Angela Merkel facing Donald Trump during the G7 summit

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Politique

Après le torpillage apparent du G7 par Trump, un G3 semble se constituer

Au Québec (Canada), le G7 s'est terminé dans un chaos total samedi, lorsque le président américain Donald Trump a retiré son soutien à la déclaration finale depuis son avion, parce qu'il avait l'impression d'avoir été insulté par son homologue canadien Justin Trudeau.

Son conseiller commercial, Peter Navarro, a été clair : "Il y a une place spéciale en enfer pour tout dirigeant étranger qui s'engage dans la mauvaise foi diplomatique avec le président Donald Trump".

Comme d'habitude, Trump a été la vedette au Canada. Il est arrivé trop tard, est reparti tôt, a sauté un petit-déjeuner de travail avec ses collègues et était en désaccord avec tout le monde. Il a exigé la réintégration de la Russie dans le G8 (Poutine n'est pas intéressé) et a signé le communiqué final avant de retirer sa signature quelques heures plus tard.

En résumé : l'attitude de Trump a consterné les dirigeants européens. Merkel a fait une autre tentative pour débloquer la situation avec un "mécanisme d'évaluation partagé", mais les Américains n'ont pas semblé intéressés.

Mais compte tenu de l'accent mis sur le G7 et le "sommet historique" de mardi à Singapour entre Trump et le dictateur nord-coréen Kim Jong-un, la presse occidentale a accordé peu d'attention à un autre sommet qui se tenait à Qingdao, en Chine. 

Le président russe Vladimir Poutine a été invité par le dirigeant chinois Xi Jinping à Beijing pour qu'ils se rendent ensemble au sommet de l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS), qui regroupe plusieurs pays asiatiques, et qui se tenait dans la ville portuaire de Qingdao (qui héberge aussi une base navale chinoise). 

Le "théâtre" québécois a renforcé la conviction des deux dirigeants que "l'Occident est en chute libre" et tous deux semblent étonnés et choqués par la rapidité avec laquelle cela se produit.

Vladimir Putin and Xi Jinping

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Xi Jinping a fait une déclaration bien compris à Pékin : un partenariat étendu que les deux pays ont maintenu pendant quelques années a été qualifié de "partenariat stratégique étendu" par Xi pour la première fois, une nuance non négligeable :

"Il s'agit de la relation stratégiquement la plus importante et la plus étendue entre deux grands pays du monde. Poutine est mon meilleur ami, le plus intime."

La Chine et la Russie ont annoncé une série de nouvelles initiatives, dont la fourniture par le géant russe de l'énergie Rosatom de technologie nucléaire avancée aux Chinois, et la construction de nouvelles centrales nucléaires.

Le corridor sino-mongol-russe qui fait partie de  la Belt and Road Initiative (BRI)  est en cours d'extension. Avec l'initiative Belt and Road, la Chine souhaite développer un nouveau réseau de routes commerciales vers d'autres régions d'Asie et du reste du monde. Ce méga-projet est souvent comparé avec l'historique Route de la Soie.

SSO un partenariat commercial au niveau mondial

Les deux dirigeants ont également de grands projets pour le pôle Nord. Dans ce domaine, des investissements substantiels sont réalisés dans les ports de Mourmansk et d'Arkhangelsk, dans le cadre de la création d'une route maritime du Nord. En 2014, le dirigeant chinois Xi Jinping a déclaré qu'il voulait faire de son pays «une grande puissance polaire».

Le commerce entre les deux pays dépassera bientôt les 100 milliards de dollars (environ 85 milliards d'euros, sachant qu'aujourd'hui il se monte à 86 milliards de dollars - environ 73 milliards d'euros), mais les deux pays visent déjà les 200 milliards (environ 170 milliards d'euros) d'ici 2020.

Toujours selon M. Poutine, l'Organisation de coopération de Shanghai (OCS) a été transformée pour passer de l'organisation «low-profile» qu'elle était en 2001, lorsqu'elle cherchait à résoudre les différends frontaliers, à un acteur mondial au niveau commercial. Selon le secrétaire général de la Chambre chinoise du commerce international, l'OCS est maintenant suffisamment mûre pour que l'initiative Belt and Road puisse continuer à se développer et étendre son commerce avec l'Europe, le Moyen-Orient et l'Afrique.

Il n'est donc pas surprenant que les pays faisant partie de l'OCS contournent de plus en plus le dollar américain pour conclure des contrats dans leur propre monnaie.

Vladimir Putin, Donald Trump and Xi Jinping

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G3 vs M3

Des spécialistes de la politique étrangère ont regardé avec étonnement ce qui s'était passé au Québec le week-end dernier. De nouveau, ils ont assisté à un spectacle qui devient progressivement la marque d'un vieux monde dysfonctionnel. De l'autre côté du monde, le sommet de Qingdao s'érige en modèle de multipolarité au carrefour de quatre civilisations.

Ajoutez à cela le fait que les diplomates de Bruxelles ont confirmé à l'Asia Times que Trump rêvait déjà d'un G3, qui rassemblerait uniquement les Etats-Unis, la Russie et la Chine, et dans lequel, lui, le  « leader fort » serait en concurrence avec ses pairs Xi et Poutine, tandis que les M3 (May, Macron, Merkel), paralysés par la bureaucratie de l'UE et faibles, seraient mis de côté.

Malgré son style chaotique pour diriger, Trump semble avoir déjà compris que le G7 était en train de mourir et que le cœur du nouveau monde serait façonné par la Chine, la Russie et l'Inde, trois pays qui constituent depuis 20 ans, et pas par hasard, le noyau des BRICS.

Angela Merkel, Emmanuel Macron and Theresa May

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