Refugees wait to be registered in the Asylum Service in the Identification Center of Moria, Lesvos island, Greece, 04 May 2018

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Politique

Bientôt un camp dans un pays "peu attrayant" et "hors de l'UE" pour accueillir les demandeurs d'asile ?"

Les dirigeants de l’Allemagne, la Hollande, l'Autriche et le Danemark ont entamé des discussions envisageant la création d’un camp hors de l’UE pour accueillir les demandeurs d'asile. Ce camp serait implanté dans un pays européen non membre de l’UE considéré comme “pas particulièrement attrayant” pour les trafiquants, c’est à dire, ne figurant “pas sur la liste des destinations préférées des migrants ou des trafiquants d'êtres humains”.

Ces dirigeants espèrent que ce premier projet pilote pourrait permettre de définir une nouvelle politique d'asile européenne. Le Premier ministre danois, Lars Lokke Rasmussen, l’un des fers de lance de cette réflexion, avec son homologue autrichien Sebastian Kurz, a refusé d’indiquer la localisation de ce camp, tout en affirmant qu'il y aurait plus de contrôles que dans le système actuel. 

Le premier pas cette année ?

Les pays candidats pourraient être la Turquie, l'Albanie, la Serbie, le Monténégro et l'ex-République yougoslave de Macédoine, la Bosnie-Herzégovine et le Kosovo. (Le site de l’UE indique en effet que l’Arménie, la Biélorussie, l’Ukraine, la Moldavie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan ne sont pas des pays européens).

“Je suis optimiste. Si je m’en tiens à mes discussions avec d'autres dirigeants européens, et du dialogue qui se déroule au niveau officiel, je m'attends à ce que nous puissions faire le premier pas dès cette année", a déclaré Rasmussen dans un discours, précisant que ces discussions avaient été engagées directement entre ces dirigeants, et non sous l’égide de l’UE.

“Ce n'est vraiment pas un projet de la présidence autrichienne [de l'UE, qui débutera le 1er juillet prochain pour une durée de 6 mois, ndlr], c'est un projet national que nous partageons avec le Danemark et un petit groupe d'autres Etats membres", a précisé Kurz.

Il a expliqué que cette initiative, destinée à offrir “une protection” aux demandeurs d’asile, visait à les empêcher de se livrer au “shopping d’asile”, c’est à dire, de solliciter l’asile dans les pays où les conditions seront les plus favorables pour eux.  

Un durcissement qui coïncide avec le succès grandissant des nationalistes en Europe

La tentation de durcir la politique en matière d’immigration de l’UE n’est pas un hasard. Des partis nationalistes anti-immigration viennent de remporter des victoires électorales dans plusieurs pays européens. La Lega est entrée au gouvernement en Italie, tandis que le SDS est ressorti victorieux des élections en Slovénie. En Suède, le parti des Démocrates suédois convainc un électorat toujours plus vaste, alors que les Suédois devront se rendre aux urnes en septembre.

D’un autre côté, la politique de l'UE en matière d'asile a mené à une impasse. Certains pays de l’Est de l’Europe (Pologne, Hongrie, Tchéquie, Slovaquie), s’y sont toujours fermement opposés. Le règlement de Dublin, qui stipule que les réfugiés doivent solliciter l’asile dans l’État membre dans lequel ils entrent en premier, a imposé un fardeau bien plus lourd à l’Italie et la Grèce, plus exposées de par leurs côtes, qu’aux autres pays de l’UE, alors que ces deux nations ne se sont jamais remises de la crise financière.

Certains affirment même que ce déséquilibre est directement responsable de la formation d’un gouvernement populiste en Italie.

"Même la gauche succombe au rejet des étrangers"

Les commentateurs sont partagés. Le journal danois Berlingske se félicite de ces initiatives bilatérales, dont il espère qu’elles pourront sortir l’UE de l’impasse en matière de droit d’asile, et poser les jalons d’une nouvelle réforme. “Une solution bilatérale pourrait être exactement ce qu’il faut pour parvenir à une solution à l'échelle de l'UE”, écrit-il.

Le journal grec Kathimerini, quant à lui, se désole de cette nouvelle tendance en Europe : “Désormais, les politiques anti-immigration xénophobes, jadis l’apanage de Le Pen et d'une poignée de populistes, sont devenues acceptables dans la majorité des pays de l'UE et elles empoisonnent même les partis de la gauche, qui étaient traditionnellement plus sensibles aux problèmes sociaux”.

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