Cover image

© iStock

Science

En Serbie, la rougeole fait son grand retour à cause d'un taux de vaccination en baisse

Elle était censée être éradiquée depuis 20 ans en Serbie, mais depuis quelques mois le rougeole est de retour dans ce pays des Balkans. Depuis octobre dernier, 5.000 cas ont été enregistrés et 15 personnes ont déjà perdu la vie. La cause de cette épidémie? Une baisse de la vaccination. 

La rougeole est de retour en Serbie, 20 ans après sa supposée disparition. Le bilan est inquiétant: en six mois, cette nouvelle épidémie a déjà causé la mort de 15 personnes et 5.000 cas ont été enregistrés. Selon l’Institut national de santé publique (IZJSZ), cette maladie se serait re-manifestée au Kosovo avant de se propager un peu partout jusqu'à Belgrade où l'on compte pas moins de 1.600 cas. 

Le premier décès est survenu fin décembre où un homme 30 ans est mort des suites d'une inflammation pulmonaire. Le dernier en date remonte à mi-avril quand un bébé de 11 mois seulement a perdu la vie. 

Problème de vaccination 

Cette épidémie inquiète évidemment tout le pays. Des personnalités publiques sont également touchées. C'est le cas de Zemlja Gruva, une chanteuse très populaire en Serbie. Comme beaucoup d'enfants nés dans les année 70, elle n'a reçu qu'une dose de vaccin au lieu de deux. Elle raconte son calvaire: "J’ai eu une poussée de fièvre et des petits points blancs sont apparus dans la bouche. C’est en faisant une recherche sur Internet que j’ai compris. Je suis allée à la Clinique des maladies infectieuses, où la salle d’attente était bondée. Après un examen, le médecin m’a dit de rentrer chez moi et de garder le lit. Je me suis sentie très seule."

Selon l'IZJSZ, 95% des patients atteints de rougeole sont "non ou mal" vaccinés. C'est inquiétant car selon une étude réalisé lors de la rentrée scolaire dans une municipalité de Belgrade, seuls 35% des enfants étaient protégés contre le virus. "Grâce aux succès de la vaccination, les parents ont cru que la rougeole était désormais inoffensive", explique Vesna Trifunovic, chercheuse à l’Institut d’ethnographie SASA. Pour que les citoyens se remettent à se vacciner, la Première ministre Ana Brnabic a dû demander à son peuple "d'écouter les médecins et faire preuve de responsabilité." 

Église orthodoxe 

Cette baisse du taux de vaccination peut s'expliquer par le fait que beaucoup de Serbes vantent les mérites de la médecine douce et se méfient des laboratoires pharmaceutiques. Ils craignent en effet que les médicaments distribués en Serbie soient de mauvaise qualité. Depuis le mois d'octobre dernier, le tribunal correctionnel de Belgrade a condamné une cinquantaine de parents qui n'ont pas vacciné leurs enfants. 

En fait, ce débat divise vraiment le pays tout entier. Le 10 avril dernier, une star de la chanson serbe, Jelena Karleusa, déclarait sur les réseaux sociaux que "Les citoyens sont libres de choisir de vacciner ou non leurs enfants" en ajoutant que "la rougeole n’est pas une maladie mortelle". Selon elle, la campagne de vaccination n'est pas obligatoire.

C'est d'ailleurs sur les réseaux sociaux que la fronde antivaccin se déroule. Il existe des dizaines de groupes antivaccins qui ont plusieurs points communs: ils se réfèrent aux valeurs de l'Eglise orthodoxe, méprisent l'Etat serbe et haïssent "l'Occident libérale corrompu". En d'autres termes, ils considèrent les vaccins comme une erreur de l'histoire et d'une pratique issue du socialisme. Ils ont d'ailleurs organisé une manifestation antivaccin le 19 mai à Belgrade. 

Lire aussi: