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Politique

L'Europe tremble sur ses fondations: l'Italie se prépare à avoir un gouvernement anti-système

"Le vent de la guerre souffle” et “les fondations de l’Europe tremblent", a déclaré jeudi le président italien Sergio Mattarella lors d'un discours donné à Florence en Italie. Le président italien cherchait à mettre en garde le peuple italien des dangers d’un départ de l’Italie de l’Union européenne.

Mais il a admis qu’un certain scepticisme pouvait être légitime: "Le projet européen ne parvient plus à répondre aux attentes d'une grande partie de la population". En contrepartie, il a fustigé ceux de ses concitoyens qui succombaient à la tentation nationaliste, et "cherchaient refuge dans une dimension purement domestique, alimentant l’illusion que leurs problèmes ne pouvaient être résolus qu’au niveau national". Selon le président, "l'unité irréversible au niveau européen est maintenant urgente".

Mattarella a fait ces déclarations à un moment où les négociations gouvernementales entre le Mouvement des cinq étoiles (M5S) et la coalition d'extrême droite Lega ont fait des "progrès considérables". C'est ce que Luigi Di Maio (M5S) et Matteo Salvini (Lega) ont dit. Les leaders des deux mouvements doivent être reçus au palais présidentiel ce lundi après être parvenus à un accord pour leur gouvernement.

Une première en Italie et en Europe

L'Italie et l'UE auront un gouvernement anti-système pour la première fois. Une percée dans l'impasse qui durait depuis deux mois est apparue lorsque l'ancien Premier ministre Berlusconi, dont le parti Forza Italia s’est associé à la Lega, a donné son feu vert. On s’attend à ce qu’une telle coalition ne remporte que très peu de succès sur les marchés financiers.

Le programme M5S prévoit un grand nombre de dépenses et nécessite de l'argent que l'Italie n'a pas. Le “spread” entre l'Italie et l'Allemagne (l’écart entre les taux d'intérêt respectifs des deux pays sur les obligations ayant une échéance à 10 ans) a atteint son plus haut niveau depuis le mois de mars.

Le clou dans le cercueil de l'UE, ou son injection d'adrénaline?

"L’Italie est vouée à devenir le clou dans le cercueil de l’UE, ou, peut-être moins probablement, son injection d’adrénaline", écrit Politico, rappelant que depuis le Brexit, le bloc avait pris conscience qu’il devait changer, mais que ses tergiversations avaient bloqué toutes les propositions qui avaient été émises par certains de ses dirigeants.

Même si les chances qu’un nouveau gouvernement italien décide de procéder au retrait de l’Italie de la zone euro demeurent faibles (les dirigeants du M5S et de la Lega ne l’évoquent plus guère), cette perspective n’est pas totalement écartée pour autant. Beppe Grillo, le fondateur du M5S, a déjà proposé de tenir un référendum à ce sujet. Les Italiens, confrontés à la stagnation économique et la dette énorme de leur pays, pourraient facilement décider que l’euro est à l’origine de leurs misères.

Cela est encore plus vrai pour les jeunes Italiens, qui n’ont connu que la crise économique, ou la stagnation économique, et y voient souvent la responsabilité de l’UE. Lors d’un sondage effectué l’année dernière, un peu plus de la moitié d’entre eux (les Italiens âgés de moins de 45 ans) ont déclaré qu’ils voteraient pour un départ de l’Italie du bloc si on les consultait à ce sujet.

La Lega est alliée de Poutine… Pas l’UE

Sur le plan de la politique internationale, la Lega a signé un accord de coopération avec le parti du président russe Vladimir Poutine, une sympathie qui fait de ce parti le plus grand ami de la Russie au sein de l’UE, et qui sera probablement difficile à vivre pour le bloc.

Un nouveau coup de théâtre

Pour corser la situation, le pays vient de connaître un nouveau coup de théâtre. Silvio Berlusconi, qui avait été condamné en août 2013 à une peine d'inéligibilité de six ans pour fraude fiscale, a été “formellement réhabilité” par le tribunal de Milan. Il peut donc être de nouveau candidat à des élections, et postuler pour participer au gouvernement théoriquement aux prochaines législatives. Le scénario d’un retour du Cavaliere commence donc à se profiler...

Leader of Forza Italia party, Silvio Berlusconi, addresses the media after a meeting with Italian President Mattarella for a second round of formal political consultations following the general elections, in Rome, Italy, 12 April 2018.

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