M/V Aquarius (Migrants rescue boat)

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Politique

C'est Valence qui accueillera les migrants de l'"Aquarius"

Finalement, c’est l'Espagne qui a ouvert ses portes à l'Aquarius, un bateau qui transporte 629 migrants secourus en mer, et qui s’était vu refuser l'entrée dans les ports maltais et italiens. Le message que l’Italie vient ainsi d’adresser à l’Europe est clair : le pays a pris un virage à 180 degrés sur sa politique d’immigration.

L’Aquarius, un navire de l'ONG française "SOS Méditerranée", compte à son bord 629 migrants, dont une centaine d’enfants, et navigue depuis plusieurs jours.

Salvini a envoyé un message aux électeurs

La décision de lui interdire d’accoster en Italie, prise par le nouveau ministre de l’Intérieur italien, Matteo Salvini, qui est également le chef du parti d’extrême droite la Lega, était aussi très opportune pour ce dernier. Elle est tombée à pic, alors que près de 7 millions d’électeurs italiens devaient se rendre aux urnes ce dimanche pour élire les représentants de 761 localités. Et les résultats montrent qu’effectivement, le parti a profité de cette annonce, qui lui a permis de gagner des électeurs.

“Ou bien d’autres ports seront ouverts, à Marseille, Barcelone, Malte, ou bien il n'y aura pas moyen d'en sortir. Nous continuerons jusqu'à ce qu'il soit clair que la musique a changé en Italie”, a déclaré Nicola Molteni, une proche de Salvini au sein de la Lega, lundi au journal italien Il Messaggero.

Rome et La Valette  se sont ensuite renvoyé la balle, jusqu’à ce que le nouveau gouvernement espagnol propose de mettre fin à cette crise en permettant au navire d'accoster au port de Valence “afin d’éviter une catastrophe humanitaire”. Les Premiers ministres italien et maltais ont remercié l'Espagne pour ce signe de solidarité...

Salvini s’est empressé de crier “VICTOIRE” dans des messages postés sur Facebook et Twitter. 

(Traduction du tweet :  "629 migrants à bord du navire Aquarius en direction de l' # Espagne, premier objectif atteint ! #chiudiamoiporti")

L'Italie ne peut assumer seule la charge des migrants

Les commentateurs italiens sont partagés. Le journal italien La Repubblica se désole que l’Italie perde son idéal humanitaire : “En une semaine, Matteo Salvini a détruit la politique d'immigration de l'Italie en tentant d'ériger un mur au milieu de la Méditerranée. Il a une fois pour toutes démoli l'esprit humanitaire de [l’ONG de sauvetage en mer italienne] Mare Nostrum, qui a été créée pour empêcher que le détroit de Sicile ne devienne une fosse commune”.

Le Corriere della Sera souligne que l’Italie ne peut assumer seule la responsabilité de l’accueil des migrants : “L'article 67, paragraphe 2, du traité de l'UE appelle explicitement à la solidarité en matière de partage de la charge de la politique commune d'asile. Jusqu'à présent, il n'y a quasiment eu aucune solidarité entre les États membres. Dans ce contexte, comment peut-on oublier la décision de la France et de l’Espagne de fermer leurs ports l’été dernier, contre laquelle les institutions européennes ont gardé le silence ? C’est fini. Nous n'avons plus besoin de phrases creuses ou de rhétorique pro-européenne. Soit la solidarité en matière d'immigration devient un projet concret de l'UE, soit le projet d'intégration européenne lui-même sera voué à l'échec”.

C’est ce même argument que le milliardaire américano-hongrois George Soros a récemment invoqué dans le même journal. Il affirme que les politiques migratoires maladroites de l’Union qui ont “imposé une charge injuste à l'Italie" ont largement contribué au succès de la Lega en Italie. "Jusqu'à récemment, la plupart des réfugiés pouvaient se rendre en Europe du Nord, où ils voulaient aller. Mais depuis septembre 2015, la France et l'Autriche ont fermé leurs frontières et les migrants qui ont été sauvés en mer ont été bloqués en Italie. Cette situation était non seulement injuste, mais aussi très conséquente sur le plan financier, à un moment où l'Italie était économiquement à la traîne par rapport à la plupart des autres pays européens”. Il proposait donc que l’UE indemnise l’Italie pour son accueil des migrants.

"Un nouveau revolver sur la table" 

Mais cette tournure des événements signale également une évolution importante pour l’ensemble de l’UE, affirme Politico :

“La décision [de Salvini] donne également une indication de l'endroit où se situe désormais le pouvoir à Rome. Les médias italiens affirment que le Premier ministre, Giuseppe Conte, n’a été lui-même “informé” de la décision de Salvini que lorsqu'il a atterri à Rome après son retour du sommet du G7 au Canada. Le nouveau Premier ministre est clairement un spectateur quand il s'agit de la nouvelle politique migratoire de l'Italie.

Lorsque le gouvernement italien a pris ses fonctions le mois dernier, Bruxelles redoutait qu'il utilise la menace d’une sortie de l'euro pour obtenir ce qu'il voulait de l’UE. Un diplomate de l'UE a déclaré que l'affrontement au sujet de l’Aquarius montre que Salvini est prêt à utiliser la migration comme un nouveau “revolver sur la table” au cours des discussions. “Cette fois, le revolver va rester”, a dit le diplomate”.

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