scène dans les rhétoriques dures à l’égard des réfugiés, mais la détermination, la volonté et le talent diplomatique nécessaires pour négocier des accords de paix, stabiliser les pays en situation d'insécurité et défendre la primauté du droit. (...) C'est dans l'intérêt de notre sécurité et conforme à nos valeurs. Il faudra pour cela que les pays travaillent ensemble pour répartir le fardeau plus équitablement, et c'est pourquoi le nouveau Pacte mondial pour les réfugiés en cours de développement est si important.”

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