Russian President Vladimir Putin meets Austrian President Alexander Van der Bellen

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Politique

Poutine change son fusil d'épaule à l'égard de l'UE

Le président Vladimir Poutine était invité à Vienne ce mardi, où il a été reçu par son homologue autrichien Alexander Van der Bellen. C'était le premier voyage à l'étranger du dirigeant russe depuis sa réélection en mars dernier. 

Van der Bellen n'est pas connu pour être très pro-russe, mais l'on ne peut pas en dire autant du Premier ministre autrichien Sebastian Kurz, qui veut en effet renforcer ses liens avec le Kremlin. Il a de nouveau plaidé pour "la levée progressive des sanctions économiques" contre Moscou mardi. Le partenaire de la coalition de Kurz FPÖ plaide même pour la levée des sanctions tout court

Le voyage de Poutine à Vienne n'est pas une coïncidence

Le voyage de Poutine à Vienne n'est pas une coïncidence: lorsque les Russes ont annexé la Crimée en mars 2014, l'Autriche - qui ne fait pas partie de l'OTAN - a été le premier pays à dérouler encore le tapis rouge pour le dirigeant russe, qui était devenu persona non grata dans le reste de l'UE.

Dans le cadre de l'affaire "Skripal", les Autrichiens ont souligné que la seule certitude de ce dossier, c'était l'incertitude, et ont été l'un des rares pays de l'UEà ne pas expulser de diplomates russes. En outre, c'est l'Autriche qui reprend le flambeau de la présidence tournante de l'UE le 1er juillet prochain pour une durée de six mois.

L'Autriche et la Russie

L'Autriche est un partenaire commercial majeur du Kremlin en tant que centre de distribution du gaz russe pour le reste de l'Europe. Un contrat qui relie les deux pays a été récemment prolongé jusqu'en 2040. Vienne joue également un rôle de premier plan dans la construction du gazoduc Nord Stream 2.

L'importance du gazoduc Nord Stream 2 ne doit pas être sous-estimée. Il doit transporter le gaz russe vers l'Europe, sans passer par l'Ukraine et la Pologne. L'UE ne se réjouit pas de la construction du gazoduc et craint que cela ne rende l'Europe encore plus dépendante de la Russie.

Mais Poutine a été clair : "Ce n'est pas notre objectif de diviser l'Europe", a-t-il dit à la télévision autrichienne. "Au contraire, nous voulons une Europe prospère, parce qu'elle est notre principal partenaire commercial".

Russian president Vladimir Putin meets Austrian Premier Sebastian Kurz

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Un nouveau vent souffle sur l'UE

Il y a donc effectivement un vent nouveau qui souffle sur l'UE, même si Poutine semble avoir échangé l'espoir d'une levée des sanctions contre une nouvelle stratégie. Le dirigeant russe a compris que malgré les tentatives de certains dirigeants européens (le nouveau Premier ministre italien Conte a également plaidé pour une normalisation des relations avec Moscou cette semaine), le processus décisionnel européen - qui n'accepte que des décisions unanimes - ne lui laisse pratiquement aucune chance. Les belles paroles d'un certain nombre de dirigeants de l'UE (Tsipras, Orban, ...) ont jusqu'ici peu rapporté à Moscou.

Le commerce, plutôt que le sabotage

Mais un changement stratégique majeur à l'avantage de Poutine est maintenant visible : l'UE est de plus en plus frustrée par Donald Trump et Poutine y voit une chance de réchauffer ses relations avec le bloc, pour une fois non pas par le sabotage, mais en convaincant les Européens que les deux économies ont tout à y gagner. Après avoir soutenu pendant des années les partis anti-européens (dont le mouvement pro-Brexit, ainsi que d'autres), Poutine semble indiquer qu'une attitude plus clémente de l'UE pourrait annoncer la fin de la manipulation des élections européennes. 

Le chancelier autrichien Kurz a déclaré qu'il aimerait utiliser la présidence de l'UE assurée par son pays pour donner la priorité à une solution au problème russo-européen. Reste à savoir si Vienne est prête à opposer son veto contre toute décision de l'UE pour étendre les sanctions. 71% des exportations autrichiennes sont destinées à d'autres pays de l'UE, tout comme 78% de ce qui est importé en Autriche proviennent d'autres pays de l'UE.

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