Nicolas Maduro

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Politique

Pourquoi le président vénézuélien n'est pas menacé de quitter le pouvoir

Sans surprise, le président vénézuélien Nicolas Maduro a remporté les élections le weekend dernier, avec 68% des suffrages. Mais le taux de participation n’a pas dépassé 46,1%, et l’opposition et la communauté internationale (hormis la Chine et la Russie) ont refusé de reconnaître le scrutin présidentiel vénézuélien.

Mais les États-Unis, l'UE et la plupart des pays voisins du Venezuela ont refusé de reconnaître la légitimité du vote.  et se sont engagés à imposer de nouvelles sanctions.

La communauté internationale est indignée

Aujourd’hui, on a appris que les dirigeants des pays membres du G7 (États-Unis, France, Allemagne, Royaume-Uni, Italie, Japon et Canada) ont rejeté conjointement le résultat des élections vénézuéliennes. “Nous dénonçons l'élection présidentielle du Venezuela et son résultat, puisqu'ils ne représentent pas la volonté démocratique des citoyens vénézuéliens”, ont-ils déclaré.

Lundi, Washington a interdit aux Américains d'acheter des obligations souveraines ou toute autre forme de dette de l’État vénézuélien, y compris les titres représentatifs de dettes émises par des entreprises d’État. Mais on peut se demander jusqu’où ces pays seraient prêts à aller pour faire pression sur Caracas, et s’ils ont une réelle volonté d’intervenir au delà de leurs déclarations indignées.

Le pétrole vénézuélien

Les États-Unis demeurent en effet un partenaire commercial important du Venezuela, à qui ils achètent environ 450 000 barils de pétrole brut par jour. Il est donc improbable qu’ils imposent des sanctions de nature à menacer les exportations de pétrole vénézuéliennes, qui représentent 95% des recettes en devises du pays. Quant aux dirigeants européens, ils pourraient interdire aux entreprises européennes de faire des affaires avec le Venezuela, et en particulier aux compagnies d’assurance d'assurer les pétroliers vénézuéliens.

Mais jusqu'à présent, Washington et Bruxelles n’ont guère semblé offensifs. Cela s’explique probablement par la situation actuelle sur le marché du pétrole mondial. Les cours du pétrole ont dépassé les 70 dollars (environ 60 euros), leur plus haut niveau depuis novembre 2014. Un savant cocktail de données économiques et de tensions géopolitiques ont récemment fait grimper les cours de l’or noir.

Récemment, le potentiel effondrement de l’accord nucléaire iranien fait entrevoir la perspective d’une nouvelle flambée des cours, mais l’Iran n’est pas le seul pays à avoir une influence considérable sur les prix de l’or noir. Le Venezuela est le pays qui dispose des plus grosses réserves de pétrole prouvées au monde. Sa production est en chute libre depuis plusieurs années, en raison de ses graves difficultés économiques, et de la mauvaise gestion des installations.

L'exode des Vénézuéliens

Dans ce contexte, toute décision de nature à réduire encore davantage les livraisons de pétrole brut vénézuélien pourrait jeter de l’huile sur le feu, et faire monter les cours en flèche. Les dirigeants occidentaux craignent probablement également qu’une réduction des rentrées de devises étrangères complique encore davantage l’existence des Vénézuéliens ordinaires, déjà confrontés à la faim, et aux pénuries de produits de base et de médicaments. En revanche, il y a fort à parier que Maduro et ses proches, qui trouveraient sans aucun doute le moyen d’écouler le pétrole sur le marché noir, ne seraient que peu affectés par de telles mesures.

Deuxièmement, les pays les plus proches du Venezuela, notamment la Colombie et le Brésil, subissent déjà de plein fouet les effets de l’exode de la population vénézuélienne. On estime qu’actuellement, chaque jour, quelque 5 000 Vénézuéliens choisissent de s’exiler. Il est donc improbable que ces pays prennent des mesures qui pourraient encore aggraver cet état de choses, alors que cet exode exerce déjà une pression sur leur cohésion sociale et leurs infrastructures, et qu’elle menace de devenir un problème politique majeur.

L'opposition est divisée

Enfin, même au Venezuela, Maduro bénéficie du soutien de l’armée et d’une certaine élite, et ces soutiens sont capitaux pour assurer son maintien au pouvoir. De l’autre côté, l’opposition reste désespérément divisée et a montré qu’elle n’était même pas capable de s’entendre sur un boycott éventuel des élections.

Certes, le Venezuela est engagé dans une spirale économique infernale, mais tant que Maduro pourra compter sur les recettes du pétrole, le soutien de l’armée, la division de l’opposition, et la réticence de la communauté internationale à intervenir, il se maintiendra au pouvoir.

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