A South Korean looks at a newspaper reporting about the summit between US President Donald J. Trump and North Korean leader Kim Jong-un; in Seoul, South Korea, 13 June 2018.

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Politique

"L'accord signé par Kim Jong-un et Donald Trump jette les bases d'un monde dominé par Pékin"

“C’était un honneur de rencontrer Kim”, a déclaré le président américain Donald Trump mardi à Singapour, après sa première rencontre avec le dirigeant nord-coréen. En 24 heures, le président américain a donc jeté aux oubliettes Justin Trudeau, le Premier ministre de l'un des plus proches alliés de Washington et encensé un dictateur impitoyable avec lequel les États-Unis sont en guerre depuis 70 ans. Les analystes sont, une fois de plus, médusés.

En effet, le 45e président américain n’a cure de l’histoire et il ne se base pas sur elle pour guider son action. Il a fait table rase des amitiés historiques, celles des pays du G7, par exemple. D’un autre côté, le dirigeant de Corée du Nord, une épouvantable dictature que Trump menaçait de détruire il y a seulement six mois, est maintenant un ami, semble-t-il.

Une promesse de dénucléarisation très vague...

L’accord signé par les deux dirigeants au terme de cette rencontre historique prévoit que la Corée du Nord se concentrera désormais sur la dénucléarisation de la péninsule coréenne en échange de garanties de sécurité. Des experts ont souligné que la Corée du Nord avait déjà fait cette (vague) promesse par le passé, et que, de fait, les résultats de ce sommet étaient en fin de compte très minimes pour la diplomatie américaine.

En revanche, il n'en va pas de même de l'autre côté. Les “garanties de sécurité” englobent la promesse de Trump de faire cesser les exercices militaires américains menés conjointement avec la Corée du Sud sur la péninsule coréenne. Des analystes, tels que Euan Graham, un expert de l’Asie du Lowy Institute de Sydney, soulignent le déséquilibre entre de telles “garanties de sécurité”, qui constituent une concession énorme pour les État-Unis, et la vague promesse de dénucléarisation de la Corée du Nord.

Kim n'a pas précisé comment il démantèlerait le programme nucléaire de son pays, qui inclut des dizaines d'ogives et de missiles à longue portée. Aucun système d’audit ou de contrôle des progrès réalisés dans ce domaine n’a été prévu. Un grand nombre d’experts sceptiques rappellent que le régime a toujours renié les accords l’engageant à abandonner son programme nucléaire.

... Contre la menace d'un avenir dominé par Pékin

Cependant, l’arrêt des exercices militaires en Corée du Sud risque d’avoir des implications majeures pour la région. En effet, “pour les États-Unis, ces quelques 30 000 soldats en Corée du Sud représentent un pied-à-terre sur le continent asiatique et un frein majeur aux ambitions mondiales croissantes de la Chine”, écrit le site Business Insider.

Le site redoute que, privées d’exercices, les forces américaines en Corée du Sud se délitent, et si les pourparlers de paix se poursuivent, c’est leur présence même qui pourrait être remise en cause. “Il incombe aux États-Unis d’assurer à leurs alliés en Asie et dans le monde que l'ordre international résiste à l'hégémonie chinoise. L'armée américaine en Asie demeure essentielle pour cette tâche”.

Ainsi, un retrait américain de la Corée du Sud donnerait à la Chine une opportunité unique d’étendre sa suprématie en Asie, et en fin de compte, dans le monde entier.

“Trump et Kim Jong Un ont écrit un nouvel avenir pour le monde mardi”, déplore le site. “Mais la nouvelle époque imaginée ici par Trump et Kim pourrait en être une où les États-Unis perdraient leur emprise sur l'Asie, puis sur le monde, et le nouvel avenir sera probablement dirigé par Pékin, et non par Washington.”

Un film de propagande américain... de style nord-coréen

Dans la cadre de ce sommet, l’équipe de la Maison-Blanche avait préparé un film de 4 minutes en anglais et en coréen, intitulé “Une histoire d’opportunité”, qui a été diffusé au dirigeant nord-coréen. Certains des journalistes qui avaient été conviés à le visionner, après la rencontre, ont d’abord cru qu’il avait été conçu par les services de propagande nord-coréens, compte tenu de son style. 

Après sa rencontre avec Kim, Trump a expliqué à la presse singapourienne qu’il avait conseillé au dirigeant nord-coréen de faire construire des hôtels sur les côtes de son pays, plutôt que de faire “exploser leurs canons dans l'océan”. Beaucoup de commentateurs ont raillé ses méthodes, et son approche “pro-business” de la diplomatie mondiale.

Des méthodes non conventionnelles... mais qui produisent des résultats

Mais certains soulignent qu’il faut tout de même attribuer à Trump le mérite d’avoir réussi, précisément avec ces méthodes non conventionnelles, à faire évoluer la situation, et à reléguer en arrière-plan le risque d’un conflit (potentiellement nucléaire) imminent. Pour le journal hongrois Jutarnji List, sa stratégie pourrait même être efficace, contrairement  à l’approche punitive employée jusqu’ici par la diplomatie américaine, qui s’est toujours soldée par des échecs :

“Washington avait espéré jusqu'à présent que l'appauvrissement de la Corée du Nord, intentionnellement provoqué par les sanctions occidentales et l'augmentation des dépenses d'armement dont ils ont besoin, conduirait à un soulèvement populaire. La nouvelle stratégie consiste à permettre aux Nord-Coréens d'utiliser leur potentiel de prospérité et de mettre rapidement le communisme derrière eux, comme l'ont fait les Chinois. En effet, une telle stratégie a toutes les chances de conduire à la réunification”.

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